Il n’a fallu que quatre chansons de George Thorogood pour amener le public à se lever pour se déhancher au son de sa musique.

Le vieux pro comme on l’aime

TROIS-RIVIÈRES - La 10e édition de Trois-Rivières en Blues s’est mise en marche comme un train de marchandises appelé à rouler à la vitesse d’un TGV à l’Amphithéâtre Cogeco jeudi soir. Le nom de Thorogood a certainement titillé l’intérêt des amateurs de blues rock mais il faut bien admettre que l’événement lui-même s’est fait un nom et qu’il attire désormais sa bonne part de fans quelles que soient les têtes d’affiche.

Même ce qu’on appelle le tailgate, pour faire plaisir à l’Office de la langue française, sur l’esplanade de l’Amphithéâtre a attiré beaucoup de gens pas du tout pressés d’aller prendre leur place dans l’amphithéâtre.

C’est à Samantha Fish, une jeune femme de Kansas City qu’on a confié le soin de mettre le public en appétit. La guitariste, auteure et compositrice au look très années 60, n’avait manifestement pas envie de n’être qu’un amuse-gueule. Elle est débarquée avec cinq musiciens, un son riche et original, énormément d’aplomb et l’attitude de quelqu’un qui ne veut rien savoir de la figuration.

Madame a de la personnalité, en somme. Et du talent. Elle incarne avec panache et sophistication les nouvelles avenues du blues qui s’éloignent un peu des racines pour s’adonner à l’hybridation. Elle refile notamment du courant électrique à son Mississippi blues et ça lui donne une énergie folle. Sa musique est blues, rock, soul, country, bonne. Très bonne.

Le public a beaucoup apprécié. Même certaines envolées psychédéliques qui nous replongeaient 45 ans en arrière. Ça a valu à Mme Fish et sa bande une ovation debout enthousiaste au moment de quitter la scène. Reste que c’était pour George Thorogood, dont on était assez loin, que le public occupait tous les sièges de l’amphithéâtre.

Le vieux routier est arrivé sur scène annoncé par une voix tirée d’un combat de boxe le qualifiant de champion incontesté de la catégorie des poids lourds du rock’n roll.

Samantha Fish a assuré la première partie du spectacle de George Thorogood.

À 68 ans, il n’a plus le jeu de pieds d’un boxeur mais il a le rock dans le sang. Et un plaisir assez gamin sur la scène. Sa façon de réclamer des applaudissements plus nourris à un public qui n’en avait nullement besoin faisait certainement sourire.

N’empêche, les mains étaient alertes sur la guitare, et la voix encore solide pour lancer des Who Do You Love plaintifs dans ce hit qu’il a chanté tout de suite après Ain’t Coming Home Tonight une chanson plus récente qui a ouvert la prestation.

Plutôt rigolo, Thorogood a raconté qu’il avait traversé la frontière sans le moindre accroc plus tôt dans la journée en disant simplement au douanier : «Hello : I’m George!» Et comme d’habitude, les autorités canadiennes lui auraient largement ouvert les bras... «Je ne serai au Canada que pour un séjour de 24 heures et ce seul spectacle, a-t-il poursuivi, mais je vous promets que je vais tout faire ce soir pour me faire arrêter par la police!»

Il n’aura fallu que quatre chansons pour amener le public à se lever au son lourd de I Drink Alone signe que George et ses bons vieux Destroyers le contrôlaient. Les fans n’ont pas eu à attendre davantage pour entendre un classique parmi les classiques One Bourbon, One Scotch, One Beer qui a fait se déhancher quelques centaines d’inconditionnels. Et pendant pas loin d’une dizaine de minutes de cabotinage musical de la part de la star trop heureuse de sentir la foule lui manger dans les mains.

Plus tourné vers le rock que le blues, il reste que Trois-Rivières en Blues ne pouvait trouver valeur plus sûre pour plaire à son large public. Thorogood a été fidèle à lui-même offrant, à défaut d’exploration de la nature profonde du blues, un spectacle enjoué, solide et impeccablement ficelé offert par des pros consommés qui pouvaient compter sur un riche répertoire de gros succès.

Il n’a même pas été nécessaire d’attendre un rappel pour avoir droit à Bad to the Bone et voir le public debout d’un bout à l’autre de l’amphithéâtre. La cerise sur le sundae.

Ce soir, l’amphithéâtre vibrera d’abord aux rythmes de Roomful of Blues à 20h avant le spectacle de Randy Bachman à 21 h 45. Le Spencer McKenzie Band assurera l’atmosphère sur l’esplanade dès 18h. Et on ne vous dit pas tout ce qui va se passer gratuitement au centre-ville. Allez voir la programmation au www.3renblues.com.