Après de nombreuses années à travailler chacun de leur côté, les humoristes François Maranda (à l’avant-plan) et Jean-Marie Corbeil forment désormais le duo Corbeil et Maranda qui sera en spectacle le 3 mars au Théâtre du cégep.

L’humour sous toutes ses coutures

Trois-Rivières — La tendance forte est au spectacle solo en humour au point où tous les humoristes semblent y aspirer. Le fait d’y déroger est peut-être une des meilleures façons de se démarquer dans un marché bondé. Par contre, si Jean-Marie Corbeil et François Maranda ont choisi cette option, c’est beaucoup moins par stratégie qu’à cause des affinités naturelles qui les unissent et c’est cette chimie qu’ils livrent avec leur spectacle Naïfs qui sera présenté le 3 mars au Théâtre du cégep de Trois-Rivières.

Alors que l’idée du contenu fait l’objet de pas mal de débats dans le monde de l’humour, les deux vétérans de la scène proposent une vision rafraîchissante. «C’est un spectacle pour donner du bonheur, clament-ils bien haut. Ce qu’on entend le plus souvent à la sortie de la salle et ça nous fait particulièrement plaisir, ce sont des gens qui disent que c’est un spectacle qui leur a fait du bien.»

Comprenons-nous bien: ils ne s’érigent nullement contre l’humour à message. Même qu’ils abordent eux-mêmes des thèmes d’actualité en parlant des préoccupations des consommateurs, du système de santé ou des femmes qui sont confrontées à elles-mêmes. Cependant, ils n’ont pas de cause à défendre, pas de morale à faire valoir. Juste le besoin de s’amuser intelligemment entre eux en faisant de même avec le public.

Le spectacle n’est pas très vieux puisque les premières représentations officielles de Naïfs datent de novembre dernier mais il est clair dans la tête des deux hommes que c’est un concept qu’ils vont exploiter sur une longue période. «On a déjà des sketches pour un deuxième spectacle et on a des projets de télévision, de web.» C’est la naissance d’une nouvelle vocation, en somme.

«Ce n’est pas le concept traditionnel du comique et du straight man, explique François Maranda. Bien sûr, on adopte certaines des règles propres à ce genre, mais on n’a pas des rôles si nettement définis. Parfois, la chute des gags me revient, d’autres fois, c’est à Jean-Marie. Le rythme est super important alors, c’est un spectacle à la mécanique très fignolée. En fait, c’est devenu un spectacle de variétés parce qu’on pratique plusieurs genres d’humour: il y a une petite portion de stand-up, des sketches, on imite, on chante, on danse.»

«C’est un élément de notre signature, poursuit Jean-Marie Corbeil. En parlant avec des diffuseurs, plusieurs nous ont dit que ce qu’ils aiment, c’est que plus personne ne fait ça, des variétés en humour, et que c’est bon d’en revoir. On fait se succéder un très grand nombre de numéros différents de quelques minutes chacun en cherchant, à chaque fois, une trouvaille visuelle ou sonore qui vient appuyer l’humour verbal. On a travaillé fort à être inventifs, à surprendre constamment les spectateurs. Dans chaque numéro, il y a une twist originale. L’expression qui nous définit peut-être le mieux vient d’un journaliste qui a dit qu’on était des ingénieurs de l’humour.»

Malgré un emballage qu’ils considèrent raffiné et recherché grâce à de savants éclairages, les deux compères sont demeurés fidèles au principe d’accessibilité qu’ils manifestent de deux façons. D’abord, ils ont limité le prix des billets à 25 $ et ont concocté un humour simple et bon enfant, d’où le titre du spectacle. «Je dirais qu’on est beaucoup inspirés par des choses qu’ont fait les Monty Python, donne François Maranda en exemple, et on a assurément un côté absurde mais on ne va jamais trop loin dans cette direction. Oui, on prend des risques et ça sort de l’ordinaire comme spectacle mais tout le monde y trouve son compte, depuis les plus jeunes jusqu’aux plus vieux.»

D’ailleurs, ils ont fait appel à un humoriste d’origine trifluvienne, François Massicotte pour la supervision de leurs textes alors que c’est le comédien bien connu Sylvain Marcel qui est le metteur en scène de Naïfs. «C’est lui qu’on a choisi parce qu’on voulait quelqu’un pour assurer notre direction d’acteurs de façon à ce que notre jeu soit vraiment solide. À nos yeux, c’est primordial.»

Tout cela semble correspondre aux attentes du public puisque les représentations se multiplient au point où ils ont déjà des spectacles programmés jusqu’en 2020 alors qu’ils sont toujours dans le processus de se faire connaître du grand public. Mais comme ce spectacle leur procure énormément de plaisir, ils sont bien résolus à le présenter aussi souvent qu’il sera nécessaire pour convaincre le public qu’ils sont l’antidote par excellence au cynisme et à la morosité ambiants.