Jason Luckerhoff, enseignant en communication sociale et directeur de thèse, Stéphane Labbé, doctorant et Jacques Lemieux, codirecteur de recherche et enseignant à l’Université Laval lors de la soutenance de thèse qui a eu lieu à l’UQTR.

Lecture numérique: encore loin de faire l’unanimité

Trois-Rivières — Après quatre ans de dur labeur, Stéphane Labbé a publié sa thèse intitulée L’achat et l’emprunt de livres au Québec: une analyse communicationnelle qui démontre notamment que les gens ne sont pas encore prêts à changer leurs habitudes de lecture pour le numérique.

Cette thèse de quatre articles porte sur le choix d’un mode d’approvisionnement en livres des Québécois. Dans la première partie, il expose une typologie territoriale utilisant l’échelle des municipalités du Québec. Dans la seconde partie, la thèse dresse un portrait de l’offre des livres au format papier des bibliothèques publiques autonomes du Québec ainsi que des usages qui en sont faits. En troisième partie, il dresse un portrait de l’offre des livres au format numérique des bibliothèques publiques du Québec pour terminer avec les facteurs qui sous-tendent le choix d’un mode d’approvisionnement en livres.

Malgré l’évolution technologique, cette thèse démontre que les gens apprécient moins le livre au format numérique. «Du plan économique, les gens valorisent moins le format numérique, car il n’y a pas d’objet qui s’y rattache. Un livre au format numérique, c’est un fichier PDF alors les gens ne veulent pas payer quinze dollars quand ils peuvent obtenir le format papier pour vingt dollars», précise M. Labbé.

Les résultats de cette thèse étaient très attendus, car aucune recherche au Québec n’abordait aussi exhaustivement ce sujet. «De nombreux investisseurs, des librairies, éditeurs, attendaient justement la sortie de cette thèse pour entamer des décisions d’affaires importantes», précise Jason Luckerhoff, directeur de recherche et enseignant en communication sociale de l’UQTR. Afin d’en venir à cette conclusion, le chercheur s’est questionné sur les besoins des consommateurs.

«Je me suis posé la question suivante: qu’est-ce qui fait qu’un individu décide d’acheter ou d’emprunter un livre ? Je me suis posé cette question, car il y a eu beaucoup de changements depuis l’avènement de l’environnement numérique. Non seulement nos habitudes de lecture ont changé, mais l’environnement numérique a proposé de nouvelles façons de s’approvisionner en livres», précise M. Labbé.

Il faut souligner que cette recherche est la finalité d’un long processus. Deux ans après la fondation du programme Communication sociale à l’UQTR en 2012, M. Labbé s’est inscrit au doctorat. Ayant consacré l’entièreté de son temps à la rédaction, il est le premier de sa cohorte à publier sa thèse. «La durée normale des études doctorales est de quatre ans, mais les étudiants qui terminent aussi rapidement sont très rares», précise M. Luckerhoff.

M. Labbé n’en est pas à sa première recherche scientifique. Qualifié de «spécialiste de la recherche au Québec dans le domaine du livre» par son directeur de recherche, il a exploité la même lignée lors de la rédaction de son projet de maîtrise. Cette recherche portait sur l’exportation de livres d’éditeurs canadiens qu’il a rédigés à l’Institut national de la recherche scientifique.

Rappelons que M. Labbé a passé lundi dernier devant un comité de six chercheurs qui ont évalué, pendant près de deux heures, sa thèse finale. Il a reçu la mention excellent, ce qui est très rare selon M. Luckerhoff.

Très fier de son accomplissement, il souhaite continuer sur cette lancée et entamer des études postdoctorales à l’UQTR dans ce champ de recherche. «La recherche, ce n’est jamais terminé. La thèse est souvent considérée comme une finalité, mais c’est plutôt le point de départ d’un nouveau programme de recherche.»