C’est avec un enthousiasme qu’il ne dissimule pas que maestro Jean-Claude Picard aborde La symphonie de la mer, deuxième concert de la série principale de la saison de l’OSTR qui sera présenté samedi soir à la salle Thompson.

L’OSTR présente La symphonie de la mer comme deuxième concert de la saison

Trois-Rivières — Le public mélomane est convié à une odyssée maritime ce samedi 16 novembre, 20 h, à la salle Thompson pour le deuxième concert de la série principale de l’OSTR. Au programme de La symphonie de la mer: La Mer, de Debussy et A Sea Symphony, du Britannique Ralph Vaughan Williams.

Cette dernière œuvre impliquera la soprano Anna-Sophie Neher, le baryton Jaesun Ko ainsi que les chœurs de l’OSTR, du Conservatoire de musique de Trois-Rivières et de l’Université de Montréal ce qui devrait amener quelque 175 interprètes sur la scène pour rendre justice à cette œuvre grandiose. Bâtie sur des poèmes de Walt Whitman, la symphonie traduit l’aspect métaphysique des œuvres du célèbre poète américain.

«Il y a dans The Sea Symphony de Ralph Vaughan Williams des moments carrément mystiques qui sont, à mon sens, une des signatures de ce compositeur, de commenter maestro Jean-Claude Picard au terme d’une première répétition avec ses solistes mercredi matin. Il possède une capacité à traduire en musique la poésie qui est assez exceptionnelle. J’ai découvert sa musique en Écosse il y a cinq ou six ans mais il n’est guère joué ni sur le continent européen ni en Amérique. Je veux amener sa musique parce que je sens que ça va rejoindre la sensibilité du public d’ici.»

Pour donner toute sa portée à l’œuvre, le directeur musical a choisi deux jeunes solistes en pleine ascension: la soprano Anna-Sophie Neher et Jaesun Ko, un baryton-basse qui avait notamment chanté dans la production de l’opéra Faust en 2017, la dernière de Jacques Lacombe au pupitre de l’orchestre trifluvien. «Ce qui a été extrêmement important pour moi et Natalie (Rousseau, la directrice générale), c’est que bien qu’ils soient jeunes, ce sont de véritables artistes. On sent qu’ils ont une profonde recherche artistique au fond d’eux: ils se posent constamment des questions à savoir comment traduire en musique les grandes interrogations humaines. Ils ont quelque chose d’universel à exprimer.»

«C’est important pour un chef d’orchestre d’être à l’écoute de ce que les musiciens et les solistes ont à dire, à suggérer. Il s’agit alors d’intégrer des éléments qui ne vont pas à l’encontre de notre approche. Comme chef, on s’approprie l’œuvre de façon très approfondie et on sait exactement ce qu’on veut exprimer mais c’est important d’accueillir la sensibilité des musiciens qui ont aussi des choses magnifiques à dire. Quitte à modifier un peu notre approche en autant que ça ne va pas carrément à l’encontre de notre vision de l’œuvre.»

Le jeune maestro parle d’un travail de collaboration à l’instar d’un équipage sur un voilier où chacun a un rôle bien spécifique pour assurer la bonne marche du navire. Or, en choisissant le thème de la mer pour ce deuxième concert, maestro Jean-Claude Picard s’offre une occasion d’exprimer son approche de la musique comme outil de réflexion sur l’existence humaine. «Il y a vraiment des questions existentielles que la musique vient poser quant au sens de notre vie. Or, il est permis de croire que ce sont des questions que les marins au long cours ont dû beaucoup se poser, eux qui étaient constamment confrontés à une force infiniment plus grande qu’eux. Ils devaient se faire une alliée de la mer pour naviguer et j’estime qu’il en est de même de notre existence au cours de laquelle il faut constamment s’adapter parce que la vie ne cesse de nous surprendre.»

Pour ce qui est de La mer de Debussy, œuvre phare du répertoire, elle constitue un très beau défi pour un orchestre qui ne l’a interprétée pour la dernière fois qu’il y 23 ans. «De par sa difficulté, son défi technique, ça fait travailler l’orchestre, estime le chef. Pour des orchestres comme l’OSM ou l’Orchestre national de France qui l’ont jouée tant et tant, l’œuvre fait partie de leurs gènes mais pour nous, ça constitue un barème qui indique où nous sommes rendus dans notre évolution.»

Première dans l’histoire de l’OSTR, le chef dirigera les quatre journées de répétition dans la salle Thompson même, un avantage technique considérable permettant d’ajuster le son aux caractéristiques sonores de la salle, tout en ayant force de symbole. «La salle Thompson, c’est la maison des musiciens à Trois-Rivières et on se l’approprie: c’est réjouissant. Plusieurs des grands orchestres du monde ont leur propre salle et celle-ci devient carrément un personnage avec lequel l’orchestre travaille.»

Le chef cache assez mal son excitation à la perspective de diriger un deuxième concert mais s’avoue cependant plus calme que lors de l’ouverture de saison. «Disons que je suis plus paisible en abordant celui-ci, lance-t-il dans un rire. Des défis se manifestent à chaque concert mais un travail de fond demeure. Avec l’orchestre, les solistes, le chœur, c’est très lourd et malgré que j’aie une idée bien définie de comment on va travailler, les choses vont forcément prendre une tangente inattendue qui va exiger des ajustements, ce qui me plaît bien.»

Fidèle à son approche, Jean-Claude Picard tient à ce que son discours musical soit clair et limpide du début à la fin de cette soirée qui s’annonce impressionnante. «Contrairement à un enregistrement où on recherche une perfection très lisse, nous serons au service d’une magnifique parole et je tiens à ce que ça parle au public de façon à ce que les gens sortent de la salle en disant que la musique est vraiment venue les chercher, nourrir leur réflexion intime.»