C’est dans le plaisir et la complicité que treize artistes rendaient hommage à Pauline Julien dans La renarde, sur les traces de Pauline Julien qu’on présentait dimanche soir à la salle Thompson. On reconnaît ici, de gauche à droite, Ines Talbi, Émilie Bibeau, Sophie Cadieux et Isabelle Blais.

Le legs de Pauline Julien

Trois-Rivières — La moyenne d’âge du public était élevée dimanche soir à la salle Thompson mais l’hommage rendu à Pauline Julien dans La renarde, sur les traces de Pauline Julien était résolument actuel, jeune et bougrement réussi.

Ines Talbi, metteure en scène et idéatrice, n’a jamais exploré la nostalgie mais bien plutôt la notion d’héritage laissé par Pauline Julien en se donnant la mort il y a un peu plus de 20 ans. Un héritage en vingt-deux chansons de différents styles témoignant des diverses facettes de l’artiste.

Artiste et femme puisque c’est un spectacle essentiellement féminin qu’on a présenté devant quelque 475 spectateurs. Par la présence de treize interprètes féminines sur scène, évidemment, mais aussi par la nature de l’évidente complicité unissant ces femmes. Malgré la différence d’âge entre Fanny Bloom et France Castel ou Louise Latraverse, par exemple, une différence gommée par le respect de toutes envers une femme d’une génération précédente encore présente par l’actualité de ses passions et de ses luttes. Comment ne pas être troublé par Mommy à l’heure où la langue française recule encore à Montréal? Comment ne pas sentir la pertinence d’Une sorcière comme les autres dans le sursaut de la lutte féministe?

On n’a pas misé sur la facilité de la nostalgie, disions-nous. Le spectacle est moderne, varié, riche et remarquablement mis en scène. Sans prétention mais avec énormément de doigté. De petites touches intelligentes et inspirées pour chaque numéro qui donnent à chaque chanson et chaque texte sa personnalité sans lourdeur. Dans la légèreté, même, à l’occasion. Eh oui, Pauline Julien avait aussi de la légèreté. Prenons La grenouille, de Raymond Lévesque rendue avec beaucoup d’entrain par Sophie Cadieux et Émilie Bibeau dans une mise en scène simple mais efficace et résolument sympathique.

À ce point-ci, il conviendrait peut-être de présenter les interprètes, n’est-ce pas? On retrouvait Erika Angell, Émilie Bibeau, Isabelle Blais, Fanny Bloom, Sophie Cadieux, France Castel, Frannie Holder, Louise Latraverse, Amélie Mandeville, Queen Ka, Ines Talbi avec Virginie Reid et Laurie Torres comme accompagnatrices musiciennes.

Toutes les interprètes sont demeurées sur la scène pour la centaine de minutes de durée du spectacle. Malgré la succession des solos, la présence de toutes semblait justifiée dans ce spectacle choral. Ce n’est qu’un des nombreux éléments particulièrement judicieux dans cette brillante, et pourtant sobre, mise en scène.

Outre les chansons, des extraits de la correspondance entre Pauline Julien et Gérald Godin ont été lus dans un concept quand même dynamique qui n’a nullement freiné le spectacle. Les textes supplémentaires qu’on doit aussi à Ines Talbi et qui sont venus ponctuer La renarde... étaient judicieux, jolis et justes.

Toutes les chansons ont été revues en profondeur dans leurs arrangements pour ces reprises. Or, ils me sont apparus meilleurs encore sur scène que sur l’album de ce spectacle lancé il y a peu. Présenter Est-ce ainsi que les hommes vivent? en rap ne manquait pas d’audace mais s’est avéré parfaitement juste dans un arrangement musical actuel tout aussi pertinent.

On a aussi su respecter la douceur de certains classiques comme La Manic, Suzanne, offerte en français par l’anglophone Erika Angell, ou L’âme à la tendresse.

Me permet-on de petits bémols? Je suis peut-être trop conservateur mais j’ai été déçu par l’interprétation d’Une sorcière comme les autres par Fanny Bloom. Cette chanson, une des plus belles qu’on puisse imaginer, on devrait la laisser parler par elle-même, sans lui ajouter d’émotion. Une interprétation appuyée risque de s’imposer entre l’émotion véhiculée par la chanson et l’auditeur. Je suis également dubitatif quant à l’interprétation du texte des Gens de mon pays par Queen Ka. Ce n’est pas l’idée de réciter le texte qui m’a dérangé, bien au contraire, mais je n’ai pas compris les intentions données au texte, pourtant clair.

Ces petites lacunes mises à part, il s’agit là d’un excellent spectacle, un coup de cœur bien senti et admirablement mis en scène.