Malgré les apparences, la pièce à sketches On va tous mourir, montée par Simon Boudreault, à gauche, et Laurent Paquin est un feu roulant de blagues. Elle sera présentée le 1er avril prochain à la salle Thompson.

L’humour à sketches sur scène reprend du service

TROIS-RIVIÈRES — Si vous avez envie de monter un spectacle d’humour, il serait étonnant que la mort soit le premier thème que vous pensiez à exploiter. À moins que vous ne soyez Laurent Paquin et Simon Boudreault. Eux en ont tiré une comédie à sketches sur scène de 90 minutes intitulée On va tous mourir qu’ils présenteront le 1er avril prochain à la salle Thompson.

Une pièce de théâtre, donc. Même dans l’âge d’or de l’humour qu’on vit encore au Québec, le projet apparaît comme un OVNI. Pourtant, le principe est non seulement très simple, mais il rejoint une tradition qui a marqué le Québec d’une certaine époque: les spectacles de vaudeville. Dans ce cas précis, la formule se résume à deux comédiens qui interprètent 17 saynètes comiques complètement différentes les unes des autres mais portant toutes sur une facette ou l’autre de la mort. Toujours dans un esprit comique qui se situerait, selon les auteurs, «entre l’absurde de Monty Python et le Théâtre des Variétés.»

Déjà, le couple formé par Paquin, l’humoriste et Simon Boudreault, auteur et acteur de théâtre, peut paraître incongru mais les deux ont une commune passion pour l’improvisation, pratiquée aux plus hauts niveaux, et c’est justement une improvisation à la LNI qui a été le point de départ du projet.

«C’était une impro dans laquelle la mort cognait à la porte de quelqu’un, explique Laurent Paquin, mais un problème administratif au ciel l’empêchait de remplir sa mission. Quelqu’un l’avait filmé et en la revoyant, on a trouvé que c’était vraiment une super bonne idée. Comme on se cherchait un projet à faire ensemble, les choses se sont organisées à partir de ça.»

«Je sais depuis longtemps que Laurent est un bon acteur, indique son complice, et ce format-là permettait de mettre cette qualité en valeur. C’est du comique de situation où les dialogues sont très rythmés. On les a écrits ensemble parce qu’on a tous les deux un bon sens du dialogue.»

Pour compléter l’équipe, ils ont opté pour la crédibilité d’un homme de théâtre rigoureux: Serge Denoncourt qui, à leur grande surprise, a beaucoup aimé aussi bien les textes que le concept et a accepté d’en faire la mise en scène. «C’est même lui qui a fait la distribution des personnages de nos sketches, dit Paquin. Il a également amené le concept d’un spectacle performance dans lequel nous courons sur scène pour changer les décors nous-mêmes et enfiler les costumes des personnages du sketch suivant. On sue vraiment un bon coup mais ça fait un spectacle très efficace. C’est 90 minutes très intenses pour nous comme pour le public qui est constamment sollicité.»

Pour ce qui est du sujet, on comprend très rapidement que malgré les apparences, il ne colporte rien de grave. «En fait, on dédramatise ce thème universel et c’est beaucoup là que réside l’efficacité de l’humour. Il n’y a aucun moment lourd. Au contraire, c’est même très festif.»

«En fait, rajoute Simon, ce qu’on entend le plus souvent des spectateurs au terme du spectacle, c’est que ça fait du bien. Les gens trouvent On va tous mourir original et libérateur.»

Par ailleurs, comme ils ont écrit à quatre mains les 90 minutes que dure la pièce, ils ont mis à profit les talents spécifiques de l’un comme de l’autre. «On a tous les deux un bon sens de la répartie et notre écriture est très complémentaire, poursuit l’homme de théâtre. Moi, j’écris de la comédie dans tous les genres et je travaille beaucoup avec le rythme. Laurent a un très grand sens du gag et on s’est influencé mutuellement. On est très rigoureux et très précis dans l’écriture et dans la comédie, c’est essentiel. En même temps, on a trouvé la marge de manœuvre pour jouer avec le public, entraîner des réactions inattendues, de nouvelles répliques. Encore aujourd’hui, on change des petites choses dans le texte pour augmenter l’efficacité tout en s’assurant de conserver le rythme des réparties.»

La pièce a d’abord été présentée à Montréal au cours de l’été 2019 dans le cadre de Juste Pour Rire pour une vingtaine de représentations. Elle vient de prendre la route de la tournée avec une cinquantaine de représentations au calendrier incluant une autre à Shawinigan le 30 mai. «On avait envie de se promener avec ça, d’aller voir le monde. Un spectacle à petit budget comme celui-là peut se déplacer et il marche particulièrement bien en tournée sans qu’on sache trop pourquoi. On s’aperçoit que c’est un concept unique dans le monde de l’humour actuellement mais qu’il y a assurément une place pour ça parce que ça fonctionne très bien. Les gens viennent nous voir sans autre attente que de se changer les idées et rire un bon coup.»