Rollande Lambert, à gauche, Patrick Lacombe et Michèle Leblanc nous plongent avec beaucoup de vérité dans une école de 1964 dans la pièce Le doute que présente le TGP jusqu’au 17 février.

Le confort et la certitude

Trois-Rivières — On sort du Doute, la pièce que présente le TGP jusqu’au 17 février, bousculé, en prise aux questionnements et c’est tout à fait ce que souhaite la metteure en scène de la pièce Sophie Gaudreault.

La pièce est récente, 2008, mais elle aurait pu avoir été écrite la semaine dernière. Elle attaque avec virulence l’idée même des certitudes qui ne servent finalement qu’à nous conforter, les condamnations express sur la foi d’apparences et de convictions intimes. Et comme nous dit John Patrick Shanley, nul n’est à l’abri de cette faiblesse, pas même les membres du clergé qui prêchent pourtant le pardon.

La pièce se passe en 1964 dans une école primaire du Bronx. Le décor imaginé par la metteure en scène est d’ailleurs particulièrement efficace à nous plonger complètement dans l’époque. Bravo à cette idée d’installer des bancs d’église pour les spectateurs. Même leur inconfort, atténué par de précieux coussins, contribue à nous transporter dans les lieux et l’époque.

Dans la froide rigueur des écoles catholiques de cette époque, sœur Aloysious mène d’une main forte l’institution. Quand elle apprend que le seul élève noir de l’école est revenu perturbé d’une rencontre seul à seul avec le père Flynn, curé de la paroisse, elle est immédiatement convaincue que le prêtre a sexuellement agressé le garçon. Elle part alors en guerre. Sans autre preuve que son intime conviction.

Les spectateurs ne savent pas si le jeune garçon a bel été bien été agressé. Le prêtre se défend avec autant de conviction que la sœur en met à le condamner. On quitte la salle sans savoir ce qui s’est vraiment passé. L’auteur ne veut pas qu’on le sache. Il veut qu’on se pose des questions sur la justice expéditive, sur la présomption d’innocence, sur la compassion, sur les rumeurs, sur ce qui nous pousse vraiment à condamner autrui. Sommes-nous en quête de justice ou cherchons-nous simplement à nous protéger du doute, de l’incertitude qui peut nous amener à nous remettre en question. Avons-nous simplement peur de nous confronter à nous-mêmes? La question est dure mais la réponse est probablement bien plus cruelle encore.

La pièce du TGP arrive à ses fins en provoquant cet inconfort chez le spectateur. Sophie Gaudreault a voulu faire ressortir l’humanité des personnages et c’est bien ce qu’elle réussit à faire. Elle est, en cela, servie par une excellente distribution menée brillamment par Patrick Lacombe qui oppose aux personnages durs interprétés dernièrement sur les scènes locales un prêtre plutôt doux et chaleureux. Il incarne avec beaucoup de nuances la tendresse et la compassion qui habitent son père Flynn. Confronté à son accusatrice, il montre aussi toute la fermeté de son caractère. Lacombe est brillant, tout simplement.

On savait de quoi ce dernier est capable mais on ne connaissait pas Michèle Leblanc qui révèle un grand talent dans le rôle de sœur James, la jeune enseignante. Dans son immense retenue, elle fait passer naïveté, tristesse, trouble, désespoir, bonheur avec une étonnante efficacité. Son personnage est solide, impeccable et en duo avec Patrick Lacombe, les deux offrent une très belle scène, toute en nuances.

Rollande Lambert, manifestement nerveuse, n’était pas à son meilleur le soir de la première mais elle a quand même su rendre de façon très crédible la dureté de sœur Aloysious, absolument détestable dans son désir de condamner ce qui est pourtant inacceptable.

Ce n’est certes pas la pièce la plus forte de la saison mais c’est une belle production, efficace et fort bien réalisée. Sans compter qu’elle est d’une redoutable pertinence. Pour ceux qui craindraient que le propos soit trop lourd, on ne le sent pas ainsi. Ne serait-ce que pour admirer le travail de Patrick Lacombe et aussi de Michèle Leblanc, elle vaut amplement le déplacement.