Manon Bédard

Manon Bédard, une femme et ses valeurs

TROIS-RIVIÈRES — Il y a plus de 20 ans que Manon Bédard a conquis les cœurs avec sa capacité étonnante à faire des chants tyroliens. À l’aube de la cinquantaine, elle a concocté un nouvel album, Courtepointe, un huitième, qu’elle teinte de son vécu, de sa vision de la vie et surtout de son amour intarissable pour le country.

Pour elle, il n’y a d’ailleurs pas de meilleure façon d’exprimer ses émotions et de transmettre les messages qu’elle souhaite partager. «En ce moment, c’est ma meilleure façon de communiquer. Je dis toujours qu’il n’y a pas d’autre chose que le moment présent. Ces 10 chansons sont le moment présent. Ça ne donne rien d’aller au passé ou au futur. Pour moi, c’est dans le moment présent que se retrouvent les petits bonheurs de la vie.»

Elle confie que sa vision de la vie a bien évolué durant les dernières années qui ont été particulièrement éprouvantes sur le plan personnel. «Oui, mon expérience de vie fait en sorte qu’en ce moment, je veux parler des chansons qui sont bien ancrées dans le moment présent.»

«Ça part de loin. J’ai vécu tellement d’épreuves. J’ai perdu mes parents et des personnes très proches. Dernièrement, c’est mon petit yorkshire que j’adorais que j’ai perdu, confie-t-elle avant de verser quelques larmes signe que la douleur est toujours vive. «Toutes ses épreuves nous permettent de grandir et de sortir plus fort, même si je pleure encore. Je veux dire aux gens qu’ils sont toujours là et que même si le temps passe vite, il faut en profiter.»

Le titre de l’album, Courtepointe, a donc plein de sens pour la chanteuse originaire de Saint-Tite. «Chaque morceau me rappelle mes plus grandes valeurs. Pour les plus jeunes, une courtepointe c’est peut-être vintage mais pour moi c’est quelque chose qui me rappelle mes grands-parents. C’est le réconfort, la douceur.»

Elle y évoque aussi les liens qui s’effritent de plus en plus. «Avec la technologie, on est devant nos écrans, nos téléphones, le côté humain se perd. Courtepointe c’est pour ne pas oublier ce côté humain.»

Cet album, c’est surtout des parcelles de son histoire mise en mots par Pascal Allard pour qui elle a eu un véritable coup de cœur. Émerveillée par son écriture, elle a choisi de faire une première galette constituée entièrement de titres originaux.

«Au départ, j’étais supposée écrire avec lui mais quand j’ai lu sa magnifique plume, je lui ai donné les sujets et je l’ai laissé écrire, je trouvais ça trop magnifique. Même si c’est lui qui a écrit les 10 chansons, il a réussi à les écrire à ma couleur à moi. Ce n’est pas du Pascal Allard qu’on entend mais du Manon Bédard et ça, c’est assez extraordinaire.»

Bien que chacune de ses chansons soit inspirée de son vécu, elle désire que les gens se reconnaissent dans ce qu’elle leur partage. «Ça parle toujours un peu de moi mais de façon exagérée dans les textes, le but étant que les gens puissent se reconnaître à travers ça.»

De plus, elle a choisi de délaisser le rythme endiablé qui la caractérise pour se tourner vers des ballades qui permettront de faire le plein d’émotions positives et de faire ressortir «le méchant.»

«Ce nouveau son est plus acoustique, plus naturel. C’est un album très lumineux. Je ne dirais pas que ce sont des chansons tristes mais des chansons qui sont plus touchantes, ce que je n’avais pas l’habitude de faire sur les autres albums.»

Le moment n’est pas le fruit du hasard. À la veille de célébrer son cinquantième anniversaire, elle avait envie de repousser ses limites. «Au départ, je n’aurais pas été prête. Avec l’expérience et le vécu que j’ai, je suis capable de livrer chaque chanson. Avant je chantais surtout des chansons dynamiques et joyeuses, pas que le plus récent album ne le soit pas, mais les chansons que je fais, qui sont un peu plus ballades, j’ai plus de facilité à les interpréter parce que j’ai plus de vécu, j’ai plus d’expérience.»

Mais bien que l’album ait pris une direction nouvelle, elle y a tout de même conservé un yodle qu’elle souhaite participatif. «Prendre le temps qu’il faut, c’est un yodle à vitesse zone scolaire, illustre-t-elle dans un éclat de rire. C’est vraiment un beau yodle et je ne pouvais certainement pas passé à côté. Je ne veux pas que ce soit toujours la même chose et là, j’avais envie que les gens yodlent avec moi en spectacle.»

Être proche de son public, une priorité

Manon Bédard ne fait pas que chanter l’importance des liens humains. Elle applique sa vision à ses spectacles. Ce n’est pas un hasard si elle sera sur la Terrasse Countrythèque Cogeco du Festival western de Saint-Tite, un endroit qui favorise ce contact privilégié qu’elle entretient avec ses fans. «Ce n’est pas sur une grande scène que je voulais présenter mon album. Je suis une fille qui a besoin de toucher, regarder et sentir les gens. Je leur parle comme si c’était mes amis et ils aiment la proximité que j’ai avec eux. Cette fois-ci, le public m’a souvent entendu avec des chansons rapides et je suis très reconnaissante. Cette fois-ci, j’espère qu’ils vont me faire une place dans leurs oreilles avec des chansons qui sont un peu plus douces. J’avais vraiment envie d’offrir de nouvelles émotions et de les partager avec eux.»

«Pour moi, chanter c’est faire du bien aux gens. C’est donner plein d’amour, plein de bonheur. Courtepointe c’est un peu tout ça aussi.»

Bien installée sur sa propre scène, elle a lancé, le 6 septembre, ce nouvel album qu’elle qualifie de cadeau pour ses 50 ans. «Je serai entourée de 18 artistes invités que j’ai sélectionnés sur ma scène. Je vais leur donner la chance de faire leur spectacle et à la fin, je fais un duo avec eux. Un petit clin d’œil.»

Cette scène sera au nombre des nouveautés qui seront présentées à Saint-Tite. «Ce n’est pas donné à tout le monde de faire Saint-Tite. Certains artistes que j’ai sélectionnés l’avaient déjà fait mais j’avais aussi envie de donner la chance à d’autres qui ne l’avaient pas eue.»

Durant son passage sur sa terre natale, elle ajoutera à ses nouvelles pièces musicales, les chansons qui l’ont fait connaître et que son public chérit mais aussi des chansons qu’elle n’a pas l’habitude de faire comme La vie en rose. «Les gens adorent quand je fais des chansons intemporelles et ça leur rappelle de beaux souvenirs.»