Le quintette Le Vent du Nord a toujours le souffle dans les voiles et présente un tout nouvel album, 10e de leur impressionnante carrière. Les membres du groupe sont, de gauche à droite: Olivier Demers, Réjean Brunet, Nicolas Boulerice, André Brunet et Simon Beaudry.

Le territoire décodé par Le Vent du Nord

TROIS-RIVIÈRES — Le vent du nord souffle le renouveau sur la formation musicale traditionnelle qui porte son nom. Le groupe, devenu quintette il y a un an et demi avec l’arrivée du violoniste mauricien André Brunet, a voulu marquer ce coup de fouet en lançant un album, le dixième du groupe en carrière, intitulé Territoires.

L’initiative est quelque peu étonnante dans la mesure où le Vent du Nord a sorti Solo, un album conjoint avec De temps antan en décembre dernier. C’est donc dire que les cinq musiciens ont travaillé parallèlement sur deux albums. André Brunet affirme pourtant que l’exercice s’est fait de la plus naturelle des façons. «Avec Solo, on gravait sur disque un répertoire qu’on rodait depuis longtemps. Ça n’avait pris que huit jours de studio pour l’enregistrer. Le travail avec Territoires a été plus long, un an et demi, avec pratiquement le double de journées d’enregistrement. Il témoigne de la nouvelle dynamique à partir du moment où je me suis joint au groupe.»

Les cinq compères ont fouillé dans du matériel dormant sur les tablettes, rejeté lors de la confection d’albums précédents, mais ont aussi écrit de toutes nouvelles chansons. «On avait à peu près vingt-cinq chansons et une bonne trentaine de pièces instrumentales pour faire l’album, commente le violoneux de Saint-Sévère. En fin de compte, on a à peu près autant de chansons originales que de traditionnelles sans qu’on ait cherché cet équilibre.» L’album compte 13 plages dont quatre instrumentales.

La musique traditionnelle, on le sait, a pris ses aises depuis quelques années. Elle s’est affranchie des carcans du passé pour se métisser et se dévergonder aux rythmes actuels. Territoires n’explore pas des terres inconnues mais s’offre un son aussi actuel que trempé dans la tradition. La vielle à roue y est aussi pertinente que le violon ou la guitare. Pas étonnant qu’on accole à leur musique originale l’appellation de folk progressif.

Même certains points de vue abordés apparaissent contemporains. La toute première chanson de l’album, La pays de Samuel, en est un éclatant exemple sous la plume de Nicolas Boulerice. Champlain a métissé sa vie/Champlain, rêvé notre pays/Du littoral à l’hinterland, des chemins d’eau aussi/Il nous reste à faire ce pays, dit le refrain. «On a voulu explorer un peu le rêve de Samuel de Champlain et comment il a contribué à la singularité de notre nation, explique André Brunet. Contrairement aux Anglais qui ont voulu exterminer les Amérindiens, les Français ont collaboré avec eux. Une bonne part de notre culture aujourd’hui nous vient des Autochtones.»

«On exprime là un point de vue nationaliste qu’on n’a jamais nié dans le passé sans chercher à en être les porte-étendards. Peut-être parce qu’on voyage énormément à travers le monde pour porter notre musique nationale, on sent fortement le côté unique de la culture québécoise, la force de nos racines. Quand on voit les réactions des publics de partout à notre musique traditionnelle, ça nous gonfle d’enthousiasme à chaque fois.»

Déjà, dans le seul titre de l’album, on perçoit cette notion présente sous diverses formes. «La notion de territoires est très vaste. Ça touche à l’identité, l’amour, l’enfance, la mort. C’est le territoire physique mais aussi le territoire émotionnel de chacun. C’est un thème aussi intime qu’universel.»

Brunet s’est joint au groupe en octobre 2017, portant ses influences personnelles, son style. «J’ai bousculé l’équilibre un peu. Les autres ont aimé ça: on a avancé avec un esprit complètement ouvert sur la nouveauté. Ça amène des influences jamais explorées dans le passé: un petit côté blues, folk et même classique dans les arrangements qu’Olivier (Demers) a fait de la chanson traditionnelle Louisbourg, par exemple, qu’on interprète a cappella. Ça démontre notre vision de la musique traditionnelle qui n’est pas de déterrer des vieilles chansons mais d’y inscrire nos états d’âme.»

Leur souci du travail bien fignolé se manifeste aussi dans le design visuel de la pochette du CD orné d’une œuvre originale de Tzara Maud évoquant abstraitement le territoire en équilibre entre passé et futur.

Autre nouveauté avec cet album, le groupe manifeste ses préoccupations environnementales, s’engageant dans un partenariat avec l’organisme Arbre-Évolution. Le Vent du Nord va parrainer deux projets de reboisement équivalent à l’empreinte carbone que leurs constants déplacements en Europe comme en Amérique génèrent. «On va contribuer à la plantation d’environ 550 arbres pour compenser notre empreinte carbone de 2018 et on va le refaire à chaque année par la suite. On cherchait une manière de concrétiser notre préoccupation environnementale et on pense qu’on a trouvé la bonne.»

Le groupe ne perdra pas de temps à accumuler les kilomètres de route puisqu’il part pour la France à la mi-mars pour huit concerts avant de revenir ici, de repartir pour le Royaume-Uni, le temps d’une dizaine de spectacles avant d’aller en Louisiane. Toujours pour présenter sur scène les chansons de ce nouvel album grâce à la complicité de l’humoriste et chroniqueur Fred Savard qui a agi à titre de metteur en scène. Ils prévoient encore et toujours environ 130 spectacles au cours de l’année dont seulement 20 % au Québec. Ainsi va la musique trad.

On peut voir le vidéoclip de la chanson Adieu du village au https://leventdunord.com/videos/.