Les artistes s’affairent à maîtriser leur maquillage en vue du spectacle Juste une p’tite nuite.

Le décompte est amorcé

TROIS-RIVIÈRES — À 14 jours de la première de Juste une p’tite nuite, l’hommage aux Colocs qui sera présenté à l’Amphithéâtre Cogeco, le site fourmille d’activité. Une semaine après être débarquée à Trois-Rivières, l’équipe du Cirque du Soleil a pris le contrôle des lieux, occupant chaque recoin de l’imposant édifice. Nul doute que le nombre de jours est inversement proportionnel à la fébrilité des artistes qui répètent sans relâche en vue du grand jour. Cette excitation était d’ailleurs palpable lors de la visite des coulisses à laquelle les représentants de la presse étaient conviés mardi matin.

Une visite qui a permis de constater le travail immense que représente une telle production à tous les points de vue, bien qu’on n’en doutait point.

Tout d’abord, la musique, l’héritage principal des Colocs.

La base musicale est l’affaire de Jean-Phi Goncalves, le directeur musical et des arrangements, qui a rencontré la presse dans son minuscule bureau dans lequel il finalise le travail magistral qu’il a fait avec les trames originales des Colocs. Bien que quelques extraits se soient déjà faufilés jusqu’aux oreilles du public, la tâche est loin d’être terminée pour le musicien, réalisateur et compositeur qui doit apporter quelques ajustements pour s’assurer d’un mariage parfait entre le son et la performance. «Tout ce qui se passe avant d’entrer en salle, c’est de la théorie. Là, c’est de la pratique. Il y a plein de choses qui vont bouger. Il y a des morceaux qui seront plus longs ou plus courts. Certains morceaux de tableau demandent des gros changements d’appareils acrobatiques, alors il faut trouver une solution pour meubler ça, aussi bien physiquement que du côté sonore. Il y a aussi un travail de mixage à faire parce que la salle réagit différemment d’un studio», expose Jean-Phi Goncalves qui a eu le bonheur de partir des bandes originales pour créer cette trame musicale. Une richesse pour l’arrangeur qui y a fait de surprenantes découvertes. «Quand j’ai reçu la musique originale de Juste une p’tite nuite, il y avait trois takes différentes et à la fin des trois takes, on sent Dédé pleurer. On ne l’entend pas sur l’album, mais quand on met la take solo, on le sent sangloter et refouler ses sanglots. C’était un moment très touchant. C’est quelque chose qu’on n’entendra jamais dans le mélange de toutes les trames.»

Dans le local juste à côté, les artistes du spectacle travaillent leur maquillage. Les six filles qui étaient présentes au moment du passage de la presse en étaient à leur troisième enseignement sur un total de cinq prévus pour maîtriser la transformation. À l’aide de pinceaux, brosses à dents et éponges, elles appliquent une variété de produits visant à reproduire une image qu’elles ont affichée dans le miroir devant elles. Florence Cornet, la conceptrice des maquillages, les regarde d’un œil bienveillant et n’hésite pas à leur prodiguer des conseils afin de les aider à arriver au résultat espéré, car le soir du spectacle, elles seront seules pour accomplir cette tâche. «Au début, ça peut leur prendre plus de deux heures et le but est d’arriver à moins d’une heure» pour la réalisation du maquillage, expose Florence Cornet.

Un peu plus loin au bout du couloir qui mène aux loges, le garage sert d’espace de répétition pour le percussionniste Jason Nious qui bat un rythme bien maîtrisé sur un seau, une poubelle en métal et deux tambours (floor tom) installés sur le plancher. Plusieurs artistes du spectacle l’entourent pour peaufiner un numéro de percussions sous le regard attentif de Jean-Phi Goncalves qui pousse chacun d’entre eux à livrer le meilleur d’eux-mêmes.

À l’étage au-dessus, dans un grand atelier rempli de vêtements et aux murs garnis de dessins, d’échantillons de tissu et d’une longue liste de choses à faire, Sébastien Dionne, concepteur de costumes, s’affaire en compagnie de Daisy Simard qui manie le découseur comme pas une. Leur air serein laisse croire que les affaires roulent rondement même si la première est dans deux semaines seulement. «On est rendu à l’étape des essayages. On a plusieurs prises d’essayages qui ont été faites avec différents artistes. On est à modifier et à faire des ajustements techniques, avant d’arriver à la grosse étape de création, c’est-à-dire la patine et la décoration des vêtements. En fait, il faut s’assurer que tous les vêtements sont bons pour les disciplines techniques et après on se lance dans la coloration. On est à mi-chemin dans la conception», explique Sébastien Dionne. «En essayage, on peut dire que ça fait au niveau des mesures, mais il faut essayer chaque numéro pour voir si, techniquement, il n’y a pas de danger qu’un morceau de costume se prenne dans l’appareil, par exemple.» Il estime à un mois et demi à temps plein le temps qu’il faut pour confectionner les quelque 150 costumes du spectacle et qu’après la levée du rideau de la première, son travail est terminé. Le lavage et les réparations sont laissés à l’équipe qui prendra grand soin des nombreuses pièces. D’ailleurs, à raison de quatre représentations par semaine, la lessive représente à elle seule une tâche considérable.

Sur la scène
Les loges et les différents locaux occupés par l’équipe du Cirque du Soleil sont climatisés, un contraste marquant quand on traverse la grande scène extérieure qui n’échappe pas à l’étouffante canicule qui enveloppe la région. Selon le metteur en scène Jean-Guy Legault, ça ne ralentit en rien le rythme de croisière. Échéance oblige. «On ne contrôle pas Mère Nature et tout l’été, même pendant les représentations, on va avoir à négocier avec ça. Oui, l’humidité joue, mais ça ne joue pas sur le moral», affirme Jean-Guy Legault. «C’est ça aussi les artistes de cirque, on est des saltimbanques qui s’adaptent dans n’importe quel cadre», ajoute Émilie Therrien, assistance au metteur en scène, conceptrice de la performance acrobatique et chorégraphe acrobatique. «C’est une équipe d’expérience solide, ils savent comment gérer ce genre d’événement-là», renchérit Legault.

Les répétitions se déroulent de 10 h à 23 h. Un rythme de travail soutenu qui doit être maintenu pour arriver à livrer un produit fini le 18 juillet. «On est sur le dernier droit. On est dans la finalisation, de mettre tout ça ensemble», expose le metteur en scène. «C’est une belle variété de numéros acrobatiques, je pense qu’on a encore essayé de repousser les limites avec des choses qu’on n’a pas eues encore à Trois-Rivières», précise Émilie Therrien. Le groupe de journalistes installé dans la salle a d’ailleurs eu un aperçu d’un numéro de lampe acrobatique, une discipline créée par un Québécois, Alexis Vigneault.

«C’est un peu la signature qu’on aime faire ici. Oui, on est dans l’univers du cirque, mais on est dans l’univers d’un groupe ou d’un artiste. Il faut plonger dans cet univers et ils ont chacun leur poésie et leur façon de l’amener et il faut respecter ça», illustre Jean-Guy Legault. «On peut dire que Dédé Fortin était le cœur et l’âme de ce band-là mais il y avait un côté très rassembleur et très non prétentieux. Très baveux, mais pas prétentieux. Il y a beaucoup de membres qui étaient des antimembres on pourrait dire, un peu comme des colocs dans un appartement.»

Des propos appuyés par son assistante. «Cette année, il y a beaucoup de numéros de groupe, on essaie vraiment d’aller dans l’esprit des Colocs.» Un esprit qui sera omniprésent du 18 juillet au 18 août au confluent de la rivière Saint-Maurice et du fleuve Saint-Laurent du mercredi au samedi.