P.-A. Méthot poursuit son histoire d’amour avec Trois-Rivières: après deux spectacles à guichet fermé jeudi et vendredi, il offre deux représentations de son tout nouveau spectacle dans la seule journée de samedi à la salle Thompson.

Le succès d’un raconteur hors pair

Trois-Rivières — Après deux soirs consécutifs à guichet fermé, P.-A. Méthot revient samedi avec non pas une mais bien deux représentations supplémentaires de son nouveau spectacle Faire le beau: une à 15 h (!?!) et une autre à 20 h. Si ce n’est pas inédit, c’est une situation très exceptionnelle qui témoigne très clairement de la cote d’amour de l’humoriste à l’heure actuelle.

Il a vendu 317 000 billets pour son premier spectacle solo et en a présenté 495 représentations. Il semble parti pour l’équivalent avec celui-ci dont la tournée a débuté il y a un mois tout juste.

Difficile de cibler le secret de ce succès. Ce qui est certain, c’est que son public se reconnaît en lui. Méthot se présente comme un gars bien ordinaire qui raconte des anecdotes bien concrètes sur le ton d’une conversation entre amis autour de l’îlot de la cuisine un vendredi soir. On ne sent pas l’ombre d’un début de prétention chez lui. On ne distingue pas la recette non plus ni dans ses textes ni dans son approche très décontractée.

Même qu’il se présente sur scène sous des éclairages relativement sophistiqués qui, somme toute, sont inutiles. Pendant les 100 minutes qu’il passe sur les planches micro à la main, il n’y a pratiquement pas un effet de mise en scène qui vient appuyer un gag ou une chute. Juste P.-A. Méthot qui raconte des anecdotes avec une personnalité dont je ne connais pas vraiment d’équivalent parmi les humoristes les plus connus. Quelques-uns ont adopté efficacement le ton de la colère mais peu ont cette attitude du gars pas méchant mais pas forcément commode non plus.

Ce n’est assurément pas le spectacle le plus drôle que j’ai vu mais le Gaspésien d’origine est tout un raconteur. Meilleur, plus efficace, m’a-t-il semblé, dans les anecdotes qui le concernent personnellement, dans les événements concrets qui semblent extraits de sa vie. C’est là que son rendu de pince-sans-rire est le plus efficace. Le numéro qui porte sur l’opération qu’il dit avoir subie pour l’ablation de ce qui apparaissait comme un troisième testicule inopérant est le meilleur de son spectacle. Il part du fantasme des infirmières coquines qu’on retrouve dans les vieux films pornos pour les comparer à la réalité de nos cliniques d’aujourd’hui. La description de l’infirmière en fonction est très drôle. Et que dire de celle, semi-fantasmée, de l’opération elle-même. C’est gratiné.

Il est même étonnant que ce numéro survienne en plein milieu de la soirée, alors que le numéro final du spectacle est très décevant. Ses imitations de chanteurs sortent un peu de nulle part et nous laissent vraiment sur notre faim au sortir de la salle.

De quoi parle P.-A. Méthot dans ses anecdotes? De choses relativement banales. Il débute en racontant comment il a vécu l’opération, une autre, au cours de laquelle il s’est fait poser un «pacemaker», ce qui explique sa perte de poids de 71 livres. Il parle des émissions de télé qu’il s’est tapées pendant sa convalescence dont Ma vie à 600 lbs. Le numéro est bon, assez pour se rendre compte que c’est quand il est un peu méchant et grinçant qu’il est le meilleur parce que plus coloré et vraiment à son aise.

Je n’ai pas vu son premier spectacle mais on dit que l’humoriste est un peu moins vulgaire dans ce deuxième. Il sacre encore passablement et ça ne me cause personnellement aucun problème. Ça s’inscrit très naturellement dans la façon qu’il a de rendre son texte et le plus souvent, c’est drôle. Tant que c’est drôle il peut bien sacrer et être vulgaire tant qu’il le veut. J’ai un véritable problème quand un humoriste est vulgaire mais qu’il n’est pas drôle. J’ai un problème quand un humoriste n’est pas drôle, en fait.

Dans l’ensemble, il n’y a guère de jugement moral chez P.-A. Méthot. Il parle des mariages, des visites au zoo en été ou des salons funéraires qu’il déteste tous. Il ne les condamne pas, mais dit pourquoi ça lui tombe sur les nerfs. Tout le contenu est essentiellement personnel et on finit même par se dire que son thème, qui donne au spectacle son titre, est superflu. Il n’y a pas de vraie ligne directrice forte qui s’impose d’un bout à l’autre ce qui n’a manifestement dérangé personne dans cette salle Thompson pleine de vendredi soir.

Malgré son côté un peu rebelle, Méthot a du coeur et il manifeste plutôt deux fois qu’une sa gratitude à l’égard des gens qui l’entourent dans le métier, ce que peu d’autres humoristes font avec autant d’insistance. Il distribue un programme à l’entrée de la salle dans lequel il nomme tous les membres de son équipe et à la fin du spectacle, prend deux minutes pour remercier chaleureusement sa bande et le public sans lequel il ne gagnerait pas sa vie à faire ce qu’il aime le plus au monde: raconter des blagues. Ça ne manque pas de classe. Comme quoi, il est bête et hypocrite de juger de la valeur d’un individu sur le seul niveau de langage qu’il adopte dans les textes qu’il récite sur scène.