Dans La course des tuques, François les lunettes, à droite, affronte Zac, un nouveau venu retors dans une compétition de luges dont l’enjeu est énorme.

Le course des tuques: un classique revu et corrigé

TROIS-RIVIÈRES — Comme tout héritage de grande valeur, celui qu’ont accepté Benoît Godbout et François Brisson en tant que réalisateurs de la suite de La guerre des tuques 3D avait sa part de poison: la pression de donner une nouvelle vie à un succès lui-même tiré d’un classique qui relève du patrimoine national.

Un nouvel épisode pour les tuques, donc. Une façon de presser davantage le citron? Pas forcément. L’univers de La guerre des tuques recèle énormément de richesses à exploiter: l’enfance, l’hiver, Noël, la nostalgie...

On retrouve forcément la même bande pour ce nouvel épisode qui pourrait se situer quelques semaines après la fin du premier. François les lunettes travaille à la création d’une luge digne de son génie mécanique. Un nouveau garçon, Zac, est arrivé au village. Lui aussi est doué pour la science et il propose une course de luges. Lui, allié avec sa jolie cousine Charlie, contre tous les autres. Tous les amis s’unissent pour remporter cette compétition symbolique. Seulement, Zac ne joue pas franc-jeu et sabote le bolide de François les lunettes qui ne termine pas la course.

Il y aura revanche. Cette fois, François se laisse emporter par ses émotions et son ambition en acceptant sans le dire aux autres de parier la possession de la grange comme enjeu de cette ultime course. Malgré la trahison, l’amitié l’emporte et le groupe d’amis se lance dans cette folle compétition.

En reprenant La guerre des tuques 3D , les jeunes réalisateurs avaient la chance de miser sur l’extraordinaire design graphique de l’épisode animé initial en plus d’une galerie de personnages immensément riches. Deux très grands atouts qu’ils utilisent plutôt habilement. Ils donnent un coup de modernité à la série en lui conférant une facture résolument actuelle. Exit la nostalgie, bienvenue la techno. Au charmant côté broche à foin des inventions préalables, on oppose des véhicules hyper sophistiqués.

Les créateurs ont même poussé l’audace jusqu’à donner un caractère sexy au nouveau personnage de Charlie qui fait battre bien fort le cœur du gros Chabot. Elle s’allonge sur la luge qu’elle pilote à la façon d’une fille de calendrier de motos dans un garage, avec son corps aux formes étudiées. On a évolué depuis le charme innocent et subtil de Sophie.

Le défi de cette suite, c’était de relancer l’action tout en lui conservant les paramètres de ce qui faisait sa personnalité unique et son charme. Ce côté résolument québécois, un brin nostalgique avec ses jeux d’hiver extérieurs. On a choisi d’inscrire le film dans les valeurs actuelles avec ce que les jeunes connaissent et aiment: de l’action, des effets spéciaux exacerbés, de la technologie, l’idée qu’une fille a du charme si elle a un corps parfait, si elle chante comme on le fait à La voix et si, d’aventure, elle est gentille.

Le monde des tuques y perd en charme suranné mais gagne en efficacité et en action. Les courses de luges sont des épreuves de haute technologie avec quelques touches d’artisanat comme cette boucle verticale créée avec des retailles de différents matériaux. Pour ce qui est de l’épreuve finale, elle dure une éternité, le temps de créer un suspense alambiqué et d’amplifier dix fois la courbe dramatique.

Ça va sans doute fonctionner auprès des petits à qui s’adresse le film. Ce qui est un peu dommage, c’est que le film ressemble à ce qu’un studio américain en aurait fait. Ça manque de personnalité, de charme, d’émotion. Par contre, tous les éléments d’un succès aux guichets sont réunis.

Il faut célébrer les avancées technologiques et ce qu’elles permettent aux animateurs avec un budget global de 12 millions $. L’animation est irréprochable et on a même droit à une véritable scène d’anthologie quand les plans en papier de François les lunettes prennent vie devant nos yeux. Un tour de force brillant et inspiré.

Dans l’ensemble, ce scénario efficace pousse certains personnages vers un rôle de faire-valoir inutiles. Daniel Blanchette-de-Victoriaville trouve, lui, sa place dans le récit et fait forcément sourire. Sophie et Luc sont de la distribution mais leur lien semble avoir été pratiquement évacué. Dans ce film dépourvu d’émotions autres que très superficielles, on ne trouvait guère de place à donner à leur idylle. Pour ce qui est des voix, elles demeurent familières puisque plusieurs des interprètes originaux sont de retour.

Comme divertissement du temps des Fêtes pour les petits, La course des tuques remplit pleinement sa mission. Il faut bien vivre avec son temps: même les classiques évoluent.

La course des tuques

* * 1/2

Film d’animation de Benoît Godbout et François Brisson.

On aime: La qualité de l’animation. Un scénario sans temps mort.

On n’aime pas: Le manque d’émotion. L’absence de personnalité du film.