Marie-Andrée Leduc (Élisabeth) et François Laneuville (Vincent) rendent très bien la relation fraternelle de leur personnage.

Le Prénom: un plaisir contagieux

CRITIQUE / Certains prénoms sont plus tabous que d'autres et viennent avec une charge qu'il est impensable d'imposer à un nouveau-né.
C'est ainsi que s'amorce la pièce Le prénom que présente le Théâtre des Gens de la place en ce début de 25e saison. L'histoire s'amorce donc ainsi avec Élisabeth (Marie-Andrée Leduc) et Pierre (Martin Francoeur) qui accueillent Claude (Martin Bergeron), Vincent (François Laneuville), frère d'Élisabeth, et Anna (Cindy Rousseau), la femme de Vincent qui attend leur premier enfant. Une ambiance festive, amicale et décontractée. Jusqu'à ce que Vincent dévoile le prénom de leur poupon à naître. Le choix provoque une onde de choc qui refroidit l'ambiance. Il s'en suit une série d'attaques aussi virulentes qu'insidieuses qui dériveront vers des histoires anciennes.
C'est peut-être à cause de l'effervescence qui régnait dans la chaleureuse salle Anaïs-Allard-Rousseau le soir de la première ou bien de l'expérience acquise durant les 25 dernières années, mais peu d'indices laissaient paraître la nervosité ou le manque d'aisance dans le décor passablement chargé. Il faut dire que l'équipe était composée de comédiens et d'une metteure en scène, Éveline Charland, talentueux et expérimentés.
Ce qui est le plus frappant tout au long de la pièce, c'est le plaisir et la connivence qui transparaissent sur la scène. Vrai que la bande se connaît depuis des lunes et que leur amitié est bien réelle en dehors de la scène mais ils ont réussi à infuser leur complicité dans cette oeuvre déjà fort divertissante. Le coup de coeur, il est là. Dans les éclats de rire qui n'ont rien de formaté et dans les regards qu'on sent sincères. Les cinq comparses ont aussi cette aisance à habiter les lieux définis magnifiquement par de majestueuses bibliothèques. En aucun cas on les sent déstabilisés parce qu'ils ne sont plus certains duquel est leur verre de vin parmi ceux posés sur la table ou parce que leur fermeture éclair de pantalon est baissée (oups!). On les perçoit en contrôle, peu importe les circonstances. Ça c'est très fort.
Le choix d'Éveline Charland de présenter la version française pouvait faire soulever les sourcils mais force est d'admettre que son choix ne s'est pas retourné contre elle. Bien qu'il y ait une période d'adaptation nécessaire pour s'y faire, on y croit. Les comédiens enfilent les répliques sans hésitation et avec une fluidité quasi naturelle.
Il y a aussi les moments de malaises qui s'avèrent habilement appuyés sans verser dans le caricatural. Pour cette 11e mise en scène, la maître d'oeuvre s'est gâtée et ça paraît, ses ouailles rendant magnifiquement ces moments d'intensité.
Tous les comédiens font un travail notable mais, de par la force de son monologue final, Marie-Andrée Leduc mérite quand même une mention.
Les représentations ont lieu les 9, 14, 15, 16 septembre à 20 h et le 10 septembre à 14 h à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture.