Frédérique Guichard, membre de l’Atelier Presse Papier, a agi à titre de commissaire et de coordonnatrice du projet Vague démographique; mouvance des cultures qui donne lieu à une exposition visuelle qui est présentée actuellement au Point de services pour les Autochtones de Trois-Rivières et le sera à plusieurs autres endroits au cours de 2018 et 2019.

L’ouverture à l’autre

Trois-Rivières — Dans le large débat concernant l’immigration, au Québec comme ailleurs dans le monde, c’est toute l’idée de l’ouverture à l’autre qui se dessine. Un projet en arts visuels intitulé Vague démographique; mouvance des cultures initié par l’Atelier Presse Papier aborde présentement la question avec autant de pertinence que d’inspiration.

L’artiste Frédérique Guichard a joué le rôle de commissaire pour ce projet. Son intérêt marqué envers les cultures autochtones l’a incitée à faire appel à sept artistes professionnels des Premières Nations qu’elle a associés à des artistes de Presse Papier pour créer les œuvres qui forment une exposition présentement offerte au Point de services pour les Autochtones à Trois-Rivières mais seulement jusqu’au 25 janvier. Par la suite, l’exposition voyagera, faisant des escales d’une durée d’un mois chacune dans cinq bibliothèques de la région avant de poursuivre son périple à Montréal. En 2019, elle sera présentée au Musée québécois de culture populaire, au Musée des Abénakis d’Odanak puis au centre culturel Félix-Leclerc de La Tuque.

Les artistes qui y participent viennent principalement de la région mais aussi de l’extérieur. Du côté des Premières Nations, on retrouve Jacques Newashish, Christine Sioui Wawanoloath, Eruoma Awashish, Marie-Claude Nequado, Martin Akwiranoron Loft, Meky Ottawa et Sarah Cleary. Leurs partenaires de Presse Papier sont Louise Hallé, Louise Courchesne, Karine Beaulieu, Virginie Parr, Marie-Christine Turcotte, Fontaine Leriche et Wuon-Gean Ho. À noter que cette dernière est l’artiste ayant remporté le prix Presse Papier de la dernière Biennale internationale d’estampe contemporaine lui valant une résidence à l’atelier trifluvien. Elle est britannique, d’origine chinoise. Le mariage culturel qui a présidé à tout ce projet en est donc élargi et d’autant plus intéressant.

Les sept paires d’artistes ont travaillé ensemble, suivi des ateliers, appris les uns des autres pour en arriver à la production d’œuvres qui témoignent forcément de l’ouverture à l’autre et de ce que cela a de fécond. Ils ont notamment pu s’inspirer d’un conte écrit par l’écrivaine trifluvienne Arianne Gélinas dans le cadre du projet.

«Le processus a duré un an, témoigne Frédérique Guichard. Ça n’a pas été facile parce que la démarche a exigé beaucoup d’adaptation de part et d’autre. Notamment parce que les valeurs ne sont pas forcément les mêmes. Je me souviens de Jacques Newashish qui était indisponible pour une période parce qu’il avait absolument besoin de séjourner dans le bois pendant quelque temps pour se ressourcer. Pour lui, ça avait priorité sur tout le reste. Il a fallu que sa partenaire s’adapte. Les Autochtones ont aussi souvent une notion du temps un peu différente de la nôtre: il fallait respecter ça. Notre mode de fonctionnement et notre culture n’ont pas priorité sur les leurs dans ce genre de projet. Cette adaptation obligatoire a finalement enrichi la démarche.»

Si le résultat d’ensemble est assez éloquent par la richesse des thèmes abordés et des approches, la valeur du projet tient à bien davantage.

«Je trouve que chacun a pu exprimer ce qu’il avait à l’intérieur, indique Frédérique Guichard. C’est très riche. Notamment parce que ça implique une profonde remise en question. Nous avons beaucoup de préjugés envers les Autochtones quant à leur production culturelle et là, on a sept artistes professionnels extrêmement occupés qui offrent une qualité de travail assez exceptionnelle. Je trouve que pour les jeunes Autochtones, par exemple, il y a là un modèle inspirant.»

«On entend parler de plusieurs dossiers concernant les Premières Nations depuis plusieurs mois mais c’est souvent négatif. Or, ici, c’est une expression positive de leur réalité qu’on présente dans un mariage mutuellement enrichissant. Le projet représente un contexte d’ouverture qui préfigure peut-être de ce qui s’en vient dans les relations entre nous et les Premières Nations. Il est permis de l’espérer.»

Après sa présentation au Point de services pour les Autochtones à Trois-Rivières, l’exposition née de ce projet sera présentée à la bibliothèque municipale de Maskinongé du 1er au 22 février, à celle de Saint-Alexis-des-Monts du 24 février au 14 mars, à celle de St-Boniface, du 16 mars au 5 avril, à celle du Lac-aux-Sables du 7 au 26 avril et finalement, à la bibliothèque municipale de Batiscan du 18 avril au 17 mai.

Partout, l’entrée est libre et l’exposition pourra être vue aux heures d’ouverture aussi bien du Point de services qu’à celles des bibliothèques.