Le poète, slammeur et écrivain David Goudreault a transposé sa passion pour la poésie dans un spectacle plein d'humour et d'intelligence qu'il a présenté vendredi dernier à Sainte-Geneviève-de-Batiscan.

Les mots qui sauvent des vies

Quand David Goudreault a annoncé qu'il préparait un spectacle d'humour et de poésie, on ne pouvait qu'être intrigué. Le garçon a maintes fois démontré qu'il est brillant, inspiré, qu'il porte un ton bien à lui et que le succès lui colle à la peau. On voulait vraiment voir ce qu'il peut donner sur scène en poète humoriste.
Il a réservé une des toutes premières représentations de ce spectacle au public de la MRC des Chenaux alors qu'il présentait Au bout de ta langue à la salle Denis-Dupont de l'école secondaire Le Tremplin de Sainte-Geneviève-de-Batiscan vendredi soir dernier.
Précisons que cette visite tient à l'initiative de la MRC des Chenaux qui présente deux spectacles par année dans une formule selon laquelle un artiste rencontre d'abord des élèves de l'école secondaire dans l'après-midi avant de présenter le soir même, un spectacle ouvert au grand public.
En choisissant David Goudreault, les responsables ont été particulièrement inspirés. Pas besoin d'avoir assisté à son atelier avec les élèves pour être convaincu que la rencontre a été inspirante. Qu'il ait demandé à une de ces élèves de venir présenter un poème de sa composition dans le cadre de son spectacle en soirée témoigne d'une touchante générosité.
Au bout de ta langue est un spectacle de deux heures dense et convivial. C'est une rencontre, en fait. Avec David Goudreault et sa passion: la poésie. Une passion sincère et débridée, qu'il partage avec beaucoup d'intelligence et de sincérité.
Son spectacle se déploie d'abord en deux lignes parallèles. Il y a la poésie d'un côté, à travers ses propres textes et des emprunts à Félix Leclerc ou Richard Desjardins. Quand c'est beau, pourquoi se priver? Puis, il y a le récit de sa propre vie qui, à mesure qu'elle avance, vient se lier de plus en plus étroitement à la poésie au point d'en devenir indissociable.
Goudreault récite et raconte avec une égale aisance. Toujours avec une pointe d'humour, il parle de son enfance, de son énergie difficilement contrôlable qui va se transformer en comportements quelque peu délinquants. Il nous explique que très tôt, c'est la littérature qui l'a sauvé.
Sauvé d'un destin de cancre mésadapté et d'une délinquance systématique. Sauvé de la prison où, à l'âge de déraison, certains de ses amis se sont retrouvés. Sauvé grâce à des professeurs plus sagaces que les autres qui ont vu son talent pour l'écriture et l'ont encouragé à s'y abandonner. Un professeur aussi, ça sauve des vies. 
C'est donc sa passion qu'il raconte et illustre à travers plusieurs textes qui font respirer le récit. «La poésie, dit-il, c'est juste dire autrement.»
Comprenez que David Goudreault démystifie cette bête incomprise, la rend extraordinairement simple, accessible, quotidienne mais jamais banale. Il nous fait comprendre que la poésie ce n'est, somme toute, que de mettre de la beauté dans la vie, colorer la toile. C'est sans doute la plus grande réussite de ce spectacle unique et original.
Ses autres mérites ne sont cependant pas négligeables. Le spectacle est intelligent de bout en bout. Il est parfois touchant sans que Goudreault ne pèse impudiquement sur le bouton de l'émotion. Reste que c'est l'humour et la bonhomie qui dominent. Par ailleurs, quand le poète se fait slammeur, il offre une pétarade de jeux de mots, d'images fortes, de figures de style.
Il s'amuse aussi à certains exercices qu'il fréquente. Ainsi, il s'offre une improvisation à partir de huit ou neuf mots suggérés par les spectateurs. Ceux de vendredi impliquaient notamment motocross, canicule, Netflix et leitmotiv que Goudreault n'a mis que quelques secondes à réunir dans un texte cohérent et comique. D'une représentation à l'autre, le spectacle est appelé à changer au cours des mois à venir et on devine que c'est la livraison humoristique qui va y gagner le plus.
Mais ce qui donne à son spectacle sa couleur rafraîchissante, c'est qu'il s'affranchit de la stricte performance pour partager avec le public. Partager son bonheur, sa passion. «Mettez de la poésie dans votre vie», lance-t-il pour clore la représentation. Ça pourrait être une formule vide mais ça ne l'est pas. C'est juste une maudite bonne idée.