L’héritage

TROIS-RIVIÈRES — Il y a 30 ans, Gerry Boulet lançait un album qui a changé la perception de bien des gens de ce rocker dont on découvrait qu’il était vulnérable et que son cœur était tendre. Rendez-vous doux est resté comme un classique que le fils du défunt musicien, Justin, a souhaité faire revivre par l’intermédiaire d’un spectacle, Gerry - 30 ans de rendez-vous doux, qui sera présenté à l’Amphithéâtre Cogeco le 22 septembre prochain.

Justin Boulet avait tout juste 20 ans au moment de la sortie de l’album et il n’aura fallu que quelques mois par la suite pour qu’il perde son père emporté par la maladie. «Cet album, c’est le testament de mon père, dit-il sans faux-fuyant. Certaines chansons avaient été composées avant qu’il soit malade mais c’est pendant le processus de création qu’il a appris qu’il était atteint du cancer. Il conservait un espoir d’en guérir quand il a fait l’album même s’il savait que c’était très sérieux. C’est par la suite, quand les médecins lui ont dit qu’il était condamné, que l’album a pris un sens vraiment spécial pour lui.»

«D’ailleurs, chaque chanson a une résonance particulière. Toujours vivant, bien sûr, c’est sa chanson d’espoir. Mais sa chanson préférée, c’était Rendez-vous doux. Il me parlait de chacune pendant qu’il les composait et il était très fier du jeu de mots avec Rendez-vous doux qui suggérait le vaudou. Il était tout content quand il m’en parlait. Il me faisait entendre des bouts de chansons à mesure qu’il les composait et me disait les idées qu’il avait en tête comme de chanter Les yeux du cœur en duo avec Marjo.»

«Pour moi, ce sont de beaux souvenirs mais l’album est un legs qu’il a laissé à tout le monde. Personnellement, je crois qu’il avait vraiment besoin de faire ce disque pour lui-même. La musique d’Offenbach correspondait à son côté plus rough mais dans sa carrière solo, il sentait le besoin de se différencier de ça et de présenter un autre côté de lui. Je me souviens de 40 ans de blues qu’il a aussi fait en solo et dont il était extrêmement fier même si ça n’a pas connu un très grand succès. C’était un très bon album où Gerry revenait à ses racines.» 

Son fils garde le souvenir d’éléments troublants qui ont marqué la production de l’album qu’il célèbre aujourd’hui. «C’est très spécial mais la chanson Une dernière fois avait été écrite par Pierre Côté longtemps avant qu’il ne l’offre à Gerry. Il l’avait écrite parce qu’il était lui-même atteint par la maladie. Quand il a connu l’état de mon père, il lui a offert la chanson et Gerry a évidemment allumé sur cette oeuvre qui lui collait complètement à la peau. Il y a beaucoup de petites coïncidences comme ça qui sont arrivées dans le cours de la conception de l’album.»

Encore présent

On sait l’impact que Rendez-vous doux a eu: Félix de l’album rock de l’année en 1989, celui de la chanson de l’année pour Un beau grand bateau, des ventes de plus de 400 000 unités. La surprise, c’est qu’il soit encore si présent dans la tête et le coeur du public. Offert en grande première au Rendez-vous des montgolfières de Gatineau, le spectacle a réuni une foule estimée à quelque 30 000 personnes par Justin Boulet. «Je n’en revenais tout simplement pas, dit-il. C’était vraiment extraordinaire. Les responsables m’ont dit que c’était la plus grosse foule de l’histoire de cet événement. Ça démontre que l’intérêt est bien présent dans le public pour un spectacle comme celui-là. À Trois-Rivières, on a déjà vendu toutes les places assises et on a ouvert l’espace gazonné.»

«Personnellement, je n’ai jamais douté qu’il y avait un intérêt mais peut-être pas à ce point-là. Après trente ans, des gens m’en parlent encore et on entend encore régulièrement des chansons de l’album à la radio. Pour certains, c’est de la nostalgie, pour d’autres de la joie mais j’espère que ça va rester encore pour longtemps. J’ai été frappé de voir beaucoup de parents avec leurs enfants au spectacle et ça m’a beaucoup ému de constater que ça passait la barrière des générations.»

Pour l’instant, seules trois dates ont été inscrites à l’agenda des producteurs pour Gerry - 30 ans de Rendez-vous Doux mais il ne fait guère de doute devant les succès connus à Gatineau comme à Trois-Rivières que le spectacle sera en demande au  cours des prochains mois. «Il ne faut pas oublier que le 30e anniversaire de l’album, il est bon jusqu’en juin 2019, alors, on a du temps», de rigoler Justin Boulet.

Il partagera lui-même la scène avec Breen Leboeuf, Marjo, Mario Saint-Amant, Boom Desjardins et Roxane Bruneau pour reprendre l’intégralité de l’album et ses dix chansons mais également quelques succès d’Offenbach. «C’est difficile de passer à côté de ça en ayant Breen dans notre groupe. Mais surtout, c’est une question de durée de spectacle. Reprendre l’album, ça nous prendrait environ 50 minutes alors, on est allé puiser dans les gros succès d’Offenbach pour compléter. Je sais que les gens en redemande toujours.»

Il chantera lui-même certaines pièces mais ne vous attendez pas à entendre le timbre unique de Gerry. «Ça, ç’a toujours été très clair pour moi dès que j’ai commencé à faire de la musique, dit Justin Boulet. Je ne suis pas Gerry. Il n’est pas question que j’essaie de l’imiter. J’ai ma propre voix et je chante à ma façon. D’ailleurs, contrairement à lui, je ne roule pas mes «r». Les gens me disent souvent que je leur rappelle la voix de Gerry mais c’est involontaire. Si tu écoutes Sean ou Julian Lennon, c’est sûr que tu reconnais certaines caractéristiques de la voix de leur père mais ils ont la leur.»

Il reste que la confusion est possible. «J’avais enregistré une chanson d’Offenbach avec mon groupe il y a un bout de temps, raconte le fils, et alors qu’on s’en allait jouer à La Malbaie dernièrement, dans l’auto, quelqu’un a fait jouer la chanson et j’étais convaincu que c’était Gerry qui chantait. J’ai demandé c’était quelle version de la chanson et c’est là que les gars m’ont dit que c’était la nôtre. Ça m’a fait une impression très étrange mais c’est la seule et unique fois que je me suis moi-même trompé.»