À l’initiative de l’artiste-peintre Patricia Kramer (notre photo), l’art a occupé le Carré de la Fosse au centre-ville trifluvien le temps de quelques heures seulement vendredi dans le cadre de l’expo éphémère Art urbain.

L'expo éphémère Art Urbain: l’art s’offre au public

TROIS-RIVIÈRES — L’art visuel n’est pas réservé aux connaisseurs ou aux adeptes. Il existe pour le plaisir de tous et c’est là une partie du message que véhiculait l’exposition éphémère Art urbain qui s’est tenue au Carré de la Fosse, espace nouvellement dédié à la fréquentation libre du grand public au centre-ville trifluvien.

L’événement portait bien son titre puisqu’il ne durait que quelques heures, entre 13 h et 19 h 30 vendredi mais regroupait sept artistes réunis autour de Patricia Kramer, initiatrice et participante à l’expo. On y retrouvait aussi Léa Bussières, Dominique Gravelle, Patrick Harvey, Christine Jacob, Nancy Moffatt et Marie-Josée Roy. Sous un ciel clément, les œuvres se seraient déployées autant à l’intérieur d’un conteneur ouvert que sur le terrain mais les facéties météorologiques de vendredi ont confiné les toiles au conteneur.

Certains pourraient se questionner sur l’intérêt de présenter une exposition sur une si courte période mais pour l’artiste-peintre Patricia Kramer, cela n’enlève aucune valeur à l’initiative, bien au contraire. «Ce n’est pas toujours facile de trouver du temps pendant lequel les artistes sont disponibles pour rencontrer le public parce que ça fait partie du concept: c’est une occasion pour tous de voir des œuvres mais aussi de rencontrer les artistes pour discuter avec eux. Comme c’est une première édition, j’ai voulu me simplifier la vie pour voir comment les choses vont se passer. Il y a aussi une considération logistique: si on étale sur plus d’une journée, que fait-on des oeuvres pendant la nuit?»

Il reste que l’initiative a de l’intérêt non seulement pour le public mais aussi pour les créateurs eux-mêmes. «C’est une façon de me motiver en quelque sorte. Il faut que je crée des événements pour m’inciter, moi ainsi que les autres artistes, à réaliser des œuvres. Certaines toiles ont été faites spécifiquement pour cette occasion. On a parfois besoin d’événements pour se contraindre à produire.»

Par ailleurs, c’est un phénomène connu que le grand public est souvent réticent à entrer dans les galeries d’art ou les musées. Les gens se sentent souvent intimidés et ont l’impression qu’ils n’ont pas leur place dans ces endroits dédiés à l’art. Or, l’art appartient à tous et pareille manifestation vient le rappeler. «Moi, j’ai été représentée en galeries pendant des années et je suis revenue vivre à Trois-Rivières parce que j’y retrouve un élément essentiel à ma pratique: le contact avec les gens. Cette dynamique-là me stimule. Simplement peindre pour envoyer la toile dans une galerie et sans le contact avec les acheteurs, ce n’est pas pour moi. On met nos efforts et notre amour dans une oeuvre et de voir la réaction du public devant le tableau, c’est important. De voir, en plus, quelqu’un aimer la toile et l’acheter pour l’avoir quotidiennement dans sa vie, c’est très significatif pour moi. C’est ce qui me garde motivée, en fait.»

Cette exposition était donc un lieu d’échange privilégié entre les artistes et le public non seulement dans la rencontre physique mais aussi dans celle que permettent les œuvres. Elle rejoint donc une fonction essentielle de l’art qui est geste de communication et d’échange, en privilégiant parfois l’émotion comme langage. «Quand je termine une toile et que je la signe, elle ne m’appartient plus, poursuit la peintre. Elle existe désormais dans le regard du spectateur: il la voit à travers son cerveau et ses émotions. Ce qu’il va aimer, c’est quelque chose de lui-même qu’il reconnaît.»

Dans le cas précis de cette exposition, l’organisatrice a réuni des artistes qui sont des proches mais qui ont des styles nettement différents les uns des autres, offrant un joli éventail. Le figuratif y côtoyait l’abstrait, les lignes épurées, les masses informes et les oeuvres très hautement cotées de Marie-Josée Roy, les toiles accessibles de Jean-François Harvey. Et le fait de les retrouver dans un conteneur donnait à cette exposition une image d’art de la rue qui la rapproche encore davantage du public, ce qui n’est pas pour déplaire à Patrick Harvey. «Ça nous donne une belle visibilité parce que ça va interpeller des gens qui ne vont pas nécessairement dans les galeries ou les bars où on expose habituellement, dit-il. Ce sont de nouveaux yeux qui s’arrêtent à notre travail et des inconnus qui viennent nous rencontrer. Les gens qui passent à pied, en vélo ou en voiture vont peut-être jeter un coup d’œil et certains vont même s’arrêter. Il suffit parfois d’un regard qui peut tout changer dans la carrière d’un artiste.»

On ne peut se prononcer définitivement pour ce qui est de l’avenir mais s’il n’en tient qu’à l’organisatrice, l’événement pourrait revenir au cours des prochains étés pour s’imposer comme une exposition annuelle venant animer la Carré de la Fosse, petit espace urbain volé à l’anonymat pour être redonné au public et au plaisir des sens.