Guillaume Marchand.

Le rêve Céline

TROIS-RIVIÈRES — Son numéro de téléphone n’a pas changé mais quand on lui parle ces temps-ci, Guillaume Marchand est à l’autre bout du monde, littéralement. Le musicien d’origine trifluvienne est de la grande tournée que Céline Dion effectue présentement en Asie jusqu’à la mi-août.

Jeune musicien, il rêvait de tours du monde avec une grande vedette dans des fauteuils de première classe et des lits moelleux d’hôtels cinq toiles. À 35 ans, il vit ce rêve en tentant autant que possible de savourer chaque moment d’une réalité qui échappe presque à la réalité.

«C’est pas mal l’idée que je me faisais de la carrière idéale, convient-il avec un sourire dans la voix depuis Manille, aux Philippines. Je me rends compte à chaque matin de la chance que j’ai de faire mon métier dans des conditions aussi extraordinaires. L’an dernier, je faisais la tournée européenne avec Céline, cette année, c’est l’Asie. Il n’y a pas beaucoup d’artistes sur la planète qui peuvent se permettre des tournées de cette ampleur: Madonna, Pink, Beyoncé et quelques autres. Les vedettes américaines vont habituellement choisir des musiciens américains alors, pour un petit claviériste québécois, une des seules occasions, c’est avec Céline, et je l’ai eue.»

La tournée a pris son envol à Tokyo, au Tokyo Dome, un stade pouvant accueillir environ 50 000 spectateurs. Elle s’est poursuivie à Macao, Taipeh, Djakarta, Singapour, Manille et prendra ensuite la direction de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Deux mois de dépaysement. «Tokyo est le plus gros stade de la tournée mais c’est essentiellement un spectacle d’aréna qu’on présente. Mais quand on parle d’arénas, ça veut quand même dire des endroits équivalents au Centre Bell avec des foules entre 10 000 et 15 000 personnes. Disons que c’est impressionnant!»

«Je ne me souviens pas exactement quand Céline est venue en Asie pour la dernière fois, mais je pense que ça fait une dizaine d’années. Elle est très attendue. Les réactions du public le démontrent, elles sont vraiment très enthousiastes.»

Quand on accompagne Céline Dion, il faut se faire à la démesure. Les 50 000 personnes de Tokyo ne battent pas les 70 000 devant lesquelles Guillaume a joué à Marseille à l’automne 2017. «Une chose qui est vraiment différente, c’est la réaction des foules ici, en Asie. Par exemple, à Tokyo, le public est extrêmement respectueux. Il applaudit beaucoup mais ne siffle pas et il ne crie pas de la même façon qu’ailleurs. Et dès que Céline s’adressait à la foule, c’était un silence total immédiat. Les responsables locaux nous avaient avertis mais ça nous a quand même surpris. Ce n’est pas qu’ils n’apprécient pas, c’est juste une mentalité particulière.»

Cette tournée asiatique est donc une occasion de découvertes pour Guillaume Marchand. Pourtant, en 2003, jeune musicien professionnel, il avait exploré un peu de la Chine en s’y installant avec un groupe trifluvien pour jouer dans un hôtel pendant six mois. «Je m’aperçois présentement à quel point les choses peuvent être différentes d’un pays à un autre, même en Asie. Ce qui est bien, c’est que nous, les musiciens, avons pas mal de temps libres. On a fait des répétitions avant de partir mais pendant la tournée, ce sont les techniciens qui sont les plus sollicités. Nous, on a du temps pour visiter un peu. En fait, pour être honnête, c’est presque plus du plaisir que du travail. Une fois le spectacle complété, on est libres jusqu’au suivant.»

S’ils ont droit à tant de latitude, c’est qu’on a bien préparé cette tournée. «Lors du dernier séjour de trois semaines à Vegas jusqu’à la mi-juin, on répétait pendant la journée. Pour les deux derniers spectacles au Colosseum, on a présenté le spectacle de la tournée asiatique pour le roder et être bien certains que tout était bien en place au niveau de l’équipement. L’équipe de production ne laisse absolument rien au hasard.»

La forme olympique
Pour ce qui est de la star du spectacle, elle est en super forme, confie Guillaume Marchand. «Céline, c’est une athlète olympique. Elle est parfaitement remise de son opération et de ses problèmes de santé. Je crois bien que c’est à regret qu’elle avait annulé des spectacles, mais c’était assurément la chose à faire pour revenir au meilleur de sa forme. Elle prend énormément soin d’elle parce qu’elle veut toujours être parfaite.»

«Je me souviens combien elle m’avait impressionné en répétition quand je me suis joint à l’équipe pour la tournée européenne . Encore aujourd’hui, quand je l’écoute, elle m’ébahit autant et je crois sincèrement qu’elle va toujours m’impressionner. La qualité de sa voix, sa justesse: tout est coupé au couteau.»

Comme d’autres, quand Céline a annoncé qu’elle devait annuler des spectacle pour des problèmes de santé et, plus tard, pour subir une intervention chirurgicale, Guillaume Marchand a pensé que tout pourrait prendre fin abruptement, qu’il pourrait se réveiller en sursaut du rêve qu’était devenue sa carrière. «Je savais que l’opération n’était pas majeure mais ça m’est quand même passé par l’esprit. Ça m’a fait réaliser encore davantage combien je dois profiter du moment présent, de tout ce que je vis. Ce que je fais présentement à seulement 35 ans, c’est une chance inouïe.»