L’auteur Patrick Loranger a eu l’idée de créer des ateliers de rédaction d’un roman policier avec des jeunes dont la plupart présentent une différence.

L’écriture pour briser les barrières

SHAWINIGAN — Patrick Loranger et Sylvie Poisson, deux auteurs de la région, se réunissent les lundis et jeudis durant tout l’été afin de travailler sur un roman policier. Toutefois, ils ne sont pas seuls. Les deux écrivains sont accompagnés de dix jeunes de 11 à 14 ans, dont la plupart présentent un trouble du spectre de l’autisme (TSA) ou un trouble déficitaire de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH), qui participent activement à la composition de l’histoire du livre.

Cela fait déjà quelques semaines que M. Loranger et Mme Poisson rencontrent les jeunes afin de discuter des étapes qui précèdent la publication d’un roman, de créer les différents personnages de l’histoire et d’établir une ligne du temps.

La création des principales caractéristiques des personnages fait partie des ateliers depuis quelques semaines, comme l’explique Patrick Loranger. «On a commencé par créer Lysanne, 21 ans. Elle va ressembler à quoi physiquement? Elle va ressembler à quoi psychologiquement?»

L’auteur souligne que ce sont les jeunes qui sont au cœur du processus de remue-méninges. «C’est vraiment eux qui sont maîtres, ce sont leurs idées. Je les laisse décider», dit-il.

Favoriser l’insertion

C’est Patrick Loranger qui a eu l’idée d’offrir cette opportunité à des jeunes dont la plupart sont différents. Son propre processus d’évaluation présentement en cours afin d’obtenir un diagnostic de TSA l’a encouragé à se lancer dans cette aventure. «J’ai découvert ça en faisant mes recherches pour mon roman ‘‘Carnet de bord d’un TDAH’’. Le jeune, dans le roman, est autiste, et je me reconnaissais», explique M. Loranger.

Sylvie Poisson mentionne que Patrick Loranger, qui a déjà publié plusieurs romans de science-fiction, pourrait alors servir de modèle pour les jeunes qui participent aux ateliers. «C’est aussi d’avoir une image positive [...] Ce n’est pas parce que tu as un diagnostic qu’il faut que tu sois mis à part», indique celle qui est aussi ergothérapeute.

Lors des rencontres, les jeunes donnent leurs idées quant aux personnages et à la ligne du temps du récit.

Le fait que les ateliers rassemblent à la fois des jeunes présentant une différence et d’autres considérés «neurotypiques» permet d’abaisser les barrières, selon les deux auteurs. «Ça crée un mix merveilleux», commente M. Loranger. «Oui, c’est de développer le métier d’écrivain, mais c’est aussi une occasion d’insertion pour les jeunes, puis l’intégration d’un groupe», affirme pour sa part Mme Poisson.

Les jeunes coauteurs ont d’ailleurs décidé de s’inscrire aux ateliers pour des raisons qui diffèrent d’un à l’autre. «Je faisais beaucoup de sport, sauf que j’étais tout le temps excité, puis ça, ça m’aide à me calmer et à me concentrer», indique William, 11 ans. «Je n’ai pas l’habitude d’aller vers les autres, de faire des projets, des ateliers. Je me suis dit que ce serait quelque chose de bon et en plus, je pourrai apprendre sur le métier d’écrivain», mentionne pour sa part Dorianne, 12 ans.

Chose certaine, tous les participants ont un intérêt marqué pour la lecture et l’écriture. «C’est mon rêve d’écrire un livre», affirme Kim, 13 ans. «C’est ce qui est intéressant, parce que les jeunes, ils sont vraiment dans leur passion [...] donc on a, déjà là, une grosse part de motivation, donc le handicap, il est de moins en moins visible», explique Mme Poisson.

Vivre une réelle expérience d’auteur

Les deux écrivains ont voulu que les jeunes qui se sont inscrits à leurs ateliers vivent une véritable expérience d’auteur. C’est d’ailleurs une des raisons qui explique le choix d’organiser les rencontres les lundis et les jeudis. «C’est deux fois par semaine, parce que l’écrivain, il faut qu’il travaille régulièrement sur son manuscrit. Si on laisse passer trop de temps, on oublie des détails», indique M. Loranger.

Les jeunes ont même eu la chance de participer à une activité préparée par La Loupe, un laboratoire public de l’UQTR qui offre des ateliers scientifiques. Les participants ont tenté de résoudre un crime à partir d’une fausse scène de crime préparée par l’équipe de La Loupe. «Il fallait les voir dans le laboratoire [...] Sur la scène de crime, ils étaient tous à quatre pattes en train de chercher des empreintes et des indices», raconte M. Loranger.

Cet atelier pourra leur servir pour l’écriture de certaines parties du roman policier. «S’il y a un corps qui est trouvé, ou quelque chose comme ça, on va savoir comment ça marche, comment ils enquêtent pour trouver le suspect [...] Ça va probablement nous aider, ne serait-ce que pour le côté de l’inspecteur», explique François, 12 ans.

Les rencontres avec les jeunes se poursuivront jusqu’au 19 août prochain. Ensuite, Mme Poisson et M. Loranger commenceront la rédaction du roman. Le tout se fera sur Google Drive, pour que les jeunes puissent consulter le document en tout temps et émettre des commentaires.

Le roman devrait être publié à l’automne 2020 par la maison d’édition Joey Cornu. Les noms de Dorianne, Éloise, Luca, KellyAnne, William, Kim, Ludovic, François, Thierry et Baptiste seront inscrits comme coauteurs à l’intérieur du produit final.