Michel Boujenah assume son affection pour les Québécois en venant présenter ici son plus récent spectacle solo intitulé: Ma vie encore plus rêvée dans le cadre d’une tournée prévue pour l’automne 2019.

L’humour émouvant d’un presque Québécois

Trois-Rivières — Michel Boujenah est venu si souvent au Québec que personne ne peut douter de son attachement à notre coin de pays. Pourtant, les Québécois n’ont jamais assisté à l’un de ses spectacles solo. Cette lacune sera comblée l’an prochain quand l’humoriste effectuera une tournée de son spectacle Ma vie encore plus rêvée. Il s’arrêtera dans quelques villes, dont Trois-Rivières le 30 octobre 2019.

Quand, en entrevue téléphonique dans le cadre de sa tournée de promotion québécoise, on lui demande quelle nécessité il sent de venir présenter ici un spectacle qui roule très bien en France, il a une réponse sans appel: «Mais parce que j’en ai envie! J’aime le Québec. Et quand je dis ça, je ne pense pas simplement à la nature magnifique mais ce sont surtout les gens que j’aime.»

Son cri du cœur est émotif mais l’homme a quand même réfléchi à la nature particulière de son attachement. «Dès que je suis venu ici la première fois, il y a 35 ans, j’ai été touché par l’acharnement que vous mettez à vous souvenir de vos racines. J’ai même conservé chez moi une de vos plaques d’immatriculation avec cette devise: Je me souviens. Je trouvais extraordinaire cette façon que vous avez de vous accrocher à votre identité.»

«Moi qui suis né en Tunisie pour immigrer en France à 12 ans, je n’ai jamais voulu oublier mes racines et je me suis complètement reconnu en vous. L’autre racine de cette affection, c’est que c’est le pays du rire, ici. Les Québécois ne se rendent pas compte de la place que prend l’humour: c’est incroyable! Vous avez même une école d’humour commanditée par l’État. On ne voit ça presque nulle part. Pas en France en tout cas et je pense qu’il y en a une en Belgique mais je n’en connais pas ailleurs. Votre culture du rire est fascinante.»

L’identité demeure par ailleurs une préoccupation qui aura marqué son œuvre et sans doute sa vie. «Rester attaché à ses racines, ça n’a rien de passéiste malgré ce que certains semblent croire. Moi, je ne joue pas le personnage de l’immigré: je suis ça! Je n’ai jamais essayé de ressembler aux autres: je suis ce que je suis, c’est tout.»

«D’ailleurs, je trouve ça triste de constater qu’en France, on a tendance à gommer les accents de plus en plus. Qu’aurait été Raimu sans son accent? Ou Fernandel? Même à Marseille, le présentateur du journal télévisé local n’a même pas l’accent du Midi. Comme s’il y avait un effort concerté pour faire disparaître les différences.»

On pourra retrouver ce thème de l’identité dans le spectacle qu’il présentera au Québec, une mouture actualisée d’un spectacle présenté à partir de 2013 sur les scènes françaises. «Je ne poursuis pas l’exploration de l’identité comme je l’ai fait dans d’autres spectacles par le passé, analyse-t-il. L’idée, c’est de refaire le pont avec notre enfance. Comme je le dis en fin de spectacle, je devrais peut-être retourner en Tunisie pour retrouver l’enfant que j’étais. Toutes les enfances ne sont pas merveilleuses comme la mienne mais justement, peut-être est-il important de recoller les morceaux quand l’enfance a été abîmée.»

L’humoriste/comédien/réalisateur avoue revenir avec quelques obsessions qui vont meubler son propos comme sa passion pour les seins des femmes, la politique, la démocratie et sa mère envahissante qui revient dans à peu près tous ses spectacles. Il y a une autre obsession qui, elle, se manifeste peut-être davantage dans ses films. Sa première réalisation s’intitulait Père et fils et son prochain, le quatrième, Frères. Dire que l’exploration de la relation familiale le préoccupe ne semble pas une exagération.

Pourquoi ce titre de vie encore plus rêvée? «Parce que je veux dire aux gens l’importance de rêver sa vie. On ne peut pas vivre sans le rêve. Moi, j’ai rêvé, étant jeune, d’être acteur mais c’est parce que je continue à rêver que je peux aujourd’hui écrire et continuer d’inventer.»

Cela dit, il demeure fidèle à ce qui est devenu son identité sur scène: l’émotion qu’il marie au rire dans un dosage dont il a seul le secret. «C’est plus fort que moi: c’est comme ça que j’écris. C’est, du reste, le mélange qui fait les meilleurs spectacles ou les meilleurs films. On a moins peur des émotions quand elles sont enrobées dans l’humour et celui-ci permet d’aborder des sujets plus délicats parce que le public est plus réceptif.»