Thomas Hellman présentera son spectacle Rêves américains, de la ruée vers l’or à la grande crise au Théâtre Belcourt le samedi 2 février.

Les deux visages d’un mythe

Trois-Rivières — De ses racines américaines par son père, l’auteur, compositeur et interprète Thomas Hellman a développé un intérêt marqué pour ce pays et son histoire mais à travers deux albums consacrés aux Rêves américains, il a su y déceler quelque chose d’universel. C’est ce qui explique le succès du spectacle qui en est issu. Intitulé Rêves américains, de la ruée vers l’or à la grande crise, il le présentera au Théâtre Belcourt de Baie-du-Febvre ce samedi 2 février.

Ces albums comme le spectacle explorent deux événements qui s’inscrivent profondément dans le mythe américain. «Le spectacle est à mi-chemin entre le théâtre et le conte pour explorer l’histoire américaine de la ruée vers l’or de 1849 jusqu’à la grande crise de 1929, explique d’abord l’auteur. Pourquoi ces deux périodes? Parce que la première correspond à la construction du mythe ou du rêve américain et la seconde, c’est ce que sous-entend ce mythe avec la souffrance des laissés- pour-compte, la lutte des classes, etc. Tout le spectacle est construit autour du contraste entre les deux époques, deux pendants de l’expérience américaine. Ce n’est pas tant l’histoire des États-Unis en tant que telle qui m’intéresse comme la mythologie américaine, de la grande Amérique dont, finalement, le Québec fait partie.»

Cette dernière assertion mérite plus ample explication. «Premièrement, tout ce qui est l’histoire de la colonisation, le rapport au territoire, c’est tout à fait notre histoire. Le développement du chemin de fer aussi. Je lisais d’ailleurs tout récemment sur le développement du chemin de fer depuis Trois-Rivières vers le nord, en passant par La Tuque. C’est, finalement, la même histoire qui se répète sous des formes différentes partout en Amérique. C’est le capitalisme, la conquête du territoire, la domination de la nature, la domination des Amérindiens, etc. et en même temps, l’autre face de ce rêve américain qui consiste à aspirer à une petite vie simple au bord d’un lac, en contact avec la nature. Je joue avec ce contraste-là dans toute la représentation.»

S’il fait cette exploration à travers deux périodes charnières de l’histoire américaine, son propos n’en a pas moins des retentissements dans notre vie actuelle. «Je fais plusieurs parallèles avec notre propre époque. Par exemple, je parle d’une des pires crises de migrants de l’histoire de l’humanité mais qui a eu lieu à l’intérieur même du territoire américain dans les années 30. On voit le parallèle avec maintenant. Il y est également question d’environnement puisque les années 30 ont donné lieu à une des premières grandes crises écologiques de l’histoire de l’Amérique.»

Le musicien et conteur croit que sans appuyer lourdement sur les points de convergence, le public saisit bien la pertinence du sujet, ce qui explique probablement la centaine de représentations du spectacle jusqu’ici alors qu’il avait été conçu pour n’être présenté que huit fois dans le cadre d’un événement de littérature à Montréal. «Je pense d’abord que ça démontre que les gens ont un grand besoin de se faire raconter des histoires; ils veulent une nourriture intellectuelle. De plus, il me semble que le public sent que les chansons sont fortes, à la limite de la mythologie. C’est une histoire qui parle de résilience, de grandeur et de noblesse humaine. De la capacité de l’homme d’aller puiser de la lumière dans la noirceur en quelque sorte. Ces chansons-là sont nées dans la souffrance mais en même temps, elles sont groovy, elles font taper du pied et c’est sans doute là leur grande force.»

Hellman sera accompagné sur scène par deux musiciens, Sage Reynolds et Olaf Gundel, qui toucheront de plusieurs instruments inscrits comme autant de symboles de la musique folk américaine: banjo, guitare, contrebasse, percussions traditionnelles, piano, ukulélé, harmonica, etc. «Les musiciens ne se contentent pas d’accompagner: ils font partie intégrante du spectacle en incarnant certains personnages comme je le fais moi-même. Les albums sont faits pour l’écoute mais sur scène, il y a du conte, du théâtre, de la chanson et à mes yeux, c’est vraiment sur scène que le projet prend tout son sens.»

Le spectacle est présenté samedi, 20 h, et les billets sont disponibles via la billetterie du Théâtre Belcourt au theatrebelcourt.com.