L’été de Martin Fontaine est consacré à ce qu’il appelle son bébé: le Memphis Cabaret au centre-ville de Trois-Rivières.
L’été de Martin Fontaine est consacré à ce qu’il appelle son bébé: le Memphis Cabaret au centre-ville de Trois-Rivières.

L'été de nos personnalités: au rythme de la passion de Martin Fontaine

François Houde
François Houde
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Cet été atypique et solaire est une invitation à se la couler douce sur le bord de la piscine à la maison. Le néo-Trifluvien Martin Fontaine n’a pas reçu l’invitation. Son été, il l’a passé à trimer pour redonner vie à son Memphis Cabaret de la rue des Forges dans le centre-ville.

«Ma devise, c’est : ‘‘The show must go on’’, plaide-t-il. Quand je suis engagé dans quelque chose, je m’y donne à fond et je vais tout faire pour que le projet se réalise.» COVID ou pas.

«Quand la pandémie s’est déclarée, j’ai trouvé ça très dur, je me suis roulé en petite boule dans un coin. Je ne savais plus quoi faire: c’était l’inconnu total. Moi qui suis un gars organisé avec toujours des plans en tête, j’ai dû improviser dans l’obscurité tout en étant enchaîné par les mesures mises en place.»

«Quand les consignes se sont quelque peu assouplies, j’ai tout misé pour assurer la survie de mon bébé. Ç’a été ça, mon été. J’ai investi cœur, corps et âme pour le Memphis Cabaret à travers des représentations virtuelles, de la relation publique, en investissant de mon temps, sans salaire, pour faire renaître la place. Je couche ici (nous sommes assis à la terrasse de son établissement), je mange ici, je lave les planchers... Mais c’est O.K. : c’est pour mon bébé.»

Ce que lui et ses complices cherchaient désespérément à travers leurs efforts improvisés, c’était une lueur d’espoir. «On l’a trouvée. Présentement, je peux dire qu’on s’en sort bien. On a eu de bonnes idées. On est reparti quasiment à zéro en allant chercher les clients un par un mais j’ai senti dès le début et encore plus maintenant, que les gens sont heureux de nous retrouver.»

«Sais-tu quoi? demande-t-il à sa façon enthousiaste et familière, je me sens utile. J’ai l’impression de faire du bien en offrant aux gens un divertissement dont ils ont besoin. Ils me disent merci; moi, ça me nourrit.»

Quand il devient Elvis pour de gros shows ou quand il chante du blues dans l’intimité de son cabaret, Martin Fontaine se donne avec une ferveur qu’on sent irrépressible. Ce n’est pas une attitude apprise, dictée par les impératifs du showbizz, c’est lui.

Cela dit, il est fatigué comme jamais en ce mois d’août et l’avoue candidement, mais son enthousiasme est intact. «J’ai senti que Trois-Rivières était en train de se mettre sur la map touristique il y a dix ans quand j’ai spotté ce local pour mon projet de cabaret. Je regarde la vie qui se manifeste au centre-ville cet été alors que la situation est encore difficile à Montréal ou à Québec et je constate que j’ai eu raison l’an dernier d’implanter mon cabaret sur la rue des Forges.»

Les fruits, ce sera pour la récolte 2021. La douzaine de représentations de son spectacle Elvis Experience prévu en 2020 à la salle Thompson ont été reportées d’un an. Il sourit à l’anticipation des soirées qui débuteront avec son spectacle à grand déploiement pour se terminer par de l’animation de proximité dans son cabaret, quelques portes plus loin. The show will go on.

Malgré toutes les contraintes qu’a imposées la pandémie, Martin Fontaine est heureux de la réponse du public aux efforts investis dans la relance de son établissement.

Martin Fontaine a 55 ans mais brûle du feu de ses 30 ans, à l’époque où Elvis est arrivé dans sa vie. Il n’a pas toujours été un fan immodéré du King; jeune, lui, c’était les Beatles. «Je voulais remplacer John Lennon quand il est mort», rigole-t-il même si c’est un peu vrai. À l’époque où il trimballait un répertoire populaire des Deux Pierrots au Gosier ou autres brasseries festives, un producteur lui a proposé Elvis Story. «C’était une opportunité sensationnelle mais pour ça, il fallait que je connaisse le personnage. Je voulais être le plus vrai possible. Je l’ai étudié.» En maniaque, comme pour tout.

Il s’est imprégné de son histoire, de la musique qu’il écoutait, de ses racines. Aujourd’hui, Elvis et lui sont intimes et la musique américaine qui a fait le King l’habite aussi. Il n’y consacrerait pas ses spectacles actuels comme Sur la route de Memphis si ce n’était le cas. «J’essaie modestement d’apporter de la vérité au divertissement que je propose. Il faut que ça vienne de mes tripes: je suis incapable de faire autrement.»

«Il faut tout faire dans la vérité, la pureté et l’amour», laisse-t-il doucement tomber en baissant le regard. Ne pas avoir eu cette longue et parfois fiévreuse conversation avec lui, j’aurais cru à un slogan. Ça ne l’est pas.

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EN RAFALE

Un projet pour l’été?

«Garder la forme physique et mentale en persévérant à maintenir le Memphis Cabaret bien en vie.»

Un beau souvenir d’un été d’enfance?

«Pendant cinq ans, nous étions saisonniers au camping Paradis de Saint-Félix-de-Valois. On partait à la fin de l’école et on revenait pour le retour en classes. Il y avait le Noël du campeur, la Saint-Jean-Baptiste, on avait toujours hâte à la grosse épluchette de blé d’Inde... C’était des étés fabuleux.»

Qu’est-ce qu’on te souhaite pour l’automne?

«Que ça déconfine le plus rapidement possible et que les gens soient nombreux au rendez-vous pour remplir le Memphis Cabaret.»