La tragédie classique s’invite dans la programmation du TGP alors qu’on présentera Phèdre, de Racine, pour les deux prochaines semaines à la salle Louis-Philippe-Poisson de la Maison de la culture.

Le défi Phèdre

TROIS-RIVIÈRES — On se tourne vers Racine et la tragédie classique pour la troisième production de la saison du TGP avec Phèdre, de Racine, qui sera présentée les 13, 14, 15, 16, 20, 21 et 22 février à la salle Louis-Philippe-Poisson de la Maison de la culture.

Mylène Renaud assurera l’interprétation du personnage principal en même temps qu’elle assumera un tiers de la mise en scène dont la tâche reposera également sur les épaules de Marie-Andrée Leduc et Marie-Hélène Rheault. C’est une première incursion pour le Théâtre des Gens de la Place dans le créneau de la tragédie classique en alexandrins. Pourquoi pareil défi? «Parce que c’est un auteur fascinant offert dans une langue magnifiquement écrite, répond Mylène Renaud. Ça nous transporte dans un univers complètement différent de ce à quoi nous sommes habitués, nous, les interprètes, comme les spectateurs. Ce sont des textes qui sont peu joués, malheureusement, et c’est un trip qu’on avait vraiment envie de se payer au TGP.»

«Moi, personnellement, je vais au théâtre pour me sortir du quotidien, vivre des émotions intenses et c’est tout à fait ce qu’offre la tragédie classique.» L’initiatrice du projet n’est pas sans savoir qu’il s’agit d’un défi multiple dont la juste livraison du texte n’est pas le moindre. «On a déjà présenté Cyrano, également en alexandrins, mais dans une langue moins littéraire. Pour relever ce défi, on a commencé le boulot en juillet dernier, sachant que ce serait du travail de longue haleine pour s’approprier le texte et bien le rendre.»

«Dès les auditions, on a choisi nos comédiens en s’assurant de dénicher des gens capables de bien livrer les alexandrins. On pensait que ce serait un très gros défi de trouver des interprètes en mesure de le faire mais on a été étonnés de nos trouvailles. Il y a des jeunes qui se sont vraiment démarqués et qui n’en seront qu’à leur première expérience au TGP. Ils se joignent à des vétérans aguerris. On avait une belle matière brute, disons. Dès juillet, on s’est concentré à bien découper les alexandrins et on a beaucoup axé le travail sur la technique pendant tout l’automne avant de peaufiner l’interprétation par la suite.»

Outre Mylène Renaud, la distribution compte Camil Bergeron, Michèle Leblanc, Lynda Leblond, Ève Lisée, Myriam Lortie, Luc Martel et Thomas Beaucage.

Il serait naïf de croire que le grand public va sauter sur la proposition avec un enthousiasme aveugle. La tragédie classique peut faire peur à plusieurs. «On sait que ça a l’air moins accessible mais en même temps, la tragédie sous cette forme-là, ce sont de puissantes émotions brutes, explique la cometteure en scène. Il suffit de se laisser transporter par la musique des mots alors que la compréhension de l’histoire peut être davantage intuitive. On peut aborder la tragédie en s’intéressant à l’intelligence du texte mais on peut aussi l’appréhender par l’affectif en priorité sur l’intellect. Même si on ne comprend pas les subtilités de l’histoire ou du texte, on peut très bien saisir l’essentiel en se laissant toucher par l’émotion.»

Les metteures en scène ont compris qu’il serait judicieux de donner d’emblée quelques indications aux spectateurs: Marie-Hélène Rheault a écrit un prologue en prose qui raconte l’histoire avant même le début de la pièce. «Ça reste une histoire assez simple, sans trop de rebondissements. C’est basé sur la mythologie grecque qui est faite d’histoires essentiellement bien connues. De connaître d’emblée la trame n’enlève rien au pouvoir dramatique de la pièce. L’intérêt premier réside davantage dans la beauté de l’émotion, comment elle est vécue par les personnages et dans la façon qu’on a de la véhiculer.»

Les thèmes de Phèdre sont de tout temps et de toutes les cultures: l’amour interdit, le pouvoir des conventions sociales, le regard de l’autre, comment on peut vivre des sentiments contradictoires devant une situation, qu’est-ce qui est acceptable, qu’est-ce qui ne l’est pas? Preuve peut-être que les enjeux de la pièce sont clairs et aisément identifiables, Mylène Renaud affirme qu’il a été facile de relever le défi d’une mise en scène à trois. «Marie-Hélène et Marie-Andrée sont des passionnées de théâtre qui ont une profonde compréhension de ce que sont les tragédies et elles ont partagé la même envie que moi de se lancer là-dedans. On a pu confronter nos idées d’un bout à l’autre du processus pour enrichir notre vision mais à la base, nous voyions les choses de la même façon. On s’entendait toutes pour y voir une histoire très chargée émotivement et ça explique le choix de la salle Louis-Philippe-Poisson où on n’aura pas à jouer gros pour que l’émotion atteigne les spectateurs.»

Sept représentations d’une durée d’environ une heure et quarante-cinq minutes sont au programme. Les 13, 14, 15, 20, 21 et 22 février, la pièce sera présentée à 20 h. Le dimanche 16 février, ce sera à 14 h. On peut se procurer les billets par l’intermédiaire de la billetterie de la salle Thompson.