Manon Carrier et Philippe Champagne s’offrent un duo humoristique irrésistible en première partie de la comédie musicale Anything Goes que présentent les Productions de la 42e Rue jusqu’au 22 juillet.

Le parfait rafraîchissement estival

TROIS-RIVIÈRES — Avec Anything Goes, les Productions de la 42e Rue ont peut-être abordé leur plus gros défi à ce jour. Il ne faut pas se laisser berner par le côté léger et rafraîchissant de cette grosse crème glacée estivale, c’était tout un défi à relever et la bande de marins d’eau douce de la troupe s’en tire plutôt bien.

La difficulté la plus évidente est que les comédiens doivent jouer au moins autant qu’ils ne chantent. Davantage, même. Pire, ils doivent jouer une comédie à la Feydeau avec son côté suranné, ses quiproquos, ses codes, ses conventions et ça, ce n’est pas de la tarte. Or, la première des deux parties de la pièce est un peu laborieuse. C’est d’ailleurs celle où on chante le moins. À la première de vendredi, ça manquait encore de rythme et, surtout, de fluidité. Ce genre de pièces aux situations qui ne résistent pas à l’analyse ne doit pas laisser le temps au spectateur de trop réfléchir. Il doit être emporté par le courant comique et ne plus se poser de question. On n’y est pas arrivé tout à fait vendredi.

Les choses se sont mises à rouler plus rapidement et plus efficacement dans la seconde portion de cette comédie musicale d’une durée globale de 135 minutes. Dès que le chant a pris plus de place.

Les numéros musicaux sont assez solides et ce sont probablement les quatre numéros d’ensemble qui sont les meilleurs. Le Chante Gabriel Chante, deuxième numéro de la seconde partie, en est l’exemple type. Les chœurs sont riches, les solistes sont meilleurs quand ils sont bien appuyés, les chorégraphies sont serrées et très bien menées. On pourrait pratiquement dire la même chose de tous les numéros où tout le monde est sollicité.

Cela dit, il m’a semblé qu’il ne manque à cette version française d’un classique de Broadway qu’un peu de millage. La pièce est agréable et a tous les atouts pour plaire. Elle est drôle, légère, habilement mise en scène et menée par des interprètes qui font du bon travail. À ce titre, d’ailleurs, il faut retenir Anthonny Leclerc, toujours brillant. Il chante aussi bien qu’il joue, toujours habité par les codes du genre.

Manon Carrier est Reno, personnage central de cette comédie. On dirait que le rôle a été fait pour elle. Elle mène le tout avec conviction et aplomb. Philippe Champagne est le clown de service et c’est à lui que reviennent les meilleures répliques et gags de la soirée. Avec Manon Carrier, ils chantent Friendship un excellent duo humoristique où leurs deux voix se marient à la perfection. Parlant de duos, Roxanne et Anthonny Leclerc trahissent leurs liens de sang dans deux duos, It’s De-Lovely et surtout All Through the Night où ils sont particulièrement justes.

Dans un rôle secondaire, Marie-France Masson est une révélation en Erma, une femme de petite vertu vulgaire mais très rigolote. Autre mention pour le quatuor des choristes de Reno qui donnent un sens à leurs absurdes rôles de soutien. Elles donnent très habilement le ton à cette pièce qui ne se prend vraiment pas au sérieux.

Elle offre d’ailleurs d’excellents moments de pur plaisir comme ce numéro complètement éclaté de Jean-Simon Bouliane qui, sans crier gare, fait sortir chez son Lord anglais insignifiant une passion insoupçonnée. C’est très drôle et le numéro est franchement réjouissant.

Il faut absolument parler de la scénographie de cette pièce qui est un morceau de bravoure en soi. Le décor de base représentant un paquebot est particulièrement impressionnant et réussi et la façon qu’on a d’intégrer l’intérieur des cabines est aussi très habile. Toute la direction artistique est exceptionnelle.

Si le titre de la comédie musicale ne vous est pas familier, vous ne pourrez pas ne pas reconnaître certaines des pièces de Cole Porter qu’on y chante, que vous en connaissiez ou pas les titres. Plusieurs airs vous restent dans la tête après une seule écoute.

Les Productions de la 42e Rue ont atteint un statut enviable avec les années mais ses artisans démontrent qu’ils ont encore la flamme et qu’ils carburent aux défis tout en demeurant préoccupés d’offrir au public fidèle un bon divertissement. C’est ce qu’ils offrent ici et chacune des cinq représentations au programme devrait être meilleure que la précédente. Même que c’est le genre de production qui pourrait demeurer à l’affiche plus longtemps encore et qui y gagnerait constamment.