Le photographe naturaliste shawiniganais Michel Sokolyk a été récompensé pour son travail d’artiste par la médaille du lieutenant-gouverneur qui lui a été remise dimanche dernier à Shawinigan.

Le photographe Michel Sokolyk médaillé

TROIS-RIVIÈRES — Le photographe naturaliste shawiniganais Michel Sokolyk vient de recevoir un honneur national qui témoigne de l’inestimable valeur de son immense collection d’images: il a reçu la Médaille du lieutenant-gouverneur pour les aînés (couleur argent).

Cette distinction récompense l’ensemble de son œuvre artistique mais également scientifique puisque ses centaines de milliers de photographies de la flore et de la faune régionale constituent un legs d’une grande valeur pédagogique. Les images ont toutes été classées, identifiées et répertoriées à travers les années et un grand nombre d’entre elles ont été publiées dans plusieurs ouvrages, calendriers, affiches, etc. Il a même offert au Jardin botanique de Montréal une collection de quelque 130 000 photographies de plantes qui ne constituent qu’une portion de sa collection entière.

Âgé de 73 ans, Michel Sokolyk s’adonne à cette passion de la photographie depuis qu’à l’âge de 8 ans, lorsque, lors d’une balade en voiture, il a dit à son père qu’une scène ferait une belle photo. «Voyant que j’avais l’œil pour la photographie, mon père m’a offert mon premier appareil, raconte-t-il, et je n’ai jamais arrêté de prendre des clichés par la suite.»

Longtemps enseignant dans le secteur de l’électronique et des télécommunications, au début de la quarantaine, il a allégé sa tâche pour la limiter à un mi-temps, histoire de mieux se consacrer à sa passion artistique. Passion qui comporte deux volets: il y a le travail, car s’en est un, qui consiste à aller capter les images sur le terrain en se traînant discrètement dans des environnements parfois inhospitaliers pour capter la faune et la flore de la région. L’autre aspect, c’est l’identification et le classement méticuleux de toutes ces images. «Entre octobre et avril, ne me cherchez pas, je suis dans mon bureau à faire ce classement. Je m’assure de voir au moins trois fois chaque photo avant d’écarter celles qui sont moins bonnes, puis je les classe et les identifie en donnant, pour les plantes, les noms latins et français. Je garde de la famille Sokolyk, des scientifiques, le côté méticuleux qui est essentiel pour réaliser ce travail de moine.»

Pour la saison 2018, il a retenu 15 000 photographies. En 2017, c’était 24 000 et en 2016, 36 000. Aujourd’hui, il peut diffuser ses images sur le web et il est suivi par des amateurs fidèles dans 52 pays. Ses nombreux ouvrages sous forme papier se sont aussi vendus à travers le monde et s’ils sont aujourd’hui tous épuisés, des copies se transigent encore sur des sites de revente aussi loin qu’en Europe, en Argentine ou même en Chine et parfois, pour plusieurs centaines de dollars.

«Une des choses qui me rend le plus fier, affirme le photographe, c’est que je contribue à faire connaître à travers le monde la nature de la Mauricie et du Centre-du-Québec, source essentielle de mes images. En 2018, j’ai pris des photos de 135 espèces animales locales et certaines années, j’ai photographié jusqu’à 400 espèces de plantes toutes rigoureusement identifiées. Je considère ça comme un legs précieux.»

Derrière une passion peu commune pour l’image, se dissimule un grand défenseur de la nature. À travers des dizaines de bouquins publiés aux Éditions de l’Homme comme aux Éditions Broquet mais aussi grâce à sa collaboration dans l’élaboration de panneaux d’interprétation dans plusieurs parcs dont le Parc national de la Mauricie, Michel Sokolyk croit faire oeuvre utile. «Je dis que je suis un semeur dans la mesure où , par mes images, en mettant la nature au premier plan, je sensibilise les gens à la flore et à la faune et à la nécessité de protéger ces habitats magnifiques.»

«L’honneur a ce curieux pouvoir de nous rendre humble, poursuit-il. Je réalise que j’ai simplement contribué à ma modeste façon à faire découvrir et explorer la flore et la faune. La médaille m’a notamment été remise en reconnaissance de mon travail bénévole et je trouve ça intéressant. Comme quoi il y a bien des façons de faire du bénévolat et le mien ne se fait pas à travers des organismes mais par des milliers d’heures passées dans la nature à tenter de la capter correctement. De plus, j’ai prononcé beaucoup de conférences dans les écoles et dans des bibliothèques publiques.»

Comme pour marquer ce qui pourrait avoir été une prédestination, M. Sokolyk indique que son nom, d’origine ukrainienne, signifie «petit faucon». Plus significative encore, il raconte cette anecdote qui offre une jolie perspective sur sa passion. «Jeune, on m’avait prêté une arme pour chasser la gélinotte huppée, ce que j’ai fait mais je me suis alors promis que plus jamais je n’abattrais un animal de ma vie. Depuis, j’ai pourtant continué d’aller à la chasse mais aux images. Ce qui, je me dois de le dire, est beaucoup plus difficile que la chasse à l’arme. Traîner sur soi des kilos d’équipement délicat en totale discrétion pour capturer parfaitement l’image d’un moment unique qui ne dure souvent qu’une fraction de seconde, c’est un peu comme réaliser à chaque fois un petit miracle.»