L’écrivain nicolétain Mathieu Fortin a entrepris un atelier d’écriture avec des jeunes de Saint-Léonard-d’Aston qui pourrait mener jusqu’à la publication d’un roman d’horreur.

L’horreur au service de la créativité

Trois-Rivières — L’écrivain centricois Mathieu Fortin se spécialise dans l’horreur et la science-fiction depuis plusieurs années et avec succès puisqu’il vient tout juste de recevoir le Prix Littérature du GalArt 2017. Le créneau est peut-être un peu marginal, c’est vrai, mais ça ne l’empêche pas de partager son talent et, qui sait? de contribuer à susciter des vocations chez des jeunes à travers des ateliers intitulés "Fais-moi peur".

C’est ce qu’il fait présentement avec des adolescents fréquentant la Maison des jeunes l’Eau-Vent de Saint-Léonard-d’Aston dans une formule quelque peu différente de celle qu’il a maintes fois mise de l’avant lors d’ateliers dans des écoles. Il aimerait, au terme de cet exercice-ci, en arriver à publier un roman d’horreur inspiré par les jeunes, et ce, dans une maison d’édition reconnue.

Pour l’instant, il a eu deux rencontres avec ses émules. Ce sont eux qui ont suggéré les idées de base, les personnages, et une bonne part de l’intrigue. Au cours des prochains mois, l’auteur professionnel publiera, à raison d’un chapitre par semaine, le roman que les jeunes lui ont inspiré. Chaque chapitre sera diffusé sur un blogue et fera l’objet de discussions, critiques, suggestions pour l’améliorer, notamment de la part des jeunes idéateurs. 

Mathieu Fortin est un créateur prolifique ayant à son compte 17 romans et recueils. Il n’a donc guère besoin qu’on l’aide à trouver des idées. Par contre, il aime susciter la créativité des jeunes. 

«L’expérience m’a démontré qu’avec l’horreur, il est assez facile de capter l’attention des adolescents. La peur est une émotion universelle et fondamentale qu’on aime ressentir tant qu’il n’y a pas de réel danger. Une fois que j’ai leur attention, je l’utilise pour stimuler chez eux le muscle de la créativité. Moi, je crois que nous aimons tous raconter des histoires mais nous ne savons pas toujours comment nous y prendre.»

À la première rencontre avec les jeunes de Saint-Léonard-d’Aston, il a discuté avec les participants, les a amenés, en leur faisant part de ses propres peurs, à parler des leurs. «Ils ont vite perdu la gêne initiale en constatant que nous avons beaucoup de peurs en commun. Ils ont parlé de ça, de ce qu’ils aiment. L’idée, c’est de laisser aller leur créativité, un outil insuffisamment sollicité, selon moi, mais très payant dans bien des domaines. Et comme ça ne se fait pas dans un contexte scolaire, ça enlève la pression d’avoir à rédiger un travail qui sera noté au terme de l’exercice. Ils partagent simplement ce qu’ils aiment et comme leurs idées sont très bonnes, c’est aussi très valorisant pour eux de constater que leurs idées sont retenues.»

L’écrivain spécifie cependant que toutes les idées ne peuvent être incluses dans le roman. «Moi, parce que j’ai cette expertise, je fais des liens entre les idées en expliquant la logique de ces liens. J’explique aussi pourquoi on ne peut pas en garder certaines parce que je n’arrive pas à les intégrer logiquement au récit. Je parle de la structure narrative du roman. Les adolescents peuvent ainsi découvrir le processus de création à mesure qu’il se déroule et comment on peut rendre productive une tempête d’idées. Ils constatent aussi combien un roman peut changer à travers le processus d’écriture.»

Après deux rencontres, les idéateurs ont défini les personnages principaux, les relations entre eux, certaines lignes de la trame narrative. «Dans cet atelier, poursuit le guide, les jeunes voulaient qu’on écrive au je. Ça m’a donné l’occasion de leur expliquer la différence entre le je et le il, et comment ça influence la narration. Je suis reparti de la deuxième rencontre de vendredi dernier avec une bonne quinzaine de pages de notes à partir desquelles je vais être en mesure d’écrire un synopsis qui devrait être prêt début décembre. À partir de là, je compte écrire un chapitre par semaine qui sera publié sur le blogue pendant une période de douze semaines. À la fin, je retournerai voir les jeunes pour expliquer les changements qui ont été apportés en cours de rédaction.»

Chaque publication sera ouverte aux commentaires qui présideront à des modifications. Pendant l’exercice, l’écrivain compte approcher des éditeurs dans l’espoir qu’on accepte de publier l’œuvre finale, ce qui serait une première. «Avec les ateliers à l’école, c’est arrivé qu’on s’autopublie, mais on n’a jamais publié dans une maison d’édition officielle. C’est très intéressant comme démarche. J’aimerais créer un engouement dans la communauté, inciter tout le monde à lire les chapitres au rythme où ils sont d’abord publiés. Ça peut susciter des discussions intéressantes.»

Tous peuvent suivre ce processus de création sur le https://fais-moipeur.blogspot.ca/.