L'Orchestre symphonique a livré une version concert intégrale du ballet Casse-Noisette samedi en compagnie de Bryan Perro.

Magie de Noël à l'OSTR

Jacques Lacombe avait dirigé la musique de Casse-Noisette pas moins de 350 fois dans la fosse des Grands Ballets canadiens de Montréal.
Son dernier contact avec l'oeuvre de Tchaïkovski remontait à plus de 12 ans, mais l'aisance quasi fusionnelle qui unit le chef à la partition s'est réanimée samedi à la salle J.-Antonio-Thompson, alors que l'Orchestre symphonique de Trois-Rivières livrait une version concert du célèbre ballet.
La musique imaginée par Tchaïkovski reste magnifique. Tout en légèreté, en grâce et en délicatesse, elle évoque avec brio la magie de Noël vue à travers la fantaisie des enfants. Inspiré d'un conte de Hoffmann repris par Alexandre Dumas, le ballet raconte la soirée de Noël de Marie et Fritz, deux enfants de milieu privilégié qui croulent sous les cadeaux.
Parmi ces cadeaux, un casse-noisette qui, dans la rêverie de Marie, prend vie après avoir été brisé par Fritz. Le merveilleux monde des jouets et celui des délices de bonbons, de pains d'épices et de mers de limonade sert de toile de fond aux danses chorégraphiées dans le ballet créé en 1892.
Pour enrichir la version concert du ballet, le chef Jacques Lacombe a demandé à l'auteur, comédien et metteur en scène Bryan Perro de découper un texte tiré des contes d'Hoffman et de Dumas, et de narrer ce condensé de contes parfois sur la musique, parfois en solo. L'idée de Jacques Lacombe était de retourner aux sources de l'inspiration de Tchaïkovski et de recréer l'univers narratif de Casse-Noisette.
L'idée était excellente. Le texte de Bryan Perro était juste et bien dosé. Le coeur de l'histoire a été bien cerné et les descriptions qu'il a détaillées étaient très évocatrices, comme par exemple celle d'un parrain Drosselmeyer voûté, à l'oeil masqué et au crâne chauve garni d'une perruque au goût discutable. D'autres illustrations se distinguaient par leur poésie, comme celles des appétissants délices sucrés, mêlées aux images de fleurs.
Le tout aurait proposé un mariage parfait, n'eut été deux bémols. Malheureusement, la puissance de la musique venait parfois noyer la voix de Bryan Perro. Les interventions du narrateur étaient beaucoup plus efficaces lorsque livrées sans musique. La puissance d'évocation de la musique est remarquable, mais il est dommage que la force des décibels ait sacrifié une partie de la partition de la voix de Bryan Perro.
Le deuxième bémol provient peut-être d'attentes trop élevées. L'OSTR a habitué ses amateurs à un niveau de qualité supérieur, à une excellence renouvelée à chaque représentation. Des oeuvres exécutées avec une rigueur qui frôle la perfection, des solistes invités qui éblouissent par la maîtrise de leur instrument: ces constats nous habitent à la sortie de la plupart des concerts de l'OSTR dirigés par Jacques Lacombe.
Samedi, les spectateurs familiers avec le travail de l'OSTR et celui de Bryan Perro ont pu déceler ce qui pourrait être interprété comme un manque de pratique dans l'arrimage du texte à la musique. Jacques Lacombe et Bryan Perro ont tous les deux exprimé en entrevue et en causerie préconcert l'aspect «dernière minute» de l'insertion des mots à la musique en préparation du concert de samedi. 
Le maestro est arrivé d'Europe vendredi midi, et deux répétions ont précédé le concert de samedi soir. On ose avancer que la qualité d'exécution aurait pu être peaufinée par au moins une autre répétition.
Le débit variable des narrations de Perro aurait pu être plus régulier, et les bafouillages limités avec une préparation plus étoffée, se permet-on d'avancer.
Le niveau de prestation était supérieur lors d'une collaboration semblable entre Bryan Perro et l'Orchestre symphonique de Montréal, en 2012, alors que Perro avait livré un de ses contes avec Kent Nagano et ses musiciens avec grande aisance.
En marge de ces commentaires qui se veulent constructifs, on peut saluer l'auteur pour les références contemporaines qu'il s'est permis d'ajouter à sa version du conte de Casse-Noisette. Il a habilement trouvé une façon d'insérer Donald Trump et le sirop d'érable québécois dans deux extraits de textes. Deux beaux clins d'oeil.
Du côté de l'orchestre, il fut agréable d'entendre et de voir la mise en valeur d'instruments comme les flûtes, les percussions et la harpe dans l'oeuvre de Tchaïkovski. Bravo au harpiste Antoine Mallette-Chénier, aux flûtistes Jocelyne Roy (solo), Heather Howes et Viviane Lafrance - une des cinq stagiaires du Conservatoire de musique de Trois-Rivières, ainsi qu'aux percussionnistes Catherine Meunier (solo) et Nicolas Lapointe.
Mention spéciale également à Ïoan Bastarache, qui a assuré les délicates parties de célesta caractéristiques à la Danse de la Fée-Dragée.