Valérie Milot

Le coup de foudre de Valérie Milot

TROIS-RIVIÈRES — Voici l’histoire d’un instrument de musique et d’une musicienne, quasiment indissociables l’un de l’autre dans l’esprit du public parce que l’un comme l’autre sortent de l’ordinaire. Il s’agit de la musicienne Valérie Milot et de sa nouvelle harpe Apollonia de la maison italienne Salvi.

Valérie vivait une histoire tout ce qu’il y a de satisfaisante avec l’instrument qui l’accompagne depuis des années. Sa carrière a pris de l’ampleur avec son titre de soliste en résidence avec l’Orchestre métropolitain de Montréal lors de la saison 2016-2017 mais aussi une tournée avec Les Violons du Roy et puis ses débuts comme soliste avec l’Orchestre symphonique de Montréal cette saison.

Dans ces prestigieuses occasions, malgré les grandes salles combles, pas question d’amplifier la harpe. L’instrument doit savoir se défendre, avoir du coffre, de l’audace. Tout ne tient pas qu’à la musicienne.

Valérie s’est mise en quête d’un trésor. «Je cherchais la harpe spéciale», dit-elle pudiquement. Ça veut dire plus de puissance mais plus que de la puissance. Ça veut dire un instrument qui se marie à sa personnalité. Un instrument possédant quelque chose d’indéfinissable qui crée un lien émotionnel avec l’humain qui en joue. Émotionnel, oui. Surtout dans le cas d’une harpe, instrument qui épouse le corps de l’interprète comme peu d’autres. Un instrument qui vibre dans la chair même de sa maîtresse, en prise directe avec le coeur, presque.

«Il y a comme une sorte de pèlerinage pour beaucoup de harpistes et c’est à Chicago où se trouve Lyon & Healy le plus grand facteur mondial de harpe. Ils sont associés à la grande maison italienne Salvi. J’y suis allée.» C’était en novembre 2017. Elle se souvient de la date.

Ici, il convient de spécifier qu’il n’en est pas des harpes de grande valeur comme des violons, par exemple. La harpe, à cause de sa conception même, n’est pas un instrument qui vieillit très bien. Il ne gagne pas en qualité à très long terme. Ni en valeur, du reste. Dans ce monde unique, la valeur monétaire des harpes les plus dispendieuses tient souvent autant à leur qualité sonore et de fabrication qu’à l’ornementation somptueuse réalisée sur l’instrument.

Valérie a donc butiné sur une vingtaine d’instruments dans la grande maison, toujours dans des catégories de prix relativement raisonnables, sachant que pour les instruments les plus prestigieux, l’argent se perd dans le look autant que dans le son. «Pour le plaisir, j’ai essayé des harpes de prestige. Et là, tout d’un coup, j’ai joué sur cette harpe-là, une Apollonia. Après quelques notes à peine, je me suis dit: «Oh boy! On a quelque chose de VRAIMENT spécial! Et dans tout le processus de la sélection, cet instrument revenait constamment même en sachant que je n’achèterais pas une harpe de 120 000 $. Je suis partie de là convaincue qu’elle était supérieure à toutes les autres essayées, même une autre Apollonia ayant profité de la même qualité de fabrication. Il ne me restait qu’à trouver un moyen de me la procurer.»

Un son unique

On comprend qu’Apollonia est puissante, mais qu’elle doit forcément avoir plus à offrir. «Évidemment, opine Valérie. Ce qui est vraiment spécial, c’est que c’est un instrument jeune, d’environ un an et demi, et qu’il a déjà une rondeur dans le son qu’on ne retrouve que dans des instruments de dix ans ou plus. On peut donc espérer que dans quelques années, ce sera encore plus exceptionnel. Je l’ai fait écouter à plusieurs personnes aux oreilles très aiguisées qui me confirment toutes que malgré sa puissance, l’instrument a énormément de précision ce qui lui confère un son chaleureux qu’on ne retrouve normalement pas dans un instrument puissant. Ceux-ci ont toujours tendance à être un petit peu criard.»

«Il est parfaitement calibré comme sous l’effet d’une mystérieuse réaction alchimique lors de sa fabrication. C’est vrai que l’instrument convient mieux à mon jeu qu’à celui d’un autre harpiste mais ça ne compte pas pour plus de 10 % dans l’équation. Vrai aussi qu’avec la harpe, il y a le son produit mais également la vibration de l’instrument qu’on ressent dans le corps. Le bon instrument nous habite physiquement très rapidement. Pour ceux que j’ai eus, ç’a toujours été ça: un coup de foudre après seulement quelques notes. Quelque chose qui ne s’explique pas.»

Peut-on vraiment expliquer le coup de foudre? Et si oui, quel est l’intérêt?

La musicienne a fait des démarches pendant une année avant d’en parler Roger Dubois, président du groupe Canimex, de Drummondville, mécène bien connu chez les musiciens. «Lui et moi, on se connaît depuis une quinzaine d’années et c’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Je lui ai demandé s’il accepterait d’inscrire une harpe parmi la centaine d’instruments de prestige que compte sa collection. Il a accepté pratiquement tout de suite.»

«Voilà, résume Valérie, comment cet instrument est entré dans ma vie.» Elle aurait pu dire: «comment je me le suis procuré» mais elle a dit «... entré dans ma vie.»

Le contrat de prêt initial est de deux ans mais Valérie espère que sa harpe Apollonia, dont il n’y a que treize exemplaires à travers le monde présentement, sera dans sa vie pour longtemps. «Ce que Canimex souhaite, c’est que l’instrument joue le plus possible. Or, c’est mieux pour eux qu’il soit entre les mains d’une musicienne comme moi plutôt que dans le salon d’un riche entrepreneur asiatique qui l’installerait comme décoration dans son condo de Shanghai. Tant que ma carrière va demeurer active et florissante comme elle l’est présentement, je pense que je pourrai la garder.»