Dans son rôle combiné de soliste et de chef, David Lefèvre a mené de main de maître le concert de l’OSTR sur le thème des saisons, samedi soir.

Le sens du spectacle

Trois-Rivières — La direction de l’OSTR savait-elle qu’elle avait fait appel à une rock star en confiant son concert Huit saisons en fête! à David Lefèvre? Oui, sans doute, mais samedi soir, la directrice générale Natalie Rousseau n’en a pas moins été aussi emballée du concert que l’auditoire. Plus, peut-être.

Très élégant dans son costume gris, David Lefèvre a mené cette soirée en compagnie d’Astor Piazzolla et Antonio Vivaldi avec une ferveur vraiment exaltante. Comme soliste, d’abord, mais aussi comme chef. On l’a senti en symbiose avec ses musiciens, les interpellant du regard ou d’un mouvement de tête pour obtenir ici une nuance subtile, là une attaque agressive. Et cela, tout en embrasant son violon dans des solos complètement habités.

On l’a souvent vu adopter une attitude de guerrier, carrément, en abordant certains passages de Piazzolla. Vous me direz que la fougue des tangos du compositeur argentin s’y prête et c’est indéniable, mais Lefèvre était tout aussi conquérant avec Vivaldi.

L’homme joue en possédé. Ni par Dieu ni par Diable, par la musique. La beauté de la chose, c’est qu’il a semblé entraîner dans son sillage la vingtaine de cordes de l’OSTR réunies pour ce concert. En quelques heures de répétition, il semble avoir suscité l’adhésion de chaque musicien pour créer un ensemble inspiré. On dit qu’il a été extrêmement minutieux, travaillant chaque détail de l’interprétation pour, à la fin, dire aux musiciens de tout oublier et de se faire plaisir, tout simplement. L’homme est apparemment convaincant.

La réaction du public n’a guère fait de doute sur la conquête de Lefèvre des quelque 800 personnes présentes à ce concert. Au terme de deux années, huit saisons, le public en redemandait. Lefèvre lui avait réservé en rappel l’interprétation d’une danse érotique du nord-ouest du Brésil. Avant de l’abandonner aux affres de notre hiver, c’était une gentille attention.

Si certains ont pu penser qu’un concert autour des Quatre saisons de Vivaldi n’inspirait rien de nouveau, ils erraient. La formule de l’alternance des saisons de Vivaldi et de Piazzolla dans le programme a fait plus qu’éviter la monotonie: elle a permis de voir des recoupements entre deux styles apparemment sans intersections. Elle a révélé un visage intéressant des musiciens appelés à se transformer d’une pièce à l’autre sans perdre de conviction. Même qu’ils ont semblé gagner en ferveur à mesure que les saisons se succédaient.

Pour ceux qui auraient pu douter du pouvoir de vingt instruments à cordes de saturer l’espace de la salle Thompson, la démonstration a été assez éclatante merci. On n’a pas eu d’impression de maigreur. Les tutti n’enviaient rien à l’orchestre complet et les moindres subtilités, et Dieu sait que Lefèvre en a exigé, ont parcouru la salle.

Et puis, l’idée d’inclure dans le programme les sonnets écrits par Vivaldi pour accompagner ses concertos est à célébrer. On a ainsi pu beaucoup mieux apprécier la vision du chef.

Au terme du concert, celui-ci n’avait que de bons mots en bouche. «C’est fantastique de jouer ici! L’orchestre a été très concentré sur toutes les répétitions mais il a donné un bon 70 % de plus au moment du concert. Ça a explosé, quoi; c’était fabuleux! Les musiciens étaient tellement réactifs que sur le moment, ils ont fait des choses qu’on n’avait même pas répétées. Nous sommes allés au-delà de ce qu’on avait pu définir. C’est extraordinaire quand on fait des choses nouvelles comme ça, sur le moment.»

«Je ne les ai pas poussés: je leur ai dit d’avoir du fun parce qu’il y a trop de concerts où on s’enquiquine. C’est vrai que c’est mon approche: la musique, c’est se faire plaisir. Je leur ai dit que ce soir, on balançait la sauce et ils l’ont fait», de déclarer le violoniste en s’interrompant pour saluer chaleureusement chaque musicien de l’orchestre passant à proximité.

«Je pense qu’il est primordial de créer une complicité avec les musiciens malgré le peu de temps qu’on a à se côtoyer. Si on ne fait pas ça, je pense qu’on est dans l’erreur. On ne peut pas faire de musique si on n’est pas en symbiose entre musiciens. Pour ce qui est du public, je l’ai senti très attentif et je l’ai trouvé très chaleureux. J’ai eu l’impression que les gens étaient contents et ça me fait vraiment plaisir.»

Pour ce qui est de Jean-Claude Picard, le nouveau chef attitré de l’orchestre, il est lui aussi apparu emballé par ce qu’il a entendu. «Quelles belles cordes nous avons à l’OSTR! L’idée de faire alterner les œuvres des deux compositeurs dans le programme était fantastique. Ça met vraiment en contexte deux musiques et deux époques. C’était intéressant de mettre en parallèle les articulations propres à chacune des époques et je pense que le public a apprécié. L’orchestre était très engagé, le soliste aussi. C’est quelqu’un qui a un sens aigu du spectacle et le message a passé. Très belle soirée.»

Nous ne saurions mieux dire.