Martha Wainwright sera au Moulin Michel de Gentilly le 10 juin.

Martha Wainwright: une artiste entière et vraie

Martha Wainwright ne passe pas assez souvent chez nous, mais chaque fois, c'est une rencontre mémorable. Jeudi soir, devant une salle Anaïs-Allard-Rousseau à peu près pleine, elle s'est de nouveau donnée avec cet abandon caractéristique comme un cadeau offert à ses fans.
On parle d'environ 250 spectateurs ce qui, pour une artiste de ce niveau, apparaît comme quasiment confidentiel. Pourtant, on devine que Mme Wainwright aime cette intimité. Elle sait alors qu'elle peut toucher directement le coeur de chaque individu ce dont elle ne se prive guère.
Elle a surtout survolé son tout dernier album, Goodnight City, un opus dont plusieurs critiques ont dit qu'il est son meilleur. Ce qui est sûr, c'est que sur scène, elle le défend avec une intensité absolue comme si chaque chanson était inscrite dans sa peau. Portée par une voix sûre et forte qu'elle contrôle comme jamais, elle chante avec toutes les nuances que sa personnalité comporte. Elle passe aisément, dans une même phrase musicale, de la voix de fausset très haut perchée, à la voix graveleuse dans le plus bas de son registre avant de sauter au murmure à peine audible.
Sans effort? Non. Martha Wainwright se donne complètement. Elle est habitée. Dans certaines interprétations, celles aux arrangements les plus dépouillés, on voit apparaître la tragédienne, portant sur son visage toute l'intensité de chaque émotion exprimée. Il n'y a pas que dans ses éclats de voix que sa ferveur trouve son expression.
Dans une sorte de folk extrême, qu'elle interprète de façon parfois hallucinée, elle s'abandonne à ce qui se rapproche le plus d'une vérité. C'est probablement ce qui la rend irrésistible. Elle semble incapable de feindre quoi que ce soit.
Forcément très à l'aise avec les chansons de son dernier album, elle se montre tout aussi ardente dans celles d'autres auteurs. Elle chante Chelsea Hotel #2 de Leonard Cohen comme si elle l'avait extraite de ses propres souvenirs. 
Il importe de mentionner que pour être en mesure d'écrire le texte que vous lisez, j'ai dû quitter la salle avant les rappels. Sans doute ai-je raté des moments forts. Je me dis cependant qu'il est peu probable qu'elle ait pu offrir à ses fans des interprétations plus troublantes que celle qu'elle a faite de Ayoye, d'Offenbach. Le coeur d'animal blessé de la chanson, c'était le sien. C'était ses tourments, sa douleur. Son émotion était d'autant plus palpable qu'elle l'a chantée seule à la guitare, forte et vulnérable au milieu de la scène déserte. Un beau moment que le public a beaucoup apprécié.
Je retiens aussi Francis, chanson du dernier album, mais qui a été écrite par son frère Rufus. On aurait cru entendre la voix du frère accompagner Martha dans cette chanson de facture très classique à laquelle la chanteuse a donné un surplus d'émotion. On peut le comprendre: cette magnifique chanson s'adresse à son fils. 
La fille de Kate McGarrigle a d'ailleurs mentionné dans une de ses présentations que la vie nous amène à changer et que son dernier album reflétait ses nouvelles priorités. Goodnight City est un album qui manifeste moins de méchanceté et de colère que ses albums précédents, soutient-elle. Grand bien lui fasse. Cela n'en fait pas une chanteuse moins intense ou moins fascinante, bien au contraire. Grand bien nous fasse.