Le groupe Dju démystifie le tuba. Le groupe est composé, de gauche à droite, assis: Charles Duquette, Mylène Palardy, Charles Hobson et Márton Maderspach. Derrière, on retrouve Julie Houle et Jean Sabourin.

Le tuba, ce bel inconnu

C'est quand la dernière fois où vous avez assisté à un spectacle d'un groupe dont la tête d'affiche est une tubiste? Est-ce seulement déjà arrivé? Pourtant, ça existe comme s'amuse à le prouver Julie Houle avec le groupe Dju qui lance son deuxième album, Fracas des racines, le 15 mars à Montréal.
La chose nous touche puisque cette musicienne est originaire de Saint-Célestin et c'est à l'école secondaire La Découverte de Saint-Léonard d'Aston qu'elle a fait connaissance avec le tuba auquel elle est fidèle depuis 20 ans. Son parcours musical fut d'abord on ne peut plus conventionnel avec des études au Cégep de Drummondville et un baccalauréat en musique classique à l'UQAM.
«J'ai beaucoup aimé faire de la musique classique, spécifie la musicienne. C'est une formation qui m'a donné tous les bons outils pour aller ailleurs.»
Quand elle parle d'ailleurs, elle fait référence au jazz, notamment, qu'elle a aussi fréquenté au terme de son bac. Et puis il y a eu un épisode marquant, quand elle a pris des cours avec Michel Godard, en France. Plutôt deux fois qu'une, d'ailleurs. Elle s'est alors orientée plus nettement vers le jazz et l'improvisation qui allaient marquer le reste de son parcours musical. 
Il est alors devenu clair pour elle qu'elle chercherait à sortir l'instrument qu'elle aime des ornières auxquelles on le destine trop souvent.
«Le tuba, on le retrouve dans la musique classique et les fanfares, essentiellement. Moi, je veux le sortir des cadres connus. Je veux essayer de combattre l'idée que c'est un instrument qui ne fait que de la pompe et Dju a cette vocation-là: donner des couleurs différentes au tuba et le démystifier aux yeux de plein de gens.»
«Moi, je ne sens pas de limites avec cet instrument. Je peux varier le son de toutes sortes de façons en utilisant des pédales électroniques, par exemple. Je peux improviser en solo et explorer des sonorités particulières, improviser tant sur le rythme que sur des mélodies, etc. Au contraire de me sentir limitée, j'ai l'impression que je peux aller très loin avec mon tuba.»
Le travail de démystification est si bien entrepris que la musicienne croit qu'elle n'aura pas à consacrer toute sa carrière à sa mission de briser les clichés qui pèsent sur son instrument de prédilection.
«Ça dépend beaucoup de la disponibilité du public à se laisser charmer, je dirais. Après des spectacles, beaucoup de gens viennent me voir pour me dire qu'ils ont été transportés ailleurs et qu'ils ont beaucoup aimé ça.»
«On ne parle pas simplement de virtuosité de ma part mais aussi des textures sonores que je vais chercher. Par ailleurs, dans le groupe, on a aussi une guitare, un xylophone, une batterie, une trompette basse, des claviers et la voix.
C'est donc dire qu'en l'associant à des instruments plus communs, on voit quelle place le tuba peut prendre et combien il s'intègre naturellement à l'ensemble. Je sais bien que ce n'est pas populaire comme la guitare mais je pense que ma démarche va contribuer à en faire un instrument accessible.»
Le truc, pour l'auditeur, c'est d'oublier que c'est un tuba qu'il écoute et de se laisser emporter par la musique. 
Fracas des racines offrira d'ailleurs une variété plus grande encore que le premier opus de Dju qui était complètement instrumental. Cette fois, l'exploration va vers de l'électro, des rythmes soutenus, quasiment dansants, de belles mélodies mais la plus grosse innovation, c'est l'introduction de chansons au répertoire du groupe.
«On est allé chercher des textes de gens connus comme Michel Faubert, Fred Péloquin ou Gaël. Comme je suis une amoureuse des mots et que j'avais accès à des auteurs fabuleux, il était naturel que des textes viennent s'immiscer dans notre répertoire. J'ajoute cet élément-là au mélange pour montrer aux gens que le tuba peut aller n'importe où.»
Le public qui assiste à l'un ou l'autre des spectacles du groupe peut aussi constater que malgré la dimension et la lourdeur de l'instrument, Julie Houle n'est pas contrainte à une chaise.
«Je ne suis vraiment pas statique sur la scène. Évidemment, je suis limitée mais je suis très à l'aise de danser avec l'instrument.» Un autre cliché fracassé. Et ça ne fait que commencer.