Robin Aubert est reparti avec l’Iris de la meilleure réalisation pour son film de zombies au Gala Québec Cinéma.

«Les affamés» rassasié de prix

L’audacieux pari de Robin Aubert de tourner un film de genre à la sauce Walking Dead s’est finalement avéré payant. «Les affamés» est sorti grand gagnant du Gala Québec Cinéma, dimanche soir, en remportant les prestigieux Iris du meilleur long-métrage et de la meilleure réalisation.

Jumelé au prix remis à Brigitte Poupart, sacrée meilleure interprète féminine dans un rôle de soutien, et aux cinq autres statuettes remportées plus tôt cette semaine lors du Gala Artisans — photographie, musique originale, maquillage, son et film s’étant le plus illustré à l’extérieur du Québec — Les affamés aura au final remporté huit Iris sur une possibilité de neuf.

Récit d’épouvante traversé de plusieurs traits d’humour, où un groupe de villageois tente d’échapper à des zombies, le cinquième long-métrage de Robin Aubert a créé la sensation dans plusieurs festivals, dont celui de Toronto où il a remporté le prix du film canadien le plus populaire. «Une métaphore sur la peur de l’autre», comme l’a judicieusement fait remarquer Rémy Girard, lors de la présentation du film.

«J’ai deux mentors dans la salle, André Forcier et Robert Morin, même s’ils ont des caractères de marde…», a lancé Aubert, après avoir cueilli l’Iris de la meilleure réalisation.

Cerise sur le sundae pour le cinéaste de 46 ans, un autre de ses films était en lice pour l’Iris du meilleur long-métrage, Tuktuq, où il tient le rôle principal.

Prix d’interprétation pour Bégin et Guérin

Nommé dans dix catégories, dont meilleur film, meilleure réalisation et meilleur scénario, Le problème d’infiltration est reparti avec un seul prix, celui de la meilleure interprétation masculine dans un premier rôle remis à Christian Bégin. Le comédien animateur, qui interprète un médecin qui verse inexorablement dans la folie, dans sa cossue maison de banlieue, a remercié le réalisateur et scénariste Robert Morin, un créateur «libre, subversif et iconoclaste», indispensable dans un cinéma de plus en plus standardisé.

Lauréate d’un Gémeau d’interprétation pour la télésérie Feux, l’automne dernier, Maude Guérin a de nouveau goûté aux grands honneurs en décrochant l’Iris de la meilleure interprétation féminine dans un premier rôle pour sa performance inspirée dans Chien de garde, où elle incarne une mère monoparentale alcoolique qui élève deux fils abonnés à des combines louches.

Un prix d’interprétation pour Schwartz 

Après avoir remporté quatre prix Iris au gala Artisans — direction photo, direction artistique, costumes et coiffure — la fresque historique au budget de 15 millions $, Hochelaga, terre des âmes, a vu l’un des membres de sa distribution, Emmanuel Schwartz être sacré interprète masculin dans un rôle de soutien.

De plus en plus en évidence au petit écran (Lâcher prise, Trop), le longiligne comédien a troqué la feuille de papier pour le cellulaire pour lire ses brefs remerciements. «On est rendus ailleurs», comme l’a si bien dit Édith Cochrane…

En lice pour huit Iris, Les rois mongols a évité le blanchissage avec la victoire de la scénariste Nicole Bélanger, qui a adapté son roman éponyme se déroulant au sein d’une bande d’adolescents, pendant la Crise d’octobre. Guérie d’un cancer, la gagnante a rappelé comment elle avait «mobilisé toute ses énergies» afin de voir son récit porté au grand écran par Luc Picard.

Dans la catégorie très relevée de Révélation de l’année, c’est sans surprise que Théodore Pellerin l’a emporté pour sa performance d’adolescent instable et agressif dans Chien de garde. Trophée entre les mains, l’acteur de 21 ans, vu dans trois autres films ces derniers mois (Isla Blanca, Ailleurs et Boost), a loué le travail de Sophie Dupuis, seule réalisatrice en nomination cette année. Mercredi, Chien de garde avait remporté l’Iris du meilleur montage.

L’acteur de 21 ans Théodore Pellerin l’a emporté sans surprise dans la catégorie Révélation de l’année pour sa performance d’adolescent instable et agressif dans «Chien de garde».

Hommage à André Forcier

L’Iris du meilleur documentaire a été décerné à Carlo Guillermo Proto pour La résurrection d’Hassan, récit d’une famille de non-voyants, deux parents et leur fille, hanté par la mort tragique d’un de ses membres.

Le prix du meilleur court-métrage de fiction est allé Pre-Drink, de Marc-Antoine Lemire, et celui du meilleur court-métrage d’animation à Toutes les poupées ne pleurent pas, de Frédérick Tremblay et Pierre Lesage.

Dans un gala où les films d’auteur ont tenu comme à l’habitude le haut du pavé, le prix du public a été remporté par le drame Junior Majeur, qui a eu le dessus entre autres sur les suites de De père en flic et Bon Cop Bad Cop. Une preuve manifeste que les milléniaux sont plus portés sur le vote en ligne que la clientèle cible plus conservatrice de ces deux productions.

Celui qu’on a surnommé «l’enfant terrible du cinéma québécois», le réalisateur André Forcier, a reçu le Prix hommage pour une carrière qui s’étend sur plus de 50 ans. Le septuagénaire, qui a toujours tourné sans faire de compromis des films à saveur fellinienne (Au clair de la lune, Le vent du Wyoming, Une histoire inventée), a fait se rassembler sur scène quelques-uns de ses comédiens (Roy Dupuis, France Castel, Robin Aubert, Geneviève Brouillette…)

Sans jamais les yeux de son texte, Forcier a livré un discours sans âme, sur un ton monocorde, pour remercier ses complices de longue date et ses collègues les plus appréciés de l’industrie, dont Robert Morin et Denys Arcand.

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DES ACTEURS DÉPLORENT LE PEU DE RECONNAISSANCE DES COMÉDIES

Sur le tapis rouge du Gala Québec cinéma, tous s’entendaient sur la qualité des films en lice, mais certains déploraient un manque de reconnaissance pour les comédies qui connaissent du succès au box-office.

«C’est vraiment rare qu’une comédie va gagner un prix, a souligné Rémy Girard, en gardant néanmoins le sourire. Des fois, c’est un peu plate.»

«Louis de Funès, tout le long de sa carrière, a été descendu par les critiques et ça ne l’a pas empêché d’être le grand comique qu’on connaît», a ajouté le prolifique acteur.

Mélissa Désormeaux-Poulin, qui est en nomination pour son rôle dans «Le Trip à trois», estime elle aussi que l’»on boude un peu» le genre comique.

«Je pense qu’il ne faut pas dénigrer la comédie parce que c’est quelque chose qui plaît à beaucoup de monde et ce n’est pas quelque chose qui est facile à faire contrairement à ce qu’on peut penser.»

Il s’agit de la raison d’être du Prix du public, fait valoir la directrice générale de Québec cinéma. Ségolène Roederer explique que cette statuette est réservée à l’un des cinq films ayant connu le plus grand succès en salle.

Cette année, la lutte se fera entre «Ballerina» d’Éric Summer et Éric Warin, «Bon Cop Bad Cop 2» d’Alain DesRochers, «De père en flic 2» d’Émile Gaudreault, «Junior Majeur» d’Éric Tessier ainsi que «Le Trip à trois» de Nicolas Monette.

Mme Roederer reconnaît toutefois que ce genre de long-métrage repart souvent bredouille de telles cérémonies, et ce, sur la scène internationale aussi. Les soirées des Oscars et des Césars n’échappent pas à cette tendance, souligne-t-elle.

Le président de l’organisme, Patrick Roy, croit pour sa part que le gala Québec cinéma reflète bien l’»éventail» du cinéma d’ici.

«Je pense que ces films-là sont bien représentés. Est-ce qu’ils pourraient l’être davantage? C’est une bonne question», a-t-il toutefois concédé.

Christine Beaulieu n’est pas d’avis que les films qui attirent les foules soient défavorisés. Celle qui siège au conseil d’administration de Québec cinéma assure que toutes les oeuvres sont bien prises en considération par le jury.

«Je déplore surtout que les films d’auteur ne sont pas suffisamment vus, objecte-t-elle. Je ne pense pas que les gens ne veulent pas les voir, c’est qu’ils n’ont pas l’occasion de le faire.»

Le cinéaste Robin Aubert, dont le film «Les Affamés» a récolté quatre mises en nomination pour le gala de dimanche, se désole pour sa part que l’on mette la comédie en opposition avec le drame.

«Les cinéastes d’auteur se plaignent de leur côté, les cinéastes commerciaux se plaignent de leur bord, déplore-t-il. On est une province qui se plaint beaucoup alors qu’on fait du cinéma qui se promène à travers le monde.»  La Presse canadienne