Fred Pellerin
Fred Pellerin

Les artistes s'interrogent sur ce que l'avenir leur réserve

TROIS-RIVIÈRES — Si les diffuseurs se perdent en conjectures, les artistes ne sont pas moins déstabilisés par la crise qu’ils vivent et les questions sur ce que l’avenir leur réserve.

Les agents qui ont pour tâche d’élaborer les calendriers vivent une situation inédite. «Il est beaucoup trop tôt présentement pour avoir la moindre idée de ce qui s’en vient, indique Micheline Sarrazin, qui représente Fred Pellerin. Disons qu’on maintient les dates de spectacle programmées pour l’automne, en principe. On peut parler du 1er septembre pour reprendre les spectacles mais en vérité, on ne le sait pas encore. J’ose croire que pour la portion hiver-printemps 2021, la COVID-19 sera derrière nous, mais il y a encore beaucoup trop d’inconnu pour qu’on soit en mesure de planifier.»

«On va attendre d’avoir des annonces du gouvernement et d’observer des indicateurs avant de pouvoir se faire une idée un peu plus précise. Quand, par exemple, on verra comment le domaine de la restauration va évoluer et comment les écoles vont rouvrir, ça va nous donner des indices intéressants. Il reste que plus longtemps on reste dans l’inconnu, plus le niveau de stress augmente.»

«L’incertitude, elle est là autant pour moi comme agente que pour les diffuseurs. Les choses vont se définir une semaine à la fois, je pense, et pendant un bon bout de temps. Pour Fred, on avait un calendrier programmé longtemps à l’avance alors, pour l’instant, on n’a pas changé beaucoup de choses; l’été est toujours plus tranquille. En ce qui concerne la portion à partir de l’automne, on verra.»

Est-ce que l’option d’autres types de diffusion est étudiée? «On attend de voir ce que sera la nouvelle normalité quand le pire sera passé. Travailler sur le Web sera une option qu’on va regarder mais nous ne sommes pas rendus là.»

Ça ne signifie pas pour autant que l’agente chôme. «On a énormément de courriels à gérer, beaucoup de demandes de toutes sortes. Ça nous tient très occupés.»

Les arts visuels

La directrice générale de Culture Trois-Rivières Nancy Kukovica a indiqué que bien qu’elle ne puisse en être certaine à ce stade-ci, elle soupçonne que ce seront peut-être les musées et salles d’exposition qui seront en mesure d’ouvrir les premiers. «Je pense que ce serait plus facile d’y instaurer des mesures de distanciation. On n’y retrouve habituellement pas des foules importantes et il est plus facile d’y assurer un contrôle. Encore là, cependant, il nous faudra attendre de nouvelles indications en ce sens.»

Bryan Perreault, à Culture Shawinigan, a même eu bon espoir de présenter l’exposition d’art contemporain de Robert Roussil, La liberté de l’imagination, au Centre des arts dès l’été prochain. L’expo itinérante a été réalisée au Musée du Bas Saint-Laurent. «J’étais confiant qu’on puisse s’organiser pour garder deux mètres de distance entre les spectateurs. Le problème qui s’est posé, c’est qu’avec les restrictions de déplacements imposées par le gouvernement, qu’on ne peut pas transporter l’exposition depuis Rivière-du-Loup.»

Guy Langevin

L’impasse actuelle sur les expositions dérange forcément les artistes en arts visuels qu’on aurait cru à l’abri des conséquences négatives de la pandémie. L’expérience du graveur trifluvien Guy Langevin en témoigne bien. «J’avais une exposition en Macédoine qui devait ouvrir le 13 mars dernier. J’y suis allé pour le vernissage. Le matin même, le gouvernement a instauré la fermeture des lieux de rassemblements publics. Il n’y a pas eu d’exposition.»

«J’ai deux expositions programmées à Jonquière cet été: on ne sait pas si elles seront présentées mais je ne suis pas optimiste.»

Revenu de Macédoine, on se dit que le graveur a eu tout le loisir de travailler. Sauf que l’atelier Presse Papier où il exécute ses impressions est fermé. «Je ne peux pas gratter mes plaques dans mon atelier à cœur de jour, c’est trop exigeant physiquement. Alors, je fais du ménage et du classement dans l’atelier.»

Il devait aller présenter une classe de maître en Chine plus tard au cours de l’année mais dans le contexte actuel, il préfère ne pas y aller. «La plus grande partie de ma carrière se passe à l’international mais l’obtention des visas et les exigences administratives vont certainement s’alourdir pour un bon moment et rendre les déplacements compliqués.»

La diffusion sous forme numérique est-elle une option? «Pour moi, le numérique n’est pas un véhicule adéquat pour une œuvre d’art. Une œuvre s’apprécie en fonction du contact qu’on a avec elle. Sa texture, ses détails, sa dimension originale sont des éléments qui lui donnent son identité et sa force. Quand j’ai la chance d’aller au Louvre à Paris, je m’arrête devant Le radeau de la Méduse et j’ai des frissons. Une visite de musée par ordinateur ne me donne pas ça. J’espère que l’écran ne prendra pas la place du contact réel avec les œuvres d’art.»

Une chose semble s’imposer: la crise va certainement constituer une puissante inspiration pour les artistes.

«Je communique avec des amis artistes à l’étranger et c’est extraordinaire qu’on vive tous la même crise en même temps. Tout le monde dans le milieu est très attentif à ce qui se passe. Ça va assurément avoir une grosse influence sur la diffusion de notre travail mais ce qui est certain, c’est que ça nous questionne tous et que ça nous sort de notre zone de confort. Or, ça, c’est déjà le début de la création.»

«Personnellement, j’espère que les salles d’exposition pourront rouvrir bientôt. Ça me semble possible et ce serait une excellente occasion d’offrir quelque chose d’intéressant au public, un contact direct qu’Internet ne peut pas leur donner et tout ça en respectant la nécessaire distanciation.