À l’aube de la quarantaine avec un solide parcours professionnel derrière lui, le Trifluvien d’origine Mathieu Roy s’estime gâté par la vie.
À l’aube de la quarantaine avec un solide parcours professionnel derrière lui, le Trifluvien d’origine Mathieu Roy s’estime gâté par la vie.

Mathieu Roy: tout vient à point...

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Le monde des médias a beau être un magma en constante évolution, il est des principes qui transcendent les bouleversements. Comme celui qui veut qu’une carrière qui se bâtit lentement sur des assises solides vaut mieux qu’une célébrité instantanée qui aura tendance à s’éteindre aussi rapidement qu’elle s’est révélée. Celle de Mathieu Roy a donc toutes les chances de durer.

Le Trifluvien d’origine est à la tête de l’équipe de Salut Bonjour Weekend cet été à TVA, ce qui peut être perçu autant comme une consécration que comme un échelon de plus dans un parcours déjà riche.

Les gens de la région se souviennent probablement de cet animateur de radio du matin sur les ondes d’Énergie 102,3 FM dans les années 2000. Un garçon enthousiaste, curieux, plein d’idées, qui a marqué son passage de sept années derrière le micro par quelques coups d’éclat. On garde un souvenir amusé de son combat de boxe bénéfice contre le champion canadien des poids lourds Patrice L’Heureux en 2005 ou, l’année suivante, de son rocambolesque voyage de trois jours vers Raleigh, en Caroline du Nord, pour y assister à un match éliminatoire du Canadien avec seulement 102,30 $ en poche. «On a fait pas mal les cent coups à l’époque, rigole-t-il. J’ai eu beaucoup de plaisir et ç’a été une école extraordinaire.»

Derrière cet apparent délire se dessinait une passion peut-être génétique pour le métier puisqu’il est le digne fils de François Roy, qui a laissé sa marque dans le monde de la radio au siècle dernier. «J’aimais énormément la radio qui est un médium favorisant beaucoup l’expérimentation. De plus, j’ai eu un excellent maître en Pascal Guité qui avait déjà de l’expérience quand je suis arrivé. Il m’en a appris énormément sur le métier et on a développé une très belle complicité. J’ai pu le faire tout en entretenant mes passions pour le sport et la technologie», dit ce bachelier en communication avec mineure en informatique de l’Université Laval.

«Encore aujourd’hui, j’adore la légèreté de la radio, un monde ouvert à l’imagination même si je me suis tourné davantage vers la télévision. Je pense en fait que d’y avoir fait mes premières armes a fait de moi un meilleur candidat pour la télévision alors que l’inverse n’aurait peut-être pas été vrai.»

On peut d’ailleurs toujours l’entendre sur les ondes montréalaises du 98,5 FM lors d’interventions ponctuelles dans l’émission de fin d’après-midi. «Idéalement, je voudrais continuer à faire de la radio et si jamais je devais l’abandonner parce que la télévision m’accapare trop, j’aimerais que ce soit ma décision. En même temps, je comprends que dans le monde des médias, on ne sait jamais ce que l’avenir nous réserve et j’ai appris à prendre les choses comme elles viennent.»

La télé

Reste que c’est la télévision qui l’a recruté et qui constitue désormais son véhicule de prédilection. Il demeure chroniqueur à Salut Bonjour en semaine et en cet été 2020, il en était à sa deuxième expérience d’animateur de Salut Bonjour Weekend.

«L’été dernier, on m’avait demandé d’animer l’émission en remplacement pendant six fins de semaine. J’étais comblé parce que c’est ce dont j’avais envie mais surtout, ça constituait une belle marque de confiance de mes patrons. En même temps, j’étais extrêmement conscient que pareille chance, ça vient avec des responsabilités. Il y a une pression inhérente à animer une émission aussi bien établie que celle-là et elle ne m’est pas imposée par mes patrons mais bien par moi-même.»

«Salut Bonjour est carrément une émission iconique dans notre paysage télévisuel; je mesure toute l’ampleur du défi. Heureusement, j’ai des modèles extraordinaires en Gino Chouinard et Ève-Marie Lortie, deux très grands professionnels que j’admire énormément. J’ai étudié leur façon de faire, leurs techniques d’entrevue, comment ils se sortent de situations inattendues, etc.»

Passer de la posture du chroniqueur à qui on pose des questions à celle de l’animateur qui dirige l’entrevue exige une adaptation considérable. «Il faut bien comprendre le contexte : à Salut Bonjour, on ne cherche pas à mettre les invités en boîte mais à les mettre en valeur tout en demeurant très pertinent. L’équilibre est délicat et il faut bien définir son rôle.»

Or, Mathieu Roy est consciencieux : «Pour m’entraîner, j’ai créé un balado l’été dernier dans lequel je faisais des entrevues d’une quinzaine de minutes avec des intervenants du monde de la technologie. Ça m’a habitué à la formule même si c’était beaucoup plus long que ce qu’on fait à Salut Bonjour. J’ai passé tout l’été à potasser des dossiers de recherche pour être bien préparé.»

La technique et la préparation demeurent des outils essentiels mais cette saison, l’animateur estime qu’il est arrivé à transcender leurs limites. «On part toujours avec un plan d’entrevue mais idéalement, il faut être en mesure d’en sortir si l’entrevue s’en va dans une autre direction. J’aime qu’il y ait de l’émotion dans la conversation et ça, ça exige de la souplesse. Mes bases sont pas mal assimilées, je dirais. Maintenant, il me reste des préoccupations comme le chronométrage des entrevues mais je peux arriver à jouer là-dessus quand c’est nécessaire.»

«Je ne suis encore qu’une verte recrue, s’empresse-t-il d’ajouter, comme si sa modestie craignait d’être écorchée, et j’ai énormément à apprendre mais je sens que j’arrive à créer de belles rencontres à l’occasion. Je pense notamment à une avec Jean-Marie Lapointe et une autre avec Benoît Dutrizac qui ont été de beaux moments cet été. Les deux entrevues étaient orientées différemment mais on a réussi à aller au delà du cadre imposé pour ajouter un surplus d’émotion. Je me souviens qu’avec Jean-Marie Lapointe, je n’ai même jamais regardé mes feuilles.»

L’avenir est un mystère insondable en télévision comme il l’est à la radio. S’il n’a pas de prise sur son destin professionnel, Mathieu Roy n’en nourrit pas moins une certitude moins banale qu’il ne paraît à première vue : il aime profondément animer. «J’ai non seulement du plaisir à le faire mais je suis habité par une curiosité sincère qui constitue une précieuse qualité pour ce travail. J’adore ce que je fais cet été et je me pince régulièrement pour me rappeler que je ne rêve pas.»

Reste qu’il importe de savoir durer dans ce métier souvent ingrat. «Ce qui est bien dans mon parcours, c’est que je n’ai pas brûlé d’étapes, analyse-t-il. Je ne suis pas particulièrement pressé mais je suis ouvert à ce que ma carrière prenne de l’ampleur. Par exemple, j’ai eu énormément de plaisir à animer Les animaux à la retraite qui a été une super belle expérience pour moi.»

«Présentement, j’ai une belle vie, une belle famille avec trois enfants merveilleux qui nous tiennent occupés, ma conjointe et moi. Côté professionnel, j’ai un bel horaire avec les chroniques à Salut Bonjour en semaine. Je ne contrôle pas les offres qui peuvent m’être présentées et j’ai appris à vivre sereinement avec ça. Quand on a besoin de moi, on me fait signe. Mon rôle, c’est de faire au mieux ce qu’on me demande quand on me le demande et ça me convient parfaitement.»