Le claviériste mauricien Guillaume Marchand a passé une heure avec des élèves du programme musique-études de l’école secondaire des Pionniers.

Les conseils de Guillaume

Trois-Rivières — Guillaume Marchand les a tous entendus, les clichés associés à la décision de choisir la musique comme métier. Ce n’est pas payant, ce n’est pas stable, ce n’est pas un vrai travail...

Aujourd’hui, c’est avec crédibilité que le claviériste de Céline Dion peut prêcher la persévérance auprès des jeunes et les encourager à croire en leurs rêves.

Le musicien de 34 ans originaire de Saint-Maurice s’est adressé aux élèves du programme musique-études de l’école secondaire des Pionniers mercredi matin. À travers le récit de son parcours, il a incité les jeunes à assumer leurs choix et à ne pas se laisser décourager par les autres, ni par les échecs.

«Est-ce que c’était mon rêve de faire de la musique? Pas nécessairement. Du plus loin que je me souvienne, mon rêve était d’être gardien de but pour le Canadien de Montréal!», a confié celui qui a entre autres accompagné Sylvain Cossette, Garou et Marie-Mai. Après avoir suivi Céline Dion pendant six semaines en Europe cet été, il fait maintenant partie de sa formation musicale à Las Vegas.

«Pourquoi je suis rendu là, pourquoi moi et pas quelqu’un d’autre? Il y a une petite question de talent, mais je pense que principalement, ce n’est pas que le talent qui m’a apporté tous ces beaux contrats-là. Ça a été un beau mélange de timing, de chance, de rencontres, d’être à la bonne place au bon moment, mais surtout de décisions. On fait des choix, des fois des bons, des fois des moins bons, mais mes choix ont fait que je me retrouve avec Céline Dion à Las Vegas», a-t-il modestement raconté aux jeunes.

La musique à l’école

À sept ans, Guillaume Marchand a demandé à sa mère de suivre des cours de piano, comme sa grande sœur. Puis, en troisième année, il a demandé d’aller à l’école Saint-Cœur-de-Marie (aujourd’hui Jacques-Hétu)... comme sa grande sœur. 

Jusqu’en première secondaire, il a fait partie des Petits chanteurs de la Maîtrise du Cap, une expérience qu’il a appréciée pour la découverte de l’effet de l’équipe. Le jeune Guillaume chantait dans la section alto, donc rarement les mélodies, et il a appris dans la chorale que toutes les voix étaient importantes pour le résultat final. Comme dans une équipe de hockey! 

«Même si tu n’es pas le premier scoreur du Canadien, même si tu n’es pas le soprano qui chante la mélodie, ce n’est pas grave. Que vous fassiez n’importe quoi, appliquez-vous. Même si vous n’êtes pas en première ligne ou en avant de la scène, votre travail est aussi important que si vous étiez en avant, gardien de but ou chanteur, peu importe», a-t-il imagé.

«Des gens me disaient que la musique, ce n’est pas payant, c’est difficile, ce n’est pas un vrai job... Mais mes parents ne m’ont jamais dit ça. Je les remercie encore de ne pas m’avoir découragé.» 

Au secondaire, Guillaume Marchand a étudié à l’Académie les Estacades, où il s’est consacré au saxophone alto et a fait partie des stage bands et des harmonies de l’école. C’est en troisième secondaire que le déclic s’est fait quant à la perspective de gagner sa vie avec la musique. 

Il a accepté la proposition de jouer de «l’orgue» (plutôt du clavier!) pour une soirée de la Ligue nationale d’improvisation, et quelle ne fut pas sa surprise de recevoir 35 $ pour sa participation. «Ça a été une révélation: j’ai fait de la musique, et ils m’ont donné de l’argent!»

C’est aussi au secondaire qu’il a formé son premier groupe rock, Sacrilège, avec lequel il se souvient avoir joué au Festi-Francien de Saint-Louis-de-France pour la fête nationale.

Pas un vrai emploi

Puis vint le temps de choisir un programme au Cégep. «Pour moi ça n’a pas été facile de prendre une décision. Si j’ai un conseil pour vous, c’est de ne pas stresser avec ça. Si ça ne marche pas, vous ferez autre chose! N’ayez pas peur. Prenez une décision et ne stressez pas!», a-t-il dit aux adolescents, avec le ton réconfortant du grand frère bienveillant.

Quand il a choisi d’étudier en musique au Cégep de Trois-Rivières, il a entendu tous les clichés: «Des gens me disaient que la musique, ce n’est pas payant, c’est difficile, ce n’est pas un vrai job... Mais mes parents ne m’ont jamais dit ça. Je les remercie encore de ne pas m’avoir découragé.» 

«Croyez en vos rêves. Ne faites pas des choix par rapport à l’argent ou à la sécurité d’emploi. Il faut faire quelque chose que vous aimez», a-t-il insisté en s’adressant aux jeunes.

Guillaume Marchand a accompagné des chanteuses comme Paule Landry, Fabiola Toupin et Sylvie Tremblay, et on l’a vu et entendu dans les groupes Pragma et UN. «Avec UN, on pensait qu’on allait être des rock stars! On a même fait un album. Ça a été plus difficile qu’on pensait. Ça a été une grosse déception parce qu’on était convaincus que ça marcherait. Les expériences d’échecs, des fois c’est bon, parce que ça te ramène sur terre», a-t-il fait remarquer aux jeunes.

«Avant de partir pour la tournée, je n’étais pas capable de dormir ni de manger, j’étais trop nerveux. Mais finalement, ce n’était pas si difficile!»

Après son Cégep, le musicien a accepté un contrat de trois mois dans un hôtel en Chine. 

«Ça a été un gros succès pendant... une semaine! Après, il n’y avait plus personne!» En revenant de cette première expérience à l’étranger, Guillaume Marchand a décidé de s’établir à Montréal pour élargir ses contacts. D’un contrat à l’autre, il a intégré le circuit, et a commencé à jouer avec des artistes comme Breen Leboeuf, Dan Bigras et Marie-Chantal Toupin, pour ne citer que ces exemples.

De Cossette à Céline Dion

En 2011, Fred Saint-Gelais, l’ancien complice de Marie-Mai, l’appelait pour lui demander de jouer au lancement d’un album de Marc Dupré. Cette année-là, Sylvain Cossette l’a aussi invité à se joindre à sa tournée Seventies. «Je serai toujours reconnaissant envers Sylvain Cossette de m’avoir donné la chance de faire ma première grosse tournée québécoise», note le claviériste. 

La première grosse tournée internationale à laquelle Guillaume Marchand s’est joint s’est amorcée en 2012 avec Garou, avec qui il a joué en Russie, en Sibérie, en Biélorussie, en Ukraine, et en Moldavie. Ensuite est venue la collaboration avec Marie-Mai. Pendant cinq ans, il a fait plus de 200 spectacles avec elle, dont sept au Centre Bell.

En apprenant que l’équipe de musiciens de Céline Dion avait été remerciée, Guillaume Marchand a envoyé son curriculum vitae à l’entourage de la chanteuse, conscient que l’équipe devait déjà être remplacée de toute façon. 

Sans nouvelles pendant deux ans, il a reçu un appel inespéré. Le 10 juin dernier, le directeur musical de Céline Dion lui demandait s’il pouvait remplacer au pied levé le claviériste du groupe, pour une tournée européenne qui débutait six jours plus tard.

Guillaume Marchand a eu une heure pour y réfléchir. Il a accepté, ce qui impliquait qu’il n’honore pas certains engagements, dont un qu’il avait pris pour la fête du Canada sous l’invitation de David Laflèche, le conjoint de Marie-Mai. «Céline Dion est probablement la plus grande chanteuse au monde. Je savais que si je disais non, j’allais le regretter toute ma vie», dit-il pour justifier sa décision.

«Avant de partir pour la tournée, je n’étais pas capable de dormir ni de manger, j’étais trop nerveux. Mais finalement, ce n’était pas si difficile! Le défi de jouer avec Céline Dion, c’est d’avoir les bons sons, de jouer en même temps que tout le monde, d’être capable de jouer dans des stades de 60 000 personnes... Et il y avait aussi une question d’attitude. J’ai eu cet appel-là pas parce que je suis le meilleur au monde, mais je me suis fait dire souvent que j’avais une bonne attitude», constate le musicien.

Finalement, au retour de la tournée européenne, Guillaume Marchand a joint l’équipe de musiciens qui accompagne Céline au Caesars Palace à Las Vegas. 

Le temps prévu pour sa conférence de mercredi ne lui a pas permis d’élaborer sur cette nouvelle expérience, mais il a tenu à conclure son heure avec les élèves des Pionniers en répétant: 

«Ce n’est pas juste une question de talent. Il faut du travail, de la persévérance et une bonne attitude. C’est aussi une question de choix. Assumez vos choix. Allez-y avec votre cœur».