La directrice générale du Salon du livre de Trois-Rivières Julie Brosseau tient l’affiche de la toute première édition du Salon, il y a trente ans, devant celle qui illustre l’édition 2018.

Le petit Salon est devenu grand

TROIS-RIVIÈRES — En trente ans, le Salon du livre de Trois-Rivières a forcément changé. Il a grandi, a modifié son apparence, pris de l’assurance et une personnalité bien à lui. Il est passé de la prime enfance à l’âge adulte en confirmant sans cesse sa pertinence.

La directrice générale actuelle, Julie Brosseau, n’a présidé aux destinées de l’événement que pour la moitié de son existence. Elle n’en a pas moins assisté à une transformation spectaculaire. «À ma première année, en 2005, nous avions une soixantaine d’animations, 52 stands et 100 auteurs qui participaient au Salon, calcule-t-elle. Cette année, c’est 300 auteurs, 111 stands et 180 animations différentes!»

Dans les bureaux du comité organisateur, elle se souvient du fax, outil essentiel qui roulait à plein régime. «Même en termes de technologies et de communication, les choses ont changé du tout au tout. Notre mode de fonctionnement n’a pratiquement plus rien à voir avec ce que ça a déjà été. Très souvent, c’est par courrier traditionnel qu’on entrait en contact avec les éditeurs, les agents, les écrivains. Le temps qu’ils prennent connaissance de notre lettre, qu’ils nous répondent, que nous confirmions, ça pouvait prendre des semaines. Aujourd’hui, tout peut se régler en une heure au cellulaire. C’est une des raisons pour lesquelles il y a eu une telle explosion des activités: on est aujourd’hui capables de monter tout ça même en étant une équipe plutôt réduite, ce qui n’aurait été impossible il y a quinze ans.»

L’évolution du SLTR fait en sorte que pour ce trentième anniversaire, il accueille un président d’honneur français, une première dans l’histoire de l’événement. Depuis 2003, alors qu’on a instauré une présidence d’honneur systématique, tous les heureux élus étaient québécois et trois d’entre eux venaient même de la Mauricie et du Centre-du-Québec: Louise

Lacoursière, Louis Caron et Bryan Perro.

Le Nicolétain Louis Caron l’a été en 2003. Il se souvient toujours très bien de cet honneur qui a marqué sa carrière pourtant riche en reconnaissances de toutes sortes. «Je me souviens qu’à cette époque, après avoir connu des hauts et des bas, je remontais la pente pour redevenir l’écrivain que j’étais supposé être depuis toujours, déclarait-il cette semaine au Nouvelliste avec sa franchise habituelle. Cet honneur qu’on me faisait m’a donné un élan pour repartir vers l’avant. Cela a carrément été un tournant dans ma carrière.»

Louis Lacoursière

«Je ne dirai pas que je suis devenu meilleur écrivain parce que ce n’est pas à moi d’en juger, mais je dirai que je suis devenu plus écrivain. Dans une première phase de ma vie, je m’étais laissé emporter par l’enthousiasme sans élaborer de stratégie de carrière. À l’époque où on m’a demandé d’être président d’honneur, j’ai pris des orientations qui m’ont permis de bâtir quelque chose de durable. Je commençais à être rassuré quant à l’orientation de ma carrière.»

Bryan Perro

Lui comme les autres ex-présidents d’honneur consultés conviennent que le Salon trifluvien n’est pas un des plus gros, mais il n’en est pas moins très important. «Que ce soit les gens de ma communauté qui m’aient reconnu en tant qu’écrivain, ç’a été un honneur très particulier, dit Bryan Perro, président d’honneur en 2008. J’ai occupé la même fonction au Salon de l’Outaouais et été invité d’honneur à celui de Montréal et c’était l’fun dans les deux cas, mais ça n’avait pas cette saveur particulière d’être honoré par les tiens. Je me souviens que ç’a été très stimulant.»

Indispensable
«Évidemment, ce n’est pas un très grand salon comme à Lisbonne ou encore à Francfort, le plus gros du monde, poursuit-il, mais le Salon de Trois-Rivières est majeur dans la région. Il est probablement beaucoup plus pertinent par son influence dans son milieu que ne l’est celui de Francfort avec sa dimension gigantesque. Parce que cet impact est direct. Je ne manque jamais le Salon de Trois-Rivières alors que j’en manque d’autres, plus gros, ailleurs. Pour moi, il est indispensable.»

Louis Caron

Indispensable. Louise Lacoursière, présidente d’honneur en 2005 n’utilisa pas ce mot en entrevue, mais elle aurait pu. «Quand Stella Montreuil m’a appelée pour m’annoncer qu’on m’avait choisie comme présidente d’honneur, je n’en revenais pas, raconte-t-elle. J’étais vraiment comblée. Pour moi, le Salon est extrêmement précieux: c’est toujours un moment privilégié dans mon année d’écrivaine. L’écriture, la recherche, c’est très souvent du travail solitaire. Moi qui adore la rencontre avec les gens, ça me fait énormément de bien.»

«À Trois-Rivières, il y a une proximité avec le public qui me fait toujours chaud au coeur. Je pense notamment à des gens de La Tuque qui viennent me voir à chaque année et ça me fait tellement plaisir de les revoir. Je n’aurais probablement pas d’autres occasions pour les rencontrer. Le Salon, pour moi, c’est un moment béni.»

«Dans les moments tranquilles lors des séances de signature, j’en profite pour discuter avec d’autres auteurs aux alentours. Ça aussi, c’est riche. À chaque année, je pars avec ma liste des gens du milieu que je veux rencontrer et je fais le tour. Ne serait-ce que pour les saluer.»

«Je m’en veux lors des éditions où je ne passe pas beaucoup de temps au Salon du livre de Trois-Rivières, admet Louis Caron. À cause de la qualité des activités présentées, bien sûr, mais ça ne me déplaît pas non plus de me retrouver auprès d’amis pour jaser. Ça aussi, c’est une stimulation non négligeable. Le Salon est l’occasion de me nourrir et quand j’écris, je dépense le carburant que j’y accumule.»

«La rencontre avec les lecteurs est aussi quelque chose d’extraordinaire. S’ils me lisent et qu’ils apprécient, c’est que nous avons une certaine vision du monde en commun. Il arrive même que des lecteurs nous révèlent des choses de nous-mêmes. Certains perçoivent derrière un paragraphe ou une phrase quelque chose que je n’avais même pas soupçonné y avoir mis; c’est quelque chose de carrément bouleversant. Ça me touche au fond de l’âme. C’est la plus grande vitamine que je connaisse.»

Pertinent
C’est beau les honneurs, les rencontres, mais ils prendraient un tout autre sens s’ils ne se faisaient pas dans le cadre d’un événement qui les transcende. «Je vois évoluer le Salon, dit Bryan Perro à ce propos, et je constate qu’il est de plus en plus animé, plus varié parce qu’il est pertinent. Je sens que l’événement est profondément ancré dans sa communauté et que ses racines sont fortes parce qu’il est nécessaire. Dans le région, j’estime qu’on a des enjeux de misère intellectuelle qui engendre la pauvreté matérielle. Le remède à ça, c’est l’éducation et la culture. À ce titre, le Salon a un rôle essentiel. Je constate un changement de mentalité dans les milieux populaires par rapport à l’éducation. Il y a une prise de conscience à l’effet que c’est ça qui va changer le monde. La promotion de la lecture y contribue grandement.»

Louise Lacoursière s’est pratiquement faite une habitude de participer à des causeries avec des groupes en alphabétisation. «J’adore ça parce que les gens sont tellement motivés. Je me dis que si je peux contribuer un tant soit peu à donner à ces gens le goût de la lecture, ça peut faire une vraie différence dans leur vie. Je constate aussi qu’en grandissant, le Salon accueille toujours de plus en plus d’enfants à qui on fait la lecture. Je trouve ça magnifique. Il ne fait pas de doute dans mon esprit que le Salon répond à un profond besoin.»

Le monde de la littérature a évidemment changé au cours des dernières années, Louis Caron le constate. «J’arrive tout juste de donner une conférence devant un groupe d’élèves de sixième année. Quand j’ai posé la question, sur 20 élèves, seulement 2 m’ont dit avoir des livres à la maison. Les autres étaient tournés vers le numérique. Devant la concurrence des images, il faut cultiver la lecture auprès des jeunes et le Salon est, à ce titre, essentiel. Je constate avec grand plaisir que la littérature maintient mieux sa place que ce que certains prédisaient il y a quelques années. Il faut croire que ça fait partie des choses dont on ne peut pas se passer et ça me réjouit profondément.»

Le salon du livre en bref

L’Épilogue

Les rénovations ayant fait disparaître momentanément le bar de l’hôtel Delta et l’entente avec le Salon du livre impliquant qu’il devait y avoir un bar accessible, la direction de l’hôtel en a créé un de toutes pièces le temps du Salon. Le bar L’Épilogue est situé au rez-de-chaussée et baigne dans l’atmosphère relaxante et bleutée d’un décor épuré et de bon goût.

Biz et l’UQTR

Le rappeur et écrivain Biz, écrivain en résidence de la 30e édition du Salon, a un lien étroit avec Trois-Rivières. Il a étudié pendant cinq ans à l’UQTR y complétant un baccalauréat en récréologie en plus d’y entamer une maîtrise qu’il n’a jamais complétée, supplantée qu’elle a été par sa carrière de rappeur. Même que la création de Loco Locass s’est faite à Trois-Rivières et la toute première prestation du groupe a eu lieu au café bar Zénob. Biz a ainsi résumé son rapport à notre ville: «Trois-Rivières, c’est mon utérus intellectuel.»

Médium Large

La diffusion de l’émission Médium Large de ICI Radio-Canada Première a connu un gros succès vendredi matin. L’Espace Radio-Canada était bondé dès le début et plusieurs ont dû se résoudre à assister à l’émission debout. Certes, l’Espace Radio-Canada est plus petit que l’an dernier, mais on aurait sans aucun doute rempli l’ancien à pleine capacité.

L’entrepreneuriat local

Joli clin d’oeil offert par les recherchistes de l’émission Médium Large qui ont donné un écho aux propos d’Alexandre Jardin qui prône les initiatives locales comme moteur de développement en invitant deux entrepreneures trifluviennes. Nancy Samson, de la chocolaterie Samson et Suzanne Marcotte, fondatrice des cafés Morgane, ont magnifiquement illustré le succès économique de pareille approche même face à la concurrence de géants dans leur secteur d’activité.

La chute de Sparte au cinéma

Parlant de Biz, son livre La chute de Sparte sera porté à l’écran et devrait sortir en juin. Biz a lui-même travaillé à l’adaptation de son bouquin pour le grand écran et Tristan Dubois a réalisé le film.

Prix Thérèse Denoncourt

Le lancement des prix littéraires Thérèse-Denoncourt chapeautés par la Société d’études et de conférences de la Mauricie/Centre-du-Québec avait lieu vendredi dans le cadre du Salon du livre. La date limite pour la réception des textes de nouvelle, de récit ou de poésie est le 1er août. On n’accepte que des textes inédits de 1200 et 1800 mots en prose et de 10 à 15 pages en poésie. On remettra 2 000 $ en bourses aux gagnants. On peut envoyer par la poste son texte à la Société d’étude et de conférences Mauricie/Centre-du-Québec, 1425 Place de l’Hôtel-de-ville, C.P. 368, Trois-Rivières. G9A 5G4 ou par courriel au prixlitteraires.sec@gmail.com. On peut consulter les règlements complets au www.secmauriciecentreduquebec.org.

Alain Deneault

Le philosophe Alain Deneault a beaucoup impressionné lors de son intervention à Médium Large. L’homme d’une rigueur intellectuelle et d’une éloquence rare offre un point de vue fascinant sur les compagnies multinationales qui ont fait l’objet de certaines de ses recherches et du bouquin De quoi Total est-elle la somme? Il sera en rencontre croisée avec Jean-Martin Aussant sous le thème de Que fait-il faire devant la souveraineté des multinationales? samedi à 15 h 30 au Bistro littéraire Télé-Québec. Ça s’annonce fascinant. 

Les affiches

L’entrée du centre des congrès de l’hôtel Delta offre aux visiteurs un regard sur l’évolution des affiches du Salon du livre au cours des années. On y trouve une quinzaine d’oeuvres dont la toute première datant de 1989 et plusieurs autres qui ont marqué l’événement. Elles sont exposées sur le mur à droite.