Patrick Groulx présente son 4e one man show au Théâtre du Cégep de Trois-Rivières le 28 mars.

L’humour et la sagesse

TROIS-RIVIÈRES — Qu’est-ce qui fait qu’on est plus heureux en vieillissant? C’est la question un peu philosophique qu’aborde Patrick Groulx dans son nouveau one man show intitulé simplement Groulx qu’il présentera au Cégep de Trois-Rivières le 28 mars. Il y avait un bon petit bout que le sympathique humoriste avait fait le tour du Québec avec un spectacle complet de son matériel. Il y avait eu quelques représentations de Patrick Groulx et ses p’tits pas fins mais ce n’était pas une tournée comme il avait l’habitude d’en faire avant de prendre une sabbatique de cinq ans pour profiter de sa marmaille.

«Aujourd’hui, à 44 ans, je n’ai jamais été aussi heureux de ma vie! Pour vrai! Qu’est-ce qui fait que malgré les pattes d’oie et les cheveux gris, je suis bien?»

Dans ce nouveau spectacle, il se livre comme jamais auparavant autant sur son vécu que dans sa manière de travailler son matériel. Il aborde plusieurs thèmes qui s’ancrent dans une certaine sagesse. «Plus on vieillit, plus on apprend à se foutre de ce que les gens pensent de nous. Ç’a été très important et révélateur pour moi. On est dans une société où on se compare, une société de performance... un peu malade! C’est complètement fou! On a de la misère à se poser et à prendre du temps pour les choses qui sont les plus importantes dans nos vies. Ç’a été dur de prendre ma décision il y a cinq ans de choisir mes enfants. Je devais mettre de côté ce qu’il y a de plus payant pour moi dans ma vie, la tournée et ce que j’aime le plus faire. Par contre, je ne regrette pas ma décision. Ç’a été la meilleure décision que j’ai prise de ma vie. J’ai continué à travailler très fort et beaucoup mais d’une autre façon. Je me suis rapproché de ma famille, de ce qui était important.»

Même si la possibilité de tomber dans l’oubli et de perdre sa place au profit d’une relève qui en prend de plus en plus était bien réelle, Patrick Groulx savait que c’était la voie à suivre.

«Il faut que tu acceptes ça. C’est dur d’accepter que peut-être on ne viendra plus me voir et que peut-être on va m’oublier. Je n’aurais jamais pris cette décision à 28 ans ou à 33 ans, je n’aurais pas été capable. J’ai eu la chance de faire beaucoup d’affaires et j’ai moins de choses à me prouver. Je voulais me prouver que je pouvais être un bon père et que j’étais capable d’être là pour mes enfants, à tout le moins quelques années, pour qu’ils soient assez vieux pour comprendre pourquoi je dois partir pour le travail.»

À mi-chemin dans la quarantaine, comblé par son rôle de papa qu’il savoure pleinement, il reprend la route avec du matériel teinté de cette sérénité qu’il dégage. «Mon show est très différent. C’est un show qui me ressemble beaucoup, où je me fais plaisir. J’ai travaillé le spectacle vraiment différemment. Je me suis mis en danger, je me suis déstabilisé. C’est important pour moi de me déprogrammer avec ce spectacle-là.»

Dans le domaine de l’humour depuis qu’il a 19 ans, il a dû s’adapter à une nouvelle manière de travailler. Fini les quelques spectacles de rodage et les tonnes de répétitions à l’abri des regards. L’instantanéité prend une place importante et le domaine de l’humour n’y échappe pas. «J’écrivais des trucs le matin que je testais le soir!», raconte-t-il en précisant que le processus qu’il a découvert lui a grandement plu.

Parmi les thématiques qu’il avait envie d’aborder, la séparation l’a confronté à un tabou qu’il ne suspectait pas. Même si la mère de ses enfants a approuvé la première version de son numéro, il a vite réalisé que le public n’était pas au même point. Il a jasé avec des spectateurs pour en venir à la conclusion que la séparation était, pour bien des gens, un processus trop douloureux pour être capable d’en rire. Il a donc retravaillé le numéro pour bien transmettre sa vision. «Ç’a été le numéro le plus difficile!» Le but c’était de faire rire après tout. «C’est un thème qu’on n’aborde pas souvent. En tout cas, pas de cette façon-là.» La douleur ne l’a pas épargné durant sa propre séparation mais il a pris du recul, pansé les blessures et fait la paix avec celle qui a été à ses côtés pendant une décennie. «Je pense qu’on a réussi notre séparation. C’est une de mes grandes fiertés!»

Il faut donc s’attendre à une sympathique thérapie qui permettra aussi aux parents d’entendre ce que beaucoup pensent sans oser le dire tout haut. «Il y a des choses qu’on ne peut tellement pas dire. J’ai vu que pour ça aussi il y avait des tabous. Je dis dans mon show que, moi, je n’aime pas tant que ça jouer avec mes enfants. C’est une des affaires qui est tabou! Je parle aussi des contradictions comme parents.»

Pourtant, pas besoin d’être parent ou séparé pour apprécier le spectacle dans lequel il partagera également des anecdotes où il s’est mis le pied dans la bouche. «C’est parce que je suis honnête et spontané», lance-t-il avec un ton d’impuissance.

Par ailleurs, son tourbillon d’humour et de sagesse est réservé à un public de 16 ans et plus, puisqu’il a décidé d’y inclure un numéro «qui fesse» dans lequel il raconte une anecdote vraie mais qui pourrait être trop explicite pour de jeunes spectateurs. C’est pour lui le moyen ultime de prouver sa volonté de se foutre de ce que le monde pense.