Après des arrêts aux festival de Sundance et de Clermont-Ferrand, notamment, le cinéaste trifluvien Alexandre Dostie présentera son tout dernier court métrage, Je finirai en prison, en ouverture du festival Regard, à Saguenay, la semaine prochaine.
Après des arrêts aux festival de Sundance et de Clermont-Ferrand, notamment, le cinéaste trifluvien Alexandre Dostie présentera son tout dernier court métrage, Je finirai en prison, en ouverture du festival Regard, à Saguenay, la semaine prochaine.

Le grand tour du monde d'Alexandre Dostie

TROIS-RIVIÈRES — Si le nom d’Alexandre Dostie ne vous est pas familier, cette lacune devrait se combler d’elle-même au cours des prochains mois. Le cinéaste promène présentement son tout dernier court métrage, «Je finirai en prison», dans de multiples événements à travers le monde et quatre prix ont jusqu’ici émaillé ce parcours.

Rejoint au téléphone mardi, Dostie quittait d’ailleurs le lendemain pour la Finlande, histoire de présenter son œuvre au Festival du film de Tampere avant de revenir au Québec pour la projection de son dernier-né au festival Regard du Saguenay où il aura l’honneur d’être présenté en ouverture de la compétition officielle le 12 mars.

«Jusqu’ici, mon plus grand moment a sans doute été ma participation au Festival de Sundance, un rendez-vous très important et prestigieux, de commenter le réalisateur et scénariste. Il y a aussi le festival de Clermont-Ferrand où je suis allé et qui est majeur. Le film a été présenté dans 17 festivals à l’international mais globalement, j’estime qu’on n’en est qu’au tiers de la tournée. Pour ce qui est du marché canadien, je dirais que 80 % de son parcours a été réalisé.»

Le festival saguenéen a ceci de particulier que le film auréolé du Grand Prix le mettrait sur une longue liste de films en candidature pour une éventuelle course aux Oscars. C’est aussi le cas pour le festival de Tampere. Ce n’est cependant pas un objectif dans la tête du cinéaste. «C’est sûr que ça donne une extraordinaire visibilité. On l’a vu cette année alors qu’un film distribué par Travelling (une boîte trifluvienne), était en nomination pour l’Oscar du meilleur court métrage. Par contre, et je le dis sans prétention, j’estime que les choix faits aux Oscars ne témoignent pas toujours de la vraie qualité du film. Il y a beaucoup de stratégies en coulisses. Le film qui a remporté le titre cette année était infiniment moins bon à mes yeux que Brotherhood, le film québécois.»

«Pour moi, de poursuivre Dostie, la récompense ultime, c’est ce qui arrive présentement à Je finirai en prison: être présenté dans de nombreux festivals prestigieux à travers le monde et être vu par le plus de monde possible.»

Le cinéaste avait déjà connu ce genre de succès avec son film précédent, Mutants, qui avait notamment remporté le prix du meilleur court métrage au Canadian Screen Award de même qu’au Gala québécois Iris en 2017 en plus d’avoir été présenté dans quelque 115 festivals autour de la planète.

Alexandre Dostie soutient pourtant que Je finirai en prison est son œuvre la plus achevée. «C’est pas mal ce qui ressort des commentaires de ceux qui ont suivi mon parcours. J’ai vraiment tout donné pour ce film-là. Dès l’écriture, j’avais envie de mettre la barre plus haute, d’explorer des procédés que je n’avais pas exploités jusqu’ici. Mutants, c’était beaucoup filmé avec caméra à l’épaule, ce qui donne de la latitude pour changer des choses au tournage. Là, je voulais des cadrages plus étudiés, des jeux de lentilles plus variés, etc. Ce souci d’une écriture plus sophistiquée fait que c’est un film plus élaboré que le précédent.»

«C’est vrai que le cinéma est un art de compromis mais je n’aime pas beaucoup les compromis si bien que le film est vraiment proche de ma vision initiale. J’ai écrit 23 versions du scénario sur une période d’un an, j’ai été en préparation pendant deux ans, alors je me suis donné les moyens pour rester fidèle à ma vision.» Il a dû tourner la vingtaine de minutes du film en sept jours, ce qui est déjà beaucoup pour un court métrage et dans des conditions hivernales difficiles. «On s’est contenté de trois ou quatre prises par plan, ce qui est peu, mais c’est là que tout le travail en amont a payé.»

Déjà poète et musicien, on se demande pourquoi il ajoute le cinéma à son arsenal . «Je pense que j’aime le défi, répond-il après réflexion. C’est certainement le truc qui présente pour moi le plus gros défi. La réalisation d’un film, c’est toujours un long processus qui te change comme artiste mais aussi comme être humain. C’est super confrontant et à chaque fois, j’ai eu l’impression d’en sortir différent.»

«C’est vrai que je n’ai fait que deux films, mais à chaque fois, je l’ai abordé comme si ça devait être la dernière. On n’est jamais à l’abri d’un échec.»

Voilà notamment pourquoi il tient tant à ce que Je finirai en prison trouve son public à travers le plus d’événements possible.

«Le festival Regard, par exemple, est un de mes préférés. Il est très couru et on a l’honneur cette année d’être projeté en ouverture dans la grande salle devant quelque chose comme 800 personnes. C’est un beau jury, le palmarès est relevé, si on y reportait un prix, ça aiderait beaucoup la carrière du film. Pareil pour Tampere. En même temps, je ne veux rien dévaloriser mais le choix d’un jury, c’est celui, subjectif, de trois ou quatre personnes. L’essentiel, c’est encore que le film trouve son propre public.»