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Martin Fontaine: les hauts et les bas d’une pandémie

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
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S’il faut trouver quoi que ce soit de bon dans la situation pandémique actuelle, c’est qu’elle enseigne la résilience. Martin Fontaine est un bon élève.

L’été dernier, le propriétaire du Memphis Cabaret de la rue des Forges avaient décrit au Nouvelliste les efforts consentis pour relancer la salle de spectacle après la fermeture du printemps. Quand il disait être allé chercher les spectateurs un par un sur la rue, ce n’était pas qu’une figure de style.

C’est à l’automne, au moment où le travail portait fruit et que l’établissement retrouvait un niveau d’activité permettant de penser à des profits qu’est arrivée la seconde fermeture. Elle a frappé l’entrepreneur comme l’aurait fait un train. «Ç’a été très difficile à vivre, commente-t-il dans un soudain changement de ton. On avait mis toutes nos énergies dans la relance et là, on abordait notre grosse saison avec une vitesse de croisière retrouvée. Le retour en zone rouge, je l’ai pris dur.»

Il n’est pas dans la nature de l’énergique cinquantenaire de prendre les choses à la légère. «La deuxième fois, ç’a été plus long, plus dur, plus insécurisant. On retrouvait l’incertitude et le découragement qu’on avait vécu au printemps précédent mais se rajoutait l’épuisement parce qu’on avait tellement travaillé fort pour remettre les choses en place.»

Souvenez-vous: initialement, le gouvernement avait parlé de 28 jours de pause. «On a fermé nos portes le 10 octobre et on a rouvert le 1er mai.» Devant l’incertitude, Martin Fontaine a été amené à se remettre en question. «L’hiver a été dur aussi bien sur mon corps que sur le moral. Je me suis remis en question. Qu’est-ce que je ferais si jamais je n’avais plus de job? Est-ce que j’allais être contraint de prendre ma retraite? Se réinventer, je veux bien, mais j’ai 56 ans: je n’ai pas envie de retourner à l’école.»

Pour un temps, il dit être devenu fataliste et a oublié que ce n’était qu’une mauvaise période passagère, que la pandémie arriverait à son terme. À un moment donné.

«J’ai décidé de déménager. J’habitais en banlieue, à Blainville, depuis douze ans et je n’avais pas envie de partir mais le marché immobilier étant favorable, j’ai eu un bon prix pour ma maison. J’ai joué «fessier» comme on dit. Je me suis acheté une petite maison de campagne dans les Laurentides histoire de ne plus avoir d’hypothèque à payer. Je voulais sécuriser mes arrières, m’assurer de ne pas avoir de problèmes financiers advenant le pire. Je me disais que si ça devait mal tourner, j’élèverai des poules et je vendrai les œufs.»

Le déménagement a eu lieu en décembre. «J’ai été en mode survie pendant un bout de temps. Je n’avais même plus le goût de faire de la musique. Finalement, je suis content; je suis dans la nature, c’est plus beau, plus tranquille. L’air de la campagne me fait du bien.»

Vers le mieux

Depuis mars, son regard a changé. «J’observe l’évolution des contraintes sanitaires de façon constante et je suis optimiste devant l’évolution des choses. On s’en va forcément vers le mieux. En même temps, j’évite d’être trop optimiste: on a été tellement échaudés. Regarde l’Estrie qui a basculé tout récemment en zone rouge. Ça peut nous arriver aussi en Mauricie.»

Ce positivisme modéré est également tempéré par les écarts qu’on voit sur la carte de la province. Pendant qu’en Mauricie, on est en zone orange, ce dont il se réjouit évidemment, à Montréal et à Québec de même qu’en Estrie, la couleur est rouge. «Mon problème, calcule-t-il, c’est que ma clientèle au Memphis provient à 50 % de la région de Montréal et de Québec. Beaucoup de clients avaient fait des réservations pour venir chez nous l’été dernier et on va les honorer cet été. Et les gens ont hâte de venir chez nous. Par contre, quand ils m’appellent pour venir assister à un spectacle, je suis obligé de leur dire que je ne peux pas les recevoir pour l’instant même si, en Mauricie, on est en zone orange.»

S’ajoute la question du couvre-feu, toujours fixé à 21 h 30. Ça implique de devancer les spectacles à 19 h avec ouverture des portes de l’établissement à 17 h pour permettre au public de manger avant le spectacle. «Si on avait un couvre-feu à 23 h ou minuit, c’est certain que ça nous aiderait. Je suis d’accord avec le principe d’en garder un pour éviter que ça dégénère en toute fin de soirée. Par ailleurs, on est en mesure de maintenir des conditions de distanciation et de sécurité pour éviter tout danger dans nos établissements.»

«Ce qui compte à l’heure actuelle selon moi, c’est davantage de pousser les gens à aller se faire vacciner le plus rapidement possible. Mettre de l’avant toutes sortes de mesures incitatives dans l’idée que plus vite on va le faire, plus vite on va retrouver des activités qu’on aime et dont on a besoin.»

Plus que tout, l’homme d’affaires souhaite entendre un message positif de la part du gouvernement. «Je comprends qu’ils doivent composer avec des situations différentes d’une zone à l’autre et qu’il faut demeurer prudent. Mais il faut comprendre que les gens planifient présentement leurs vacances et qu’ils veulent voyager au Québec. Ce serait bon qu’on ait un message clair et positif quant à l’été qui s’en vient.»

À ce titre, il loue l’attitude des autorités municipales trifluviennes. «Ils font vraiment des efforts pour nous aider au centre-ville. J’ai été surpris de voir combien tôt ils ont transformé la rue des Forges en rue piétonnière et c’est très apprécié. Idéalement, si le gouvernement provincial pouvait mettre en place des mesures qui se comparent à celle qu’on avait l’été dernier, ça aiderait énormément et ça m’apparaîtrait très raisonnable.»

N’empêche, son moral est solide: il dit s’être retroussé les manches pour redonner son erre d’aller au Memphis. «Le pire est derrière nous», va-t-il jusqu’à avancer.

Il a, par ailleurs, fait son deuil du spectacle Elvis Experience d’abord prévu en 2020 puis reporté à 2021 à la salle Thompson fermée pour l’été pour les travaux de décontamination et de nettoyage en profondeur. «Ça été annulé carrément. C’est dommage, on avait quelque 4000 billets vendus. Tout le monde a été remboursé.»

Son producteur a même contacté l’Amphithéâtre Cogeco puisque le Cirque du Soleil est absent en 2021. Ils avaient de l’intérêt mais l’incertitude quant au nombre de spectateurs admissibles à l’été a forcé l’abandon du projet. «Avec une jauge de 1000 personnes par spectacle, ça aurait été rentable mais on ne sait rien de ce qu’il sera possible d’accueillir rendu à l’été.»

L’été 2022, alors? «Ce n’est pas impossible.»

C’est déjà l’été

Après une hibernation de quelque sept mois, le Memphis Cabaret a repris vie. Pour de bon, espère-t-on dans l’établissement du centre-ville si bien que son propriétaire et directeur artistique Martin Fontaine a élaboré une programmation qui s’étend jusqu’en décembre prochain. 

L’offre est typique de ce qu’on connaît de l’endroit. Et pour cause : la plupart des spectacles de mai et juin sont des reports d’événements prévus en 2020 et pour lesquels les billets achetés il y a un an sont toujours valides.

Le 15 mai, Dominique Hudson revient avec sa musique latine dans le cadre de Ultima Danza. Les 21, 22, 28 et 29 mai, les amateurs pourront voir ou revoir A Ray of Light, l’hommage que rend Martin Fontaine au grand Ray Charles accompagné de 7 musiciens et choristes. Retour aussi de Johnny & June les 4 et 5 juin avec le meilleur de Johnny Cash et June Carter. 

En nouveauté, le groupe hommage à Supertramp Tramp of the Century offrira Breakfast in America le 12 juin. 

Le gros événement de la saison sera sans doute la nouveauté Festif-Estival du Memphis qui célébrera le retour de l’été, celui des spectacles en présence et l’ouverture officielle de la terrasse. Les 19 et 26 juin, sous la forme du souper spectacle, Fontaine sera alors accompagné de The Groovy Good Times. Au cœur de la saison, du 2 juillet au 28 août, on pourra voir et entendre One Night in Vegas avec The Singing Pianos auxquels se joindra Martin Fontaine en participation spéciale. La formule souper-spectacle sera toujours à l’honneur alors que MC Claude Dupont accompagnera le repas avec la musique des plus grands crooners de Vegas avant de saluer l’arrivée en scène des Singing Pianos. 

Le Memphis prépare déjà son automne avec, au programme, du 3 septembre au 30 octobre, une nouvelle version de Sur la route de Memphis pour laquelle Martin Fontaine sera une fois de plus accompagné de The Groovy Good Times. Du 5 novembre au 18 décembre, toujours dans la formule privilégiée du souper-spectacle les vendredis et samedis, ce sera Party Time avec les grands succès festifs des années 50 à 80.

Dans l’état actuel de choses, la jauge du cabaret a été fixée à 70 spectateurs pour assurer la distanciation entre les convives de bulles différentes. Pour l’instant, les portes ouvrent chaque soir de spectacle dès 17 h pour le souper et les spectacles, sans entracte, se terminent autour de 20 h 30