Jusqu'au 28 mai, on peut voir l'exposition Impression furtive; là où naissent les paysages de Jo Ann Lanneville à la galerie d'art du Parc.

Les paysages qui s'amalgament

L'artiste visuelle trifluvienne Jo Ann Lanneville, particulièrement active à l'international depuis plusieurs années, retrouve le public trifluvien avec une exposition intitulée Impression furtive; là où naissent les paysages qui se poursuivra jusqu'au 28 mai. Ce regroupement de peintures et d'estampes occupe tout le deuxième étage de la galerie d'art du Parc.
L'exposition regroupe des oeuvres récentes et trouve son origine dans un séjour que l'artiste a effectué en Serbie, pour une résidence artistique dans le petit village de Sicevo.
Les participants avaient pour consigne de s'inspirer de leur environnement et la Trifluvienne a été fascinée par les paysages que lui offrait le site niché dans les montagnes. Son exploration l'a également menée dans le petit cimetière de la communauté où les rites imposent que l'on décore les pierres tombales en accrochant au-dessus d'elles des paniers de fleurs ornés de rubans multicolores. 
Les couleurs de ce site se sont gravées en elle et, l'exposition en témoigne indubitablement, marquent sa production depuis. Avec éclat, pourrait-on ajouter. Comme si quelque chose qui couvait en elle avait trouvé une brèche pour se manifester. 
L'exposition occupe quatre salles qui se succèdent comme en gradation. La première présente un texte de Carl Lacharité. La seconde, six estampes de petit format inspirées par le thème du jardin avec ses herbes, ses fleurs, ses couleurs. Le mur opposé offre un contraste avec une toile imposante qui élargit le regard vers la ligne brisée que forment les sommets des montagnes environnantes. La couleur y est plus vive mais encore retenue.
Dès la salle suivante, les formats sont uniformément plus grands, les couleurs plus éclatantes et sans complexe. La dernière salle complète la démarche dans un apogée alors que se présentent d'emblée au spectateur trois grands formats vivement colorés, vivants et contrastés. Les toiles sont séparées par quatre petits formats qui viennent rythmer l'enfilade.
Deux autres grandes toiles sur les murs contigus s'ajoutent alors qu'au mur opposé aux trois toiles, une série de dix petits formats rappellent la double production de Jo Ann Lanneville, constamment fidèle à l'estampe, le médium par lequel on la connaît le mieux. L'idée du contraste de regards se maintient: macro pour les toiles et micro pour les estampes. 
Dans cette grande salle, la toile double en noir et blanc qui reprend avec force le thème du paysage est celle qui reste en tête comme point d'orgue à l'exposition. Noir et blanc pour que le spectateur y imprime ses propres couleurs. Comme une invitation au spectateur à poursuivre la démarche, à donner au monde sa couleur intime. 
Étonnant de constater que c'est un cimetière qui a inspiré cette production marquée par une profonde vitalité. «C'est vrai que j'ai perdu plusieurs proches au cours des dernières années et c'est comme si, confrontée à la mort, j'ai eu envie de célébrer la vie, commente Jo Ann Lanneville. Il faut prendre conscience de la chance qu'on a d'être en vie et en profiter.»
«C'est sûr que l'idée du paysage m'a interpellée dès Sicevo. Moi qui ai exploré les émotions intimes pendant longtemps, c'est comme si j'ai procédé à un amalgame de mon paysage intérieur avec celui qui s'offrait à mes yeux. Je ne saurais dire pourquoi cela arrive maintenant dans ma carrière mais j'imagine que j'étais tout simplement rendue là. J'avais profondément envie de quelque chose d'éclaté et de lumineux.»
Comme elle l'indique dans son texte de présentation, les paysages qu'elle propose sont réinventés, ils démontrent son rapport au monde. Elle y explore l'idée d'un espace qui abrite nos pensées, nos émotions et nos expériences, une vision poétique du paysage tel que chacun de nous aime l'imaginer. 
«Ces derniers mois, j'ai pu me consacrer davantage à mon travail de création, dit-elle. J'ai beaucoup été dans mon atelier et j'y ai vraiment été dans ma bulle. Pour cette expo, je désirais que ma démarche me mène au bout de quelque chose et j'y suis arrivée. J'ai vraiment trouvé une avenue de création qui m'inspire ardemment et que je vais continuer d'explorer.»
L'artiste qui dit avoir toujours travaillé en fonction de faire ressentir des émotions aux spectateurs a trouvé un filon qui ne laisse pas indifférent. Derrière le paysage ici complètement intégré par l'artiste, c'est une vision teintée d'intériorité qu'elle propose. Une intégration de la perception et de l'émotion dans un tout fort brillamment ficelé.