Fidèle à ses promesses, Louise Lacoursière a décidé de traiter de violence conjugale dans le dernier roman de sa saga sur <em>La Saline.</em>
Fidèle à ses promesses, Louise Lacoursière a décidé de traiter de violence conjugale dans le dernier roman de sa saga sur <em>La Saline.</em>

Louise Lacoursière présente Shawinigan Falls: le roman de deux nécessités intérieures

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — À l’origine, Louise Lacoursière ne pensait écrire qu’une trilogie avec La Saline. Mais son éditrice l’a convaincue que ses personnages secondaires étaient si riches qu’elle devait explorer leur destin plus avant dans cinq romans subséquents. Elle met aujourd’hui un terme définitif à cette exploration en présentant Shawinigan Falls, quatrième épisode de la série Dans l’univers de La Saline.

Cette fois, c’est le destin du personnage de Marie-Louise, fille du docteur Antoine Peltier, qui justifie ce roman. Jeune femme forte, brillante et au caractère bien trempé dont le destin n’en sera pas moins cruel. Ne dit-on pas que les gens heureux n’ont pas d’histoire?

Le roman est né d’un intense appel intérieur. «Avec La jeune fille au piano, L’Amérindienne et Vent du large, mes trois premiers romans de Dans l’univers de La Saline, j’avais bien identifié mes personnages et le sujet fort autour duquel les faire évoluer. Pour Lionel, le petit frère de Marie-Ange, j’ai voulu le faire vivre en parallèle de la saga de la construction du Pont de Québec mais après réflexion, j’ai estimé que le sujet avait été abondamment traité par d’autres.»

«Un jour, je participais à un événement littéraire dans le magnifique parc Saint-Maurice, à Shawinigan, la ville de ma jeunesse. Et là, ça m’a frappée comme une évidence : il me fallait parler de cette ville que j’aime et dont le développement a été si particulier. J’ai abandonné Lionel et me suis tournée plutôt vers Marie-Louise. J’ai décidé qu’il n’y aurait pas cinq suites à La Saline mais bien quatre et j’avais quand même l’impression de boucler la boucle avec mes personnages.»

«Mine de rien, souligne-t-elle, sur un horizon d’une dizaine d’années, l’ensemble de La Saline a généré quelque 2500 pages de texte!»

C’est donc inspirée par une nécessité intérieure que l’écrivaine a entrepris cette aventure finale de la série. Cela dit, la nécessité intérieure a été double. «J’ai siégé sur le conseil d’administration de la Maison Le FAR à Trois-Rivières pour femmes et enfants victimes de violence conjugale. Je me suis toujours senti une dette envers les femmes que j’y ai côtoyées, intervenantes comme pensionnaires. Je voulais traiter ce sujet et Marie-Louise m’offrait une occasion rêvée.»

«Il était essentiel que j’aie un personnage de femme forte et intelligente pour effacer l’idée reçue que ce sont des femmes faibles qui sont victimes de violence conjugale. De l’autre côté, alors que mes personnages de La Saline ont toujours été de bonnes personnes plutôt victimes des événements, j’ai voulu, pour la première fois, explorer un personnage foncièrement méchant avec Charles Adam, le fils du propriétaire de l’alambic à Saint-Léon-le-Grand.»

Avec <em>Shawinigan Falls</em>, Louise Lacoursière met un terme à toute la saga <em>La Saline</em> qui aura généré sept romans et quelque 2500 pages de texte.

La romancière a puisé dans sa connaissance du sujet pour insérer dans son récit le phénomène de la violence conjugale avec les troublantes nuances qu’il exige. Elle décrit le cycle de violence qui s’installe, la culpabilité comme élément central dans la relation amoureuse, la manipulation, le besoin irrépressible de contrôle du bourreau, l’illusion que la victime entretient qu’elle arrivera à changer son conjoint par son amour et sa persistante vulnérabilité aux demandes de pardon de ce dernier.

De l’autre côté, elle ne manque pas l’occasion de montrer l’importance de la main tendue par une amie, geste crucial pour permettre à la victime de s’en sortir tout comme l’implication des proches.

«Je me suis appliquée à montrer comment s’installe le cycle de la violence même si après chaque crise, le mari s’excuse et qu’il manifeste des regrets qui peuvent être sincères. De fois en fois, les épisodes de violence sont toujours de plus en plus rapprochés et de pire en pire dans leur intensité. J’ai été guidée par Johanne Lemay, directrice de la Maison Le FAR, qui m’a aidée à présenter les choses de façon juste et réaliste. Elle a été très précieuse.»

Louise Lacoursière s’est cependant assurée que sa dénonciation ne soit pas perçue comme une leçon faite au lecteur. «Je suis dans l’optimisme : j’ai donné au fils qu’aura Marie-Louise le nom de David pour appuyer l’idée du petit David qui arrive à vaincre le géant Goliath.»

Les amateurs de la série, et ils sont nombreux, reconnaîtront non seulement les personnages principaux qu’ils aiment mais apprécieront l’apparition de personnages surgis de romans antérieurs de même que ces clins d’œil propres à l’écriture de Louise Lacoursière. «J’ai fait beaucoup de recherches historiques grâce à la collaboration de plein de gens à Shawinigan. Je fais allusion à plusieurs éléments que les gens du coin vont reconnaître, tant à travers des personnages que pour des références à la géographie ou à l’industrialisation de la ville. Il y a beaucoup d’invention mais beaucoup de références dont la justesse historique a été vérifiée.»

La fin

Même si ses personnages l’habitent encore intimement et poursuivront encore longtemps un dialogue intérieur avec leur créatrice, Louise Lacoursière en a fini avec le riche univers de La Saline. «J’ai fait une promesse à plusieurs de mes lecteurs que j’ai eu le plaisir de rencontrer : je n’étirerai pas la sauce. Même si j’aime profondément ces personnages, je pense avoir dit l’essentiel et je suis prête à passer à d’autres projets.»

«Ce que j’aimerais que les lecteurs retirent de la lecture de Shawinigan Falls, c’est qu’ils soient heureux pour Marie-Louise et qu’ils poussent un soupir de satisfaction en bout de ligne. On aspire tous à un petit bout de ciel bleu malgré les difficultés. Et j’espère que pour les quelques heures qu’ils vont consacrer à la lecture, ils vont oublier leurs soucis et passer un bon moment.»

Shawinigan Falls sera publié à 4000 exemplaires, premier tirage type d’un best-seller. Pour l’ensemble de la saga de La Saline cela nous amène à un très impressionnant total de quelque 40 000 exemplaires. Le dernier-né sera disponible en magasins le 9 septembre et Louise Lacoursière sera en séances de signature à la librairie Poirier de Trois-Rivières le vendredi 11 septembre, de 16 h à 17 h 30 ainsi que de 19 h à 20 h. Par ailleurs, le lendemain, elle sera à la librairie Poirier de Shawinigan entre 14 h et 15 h 30 pour rencontrer ses lecteurs.

D’autre part, pour ceux qui se posent la question, le projet d’une série télévisée basée sur les romans de Louise Lacoursière autour d’Anne Stillman est toujours en cours de production. Cependant, une certaine pandémie est venue perturber le processus de réalisation de sorte que pour l’instant, le projet est sur pause. Les dernières estimations des producteurs parlent d’une sortie en 2022 si tout se passe bien.