Louise Lacoursière publie L'Amérindienne, le deuxième roman dérivé de sa trilogie La Saline.

Louise Lacoursière lance son roman L'Amérindienne 

Dans son deuxième roman dérivé de sa trilogie La Saline, l'auteure Louise Lacoursière explore l'univers des autochtones de la fin du XIXe siècle en Mauricie.
Dans L'Amérindienne, elle développe le personnage de Judy, connue dans La Saline comme une amoureuse du personnage principal, le docteur Antoine Pelletier. Dans ce nouveau roman, Judy renoue avec sa mentore abénakise Alanis Watso dans la communauté aujourd'hui nommée Odanak.
Comme dans La Saline et dans le premier roman dérivé, La jeune fille au piano, Louise Lacoursière marie dans L'Amérindienne une trame historique à un récit romanesque, tout en faisant découvrir au lecteur des réalités et des lieux spécifiques.
Dans La jeune fille au piano, l'auteure levait le voile sur la réalité des enfants non voyants éduqués à l'Institut Nazareth de Montréal, alors que dans La Saline, la médecine de campagne était évoquée à travers l'histoire du docteur Pelletier, qui pratiquait à Saint-Léon-le-Grand et à l'hôtel La Saline.
«J'ai voulu explorer le monde des Premières Nations, principalement le monde des Abénakis et des Atikamekw», confirme Louise Lacoursière qui, pour le volet autochtone exploité dès le premier tome de La Saline, s'est inspirée d'une vieille image d'artisans abénakis qui campaient dans le boisé de La Saline tout l'été et qui fabriquaient des objets offerts aux clients de l'hôtel.
«Quand j'étais enseignante, je suis allée au Jardin botanique et j'ai vu les jardins de plantes médicinales. Je me suis dit que quand je serais à la retraite, je cultiverais des plantes et soignerais les gens!
En écrivant, je me suis demandé quelle passion pourrait avoir mon personnage de Judy, la première amante de mon héros. Je l'ai connectée avec ma passion, les plantes médicinales. Je me suis dit que quelqu'un devrait l'initier et je l'ai imaginée aller rencontrer Alanis Watso dans le boisé de La Saline. C'est là que je suis entrée en contact avec le peuple abénakis», raconte l'auteure.
Dans L'Amérindienne, Judy exploite son herboristerie à Montréal, d'où elle se fait requérir au chevet d'Alanis, à la Mission Saint-François-de-Sales, l'ancien nom d'Odanak. Elle s'immergera ainsi dans la culture abénakise, et à travers d'autres personnages dont Simon, le petit-fils d'Alanis, le lecteur se familiarisera avec les us et coutumes de cette nation à cette époque, soit entre 1893 et 1895.
Par exemple, les rituels de chasse sont décrits à travers les activités de Simon. «J'explique comment les Loyalistes sont arrivés, comment les Abénakis ont perdu petit à petit leur terrain de chasse et comment ils se sont associés avec les Atikamekw», note Mme Lacoursière, qui illustre aussi dans L'Amérindienne le cérémonial de la hutte de sudation. Les subtilités et les implications du statut d'Indien sont aussi effleurées, dans le contexte de la Loi sur les Indiens adoptée en 1876 avec des enjeux parfois jugés assimilationnistes.
Louise Lacoursière a également examiné l'aspect des relations hommes-femmes. Elle dépeint le portrait d'une femme dotée d'un grand ascendant et d'un homme aimant et respectueux, n'ayant pas à prouver sa masculinité dans le foyer, valorisé par son rôle de pourvoyeur chasseur.
«Ça contraste avec la notion d'Amérindien d'aujourd'hui avec la boisson, la violence conjugale... Saint-François-de-Sales était une réserve particulière parce que beaucoup de gens vivaient de la vente de leur vannerie et de leur artisanat. Ils avaient leur propre maison, contrairement à d'autres nations où les gens sont à la merci des gouvernements», constate-t-elle.
«C'est sûr qu'en 1895 il y avait des problèmes d'alcoolisme, mais pas endémiques comme aujourd'hui. Je n'ai pas mis des lunettes roses en parlant des bons Indiens et des méchants Blancs. Il y a du bon et du méchant monde partout. Sauf que les valeurs mises de l'avant par la plupart des autochtones de ce temps-là me touchent énormément», ajoute-t-elle en précisant qu'elle a trouvé le fil conducteur de son livre dans le portrait des valeurs des Premières Nations exposé dans le documentaire L'empreinte.
«Ce film nous démontre comment la société québécoise a hérité des valeurs des Amérindiens bien plus qu'on pense», juge-t-elle.
Très peu de sources écrites abordent l'histoire des Abénakis, plus portés vers la tradition orale. «Il y a deux livres et dans les deux cas, ce sont des missionnaires qui écrivent sur les Abénakis, et toutes les traditions sont occultées parce que considérées comme païennes», mentionne Mme Lacoursière, qui a multiplié les sources pour se documenter. Nicole O'Bomsawin et Madeleine Basile l'ont notamment beaucoup aidée.