Le danseur Jesse Matteau de Trois-Rivières.

Le danseur Jesse Matteau vit un rêve

TROIS-RIVIÈRES — Dimanche dernier, le Trifluvien Jesse Matteau et sa partenaire de danse Émilie Wilson ont pu faire la démonstration de leur talent en danse à l’occasion de leur passage à l’émission Révolution, à TVA. Le duo faisait partie des 90 danseurs ayant fait une préaudition, l’été dernier, pour prendre part à cette nouvelle émission.

«On est dans les 36 finalistes qui vont passer à la deuxième étape», se réjouit-il. Le duo de fusion, qui incorpore plusieurs styles comme le hip-hop et le contemporain, a réussi à séduire les juges.

Cette participation à Révolution, «c’est un rêve», assure Jesse sans hésitation. «Je me suis regardé, dimanche dernier, à la télé (l’émission a été préenregistrée l’été dernier) et on dirait que je ne croyais pas encore que je l’avais fait. D’habitude, ce sont les autres que tu regardes à la télé», fait-il valoir candidement.

«C’est une belle visibilité et les gens peuvent apprendre à nous connaître et nous aimer pour qui on est. C’est une énorme plate-forme. Il y a des millions de personnes qui regardent», se réjouit-il.

Le couple de danseurs a appris le soir même de son audition, l’été dernier, qu’il allait passer à l’étape suivante. Cette étape aussi a déjà été enregistrée, mais Jesse doit garder le secret du résultat jusqu’à la diffusion de cette seconde performance. «Vous allez devoir regarder pour le savoir», dit-il en riant.

Peu importe le résultat, Jesse demeure un mordu inconditionnel de la danse qui est aujourd’hui devenue sa profession, comme en témoigne la liste interminable de contrats qu’il a obtenus au fil des ans. Il s’est en effet produit sur scène, à la télévision, dans des publicités et dans divers événements corporatifs. Il figure aussi dans des vidéoclips de Joël Legendre, Sika, Brigitte Boisjoli, Isaac Basal et Matt Tremblay.

Il maîtrise les styles hip-hop, contemporain, dancehall, street-jazz / jazz-funk, waacking, new style, house, popping jazz, ballet et ballroom. Sa spécialité, c’est la contorsion.

C’est tout en douceur qu’il a commencé à explorer ce qui allait devenir la passion de sa vie. «Je n’avais pas l’impression de bûcher», raconte-t-il. Il a pourtant travaillé à perfectionner son art à New York et à Los Angeles, notamment.

Aujourd’hui, il danse et enseigne la danse, deux occupations qui sont devenues sa carrière. Le jeune homme de 25 ans est reconnaissant d’avoir eu des parents qui ont su le soutenir tout au long de ce cheminement atypique. Il faut dire qu’ils étaient tous deux des artistes dans l’âme. Son père travaille dans une usine, mais chante et sa mère danse.

Danser n’est pas à proprement dit le métier qui assure le plus, en théorie du moins, une entrée de pain et de beurre sur la table. Jesse raconte que ses parents auraient donc souhaité qu’il ait un plan B, juste au cas. Malgré tout, ils ont encouragé sa passion et aujourd’hui, «ils regrettent zéro de m’avoir supporté là-dedans», se réjouit-il.

Le danseur était de la distribution de Fame, récemment, au Théâtre Saint-Denis. La comédie musicale et lui, c’est une histoire d’amour naissante. Non content de se perfectionner en danse, Jesse étudie aussi le chant depuis trois ans, une corde de plus à son arc qui pourrait être éventuellement suivie du théâtre. Ce sont trois piliers sur lesquels il est intéressé à faire reposer sa carrière. Jesse lorgne en effet en direction de New York.

Jesse Matteau avait déjà 16 ans quand il a commencé à s’intéresser à la danse. «Ma mère dansait, mes sœurs dansaient et j’étais le seul qui ne dansait pas dans la maison. Ça me tentait, mais j’avais peur des stéréotypes», confie-t-il.

«On se faisait un peu insulter par les autres garçons quand on était un gars qui dansait. Ils disaient que c’était un sport pour les filles. J’ai commencé à danser et je me suis beaucoup fait écœurer au secondaire», raconte-t-il.

Malgré tout, Jesse n’a jamais renoncé. «Je me suis dit: je vais leur prouver, un jour, que je suis capable de me rendre loin. Aujourd’hui aucune de ces personnes n’ose me féliciter. J’ai l’impression qu’elles l’ont peut-être dans les dents, mais moi, je suis vraiment fier du chemin que j’ai fait», dit-il.

«Ça n’a pas toujours été facile. J’aurais pu abandonner à plusieurs reprises. J’ai subi beaucoup d’intimidation, mais après le secondaire, ça s’est estompé. Je me suis entouré de gens qui étaient beaucoup plus artistiques.»

Jesse estime que ce sont les gens avec qui il dansait qui lui ont permis de traverser ce passage difficile. «J’ai pris un méchant coup sur le plan émotif. C’est un temps où tu te renfermes sur toi-même, où tu te sous-estimes un peu, mais j’étais entouré de bons amis et ma famille m’a vraiment aidé», dit-il.

«Une chance que j’ai changé mon entourage», résume-t-il, «parce que parfois, c’est un peu poison, ce qui t’entoure.»

Le pire, dans tout ça, c’est que Jesse, à ce moment-là, ne croyait pas faire de sa passion une carrière, «mais je croyais en la danse parce que la danse m’aidait quelque part. Quand je dansais, je sentais que l’intimidation que je subissais n’avait pas lieu d’être», dit-il.

Jesse constate que les jeunes à qui il enseigne vivent eux aussi des situations similaires.

«C’est important pour moi d’être là pour mes élèves si ça arrive parce que j’ai passé par là aussi», dit-il.

Jesse accordait d’ailleurs cette entrevue au Nouvelliste en présence de ses élèves de l’académie de danse Mouv de l’Académie des Estacades, à Trois-Rivières.

Le Montréalais d’adoption ne veut pas «vivre le rêve des autres», des rêves du genre danser pour Beyonce à Los Angeles.

«Ma passion, je peux l’exploiter là où j’habite en ce moment», fait-il valoir. «La comédie musicale me passionne et comble tout ce que je veux faire.»