Klô Pelgag

L'étoile en Klô

Il y a des étoiles, des nuages, du firmament, des étreintes et du feu dans la deuxième galette musicale de Klô Pelgag. Les paroles de ses chansons toutes personnelles transportent aussi de la neige, des horizons blancs, des edelweiss.
«J'aime les pays nordiques, ils me fascinent. Dans ma vision des choses, ils ont quelque chose de super romantique. Cette immensité, cette grandeur, ce froid mordant... On a envie d'y aller et de savourer tout ça dans un cocon chaud. Et puis c'est vrai, il y a le feu, aussi, qui revient souvent dans mes textes. C'est une image récurrente. Probablement parce que c'est un élément fort. Le feu peut nous réchauffer, mais il peut également tout détruire.»
Les images qui portent, elle aime. En témoigne le titre de son second album. L'étoile thoracique. C'est joli. Mais c'est surtout une magnifique tournure pour évoquer le coeur.
«Le coeur, ça représente bien le fil conducteur de l'album. J'aime cette idée de créer un choc, une image complètement nouvelle en accolant deux mots dans un contexte inhabituel. J'ai toujours écrit comme ça. C'est le grand pouvoir de la poésie : arriver à imprégner les mots d'un sens autre.»
L'auteure-compositrice-interprète n'a que 26 ans, mais avec déjà deux disques en poche, sa voix singulière et sa façon à nulle autre pareille de raconter des histoires en chansons, elle a réussi à ancrer son univers bien à elle dans le panorama musical québécois.
La lourdeur du cinéma
Pourtant, elle a hésité avant de faire le bond dans la chanson. L'envie de faire de la musique était là depuis le secondaire, mais le rêve semblait inaccessible.
«Autour de moi, personne n'exerçait de métier artistique. Il faut quand même être audacieux pour dire qu'on se lance complètement et intensément dans la musique. Au début, personne n'y croit.»
Elle s'est d'abord inscrite en cinéma à l'Université de Montréal. «Parce que j'avais besoin d'une raison concrète pour déménager à Montréal», explique la chanteuse native de Rivière-Ouelle.
Elle a complété un premier trimestre universitaire. «J'aimais vraiment ça, les études en cinéma, mais quand c'est pour ta culture personnelle, la fin de session, tu la trouves plus lourde.»
Cette lourdeur pesait trop dans la balance pour Chloé Pelletier-Gagnon. Une fois son semestre terminé, elle a réévalué ses options. Elle en a conclu qu'elle préférait le piano à la caméra. Sous le coloré diminutif Klô Pelgag, elle a tissé un premier bouquet de chansons.
«J'ai fait la petite route des concours. Je suis allée à Granby en 2012 et c'est là que j'ai rencontré mon gérant.»
Ce fut un tournant. En lettres majuscules.
«Pour être tout à fait franche, je ne crois pas tant que ça aux concours. Comparer les prestations, faire croire aux gens que certains artistes sont meilleurs que d'autres, pfff!, c'est un concept complètement faux. Mais les rencontres qu'on fait dans ces contextes-là, par contre, sont riches et porteuses. Les expériences qu'on vit aussi.»
Des prix et du chemin
Son premier album, L'alchimie des monstres (2013), ravit la critique. Elle est sacrée Révélation de l'année 2014 à l'ADISQ et elle remporte le Prix Barbara en France, l'année suivante.
«Le Félix que j'ai gagné m'a donné un réel coup de pouce. Des gens m'ont découverte à ce moment-là. J'ai vu une réelle différence après. Il y a beaucoup de bonne musique qui se fait, mais elle ne se rend pas facilement aux oreilles des gens. Le grand public n'a pas toujours l'occasion ni le temps de découvrir les nouveaux talents qui font leur chemin en dehors des grandes radios commerciales. Faire une apparition dans un gala télévisé, ça aide à se faire connaître.»
Ça crée aussi de petites tempêtes, parfois. Les remerciements déjantés de la lauréate avaient, à l'époque, fait réagir sur les médias sociaux. Certains saluaient son côté rafraîchissant, d'autres tiraient à boulets rouges sur son discours un peu décalé.
«Les réseaux sociaux, c'est toute une affaire. Ça a du bon, mais en même temps, c'est fou comment ça crée des scandales sur des sujets banals. Je pense à Safia Nolin et à son t-shirt de Gerry Boulet ou au chanteur du groupe acadien Les hôtesses d'Hilaire qui a reçu de violents commentaires après avoir porté une robe à l'émission Entrée principale. Sérieux, a-t-on envie de donner la parole aux gens qui chialent sur des sujets aussi peu importants que ça? On fait du tapage avec rien. Ça finit par prendre beaucoup de place parce que les médias traditionnels embarquent et en parlent eux aussi. Pendant ce temps-là, il y a de vrais enjeux, de vrais trucs scandaleux qu'on passe sous silence. Ce vide ambiant, je trouve ça pesant. Et triste.»
Au lieu de déprimer, elle choisit d'écrire. Sa chanson Musée Grévin traduit d'ailleurs une certaine vision désenchantée du futur. «J'ai écrit ça après avoir vu une pub du musée dans le métro de Montréal, avec les statues de George Clooney, Céline Dion et Guylaine Tremblay. Je trouvais ça tellement drôle! C'est comme si on voulait créer un culte de la célébrité au Québec. Je veux dire, on est au Québec: a-t-on vraiment besoin d'aller se faire photographier avec George et Guylaine en cire?»
Poser la question, c'est déjà y répondre. «Bon, l'exercice de création derrière ces reproductions est sûrement tout aussi valable que d'autres formes d'art, mais c'est très étrange, aussi. Ça me rappelle les vieux films de science-fiction futuristes qui décrivaient la fin du monde. On dirait que pour moi, ce vide-là, ces trucs désincarnés, ça évoque ces visions tristes.»
Mais pas question de mariner dans le spleen. «Je parle de tout ça, mais j'ai quand même du fun dans la vie!» précise la chanteuse en riant.