Le chemin parcouru

TROIS-RIVIÈRES — L’approche de la quarantaine est souvent l’occasion d’une remise en question. C’est vrai pour les artistes comme pour le commun des mortels. C’est vrai pour Dumas.

De sa remise en question est sortie une double réponse: un album, Nos idéaux, lancé au début de 2018 et une tournée de spectacles qui a logiquement suivi dans son sillage. Le Victoriavillois d’origine, Trifluvien le temps de ses études collégiales, partagera cette étape importante de son parcours avec le public le 1er décembre à la salle Anaïs-Allard-Rousseau.

Il ne s’agira cependant pas de la première escale trifluvienne du spectacle puisque Dumas était de la dernière édition du FestiVoix sur la scène du couvent des Ursulines. Il se souvient très clairement de cette soirée parce qu’elle avait constitué un moment important de sa tournée. «C’était la première fois que je faisais le spectacle dans le contexte d’un festival en plein air. Il s’agissait d’une expérience que j’ai tentée et ç’a été non seulement un beau succès mais un moment mémorable. J’ai fait danser le parc des Ursulines!»

Il sent le besoin d’offrir une preuve sous la forme d’une photo conservée dans son téléphone cellulaire sur laquelle on le voit, guitare en bandoulière, au milieu de spectateurs qui dansent avec abandon.

Retournons en arrière pour saisir toute la portée de ses propos. À deux ans de passer le cap de la quarantaine, Dumas a senti le besoin de faire un album mais il sentait tout autant, sinon davantage, l’impérieuse nécessité de se remettre en question. Lui qui avait connu un grand succès populaire au début des années 2000, il avait vécu une trentaine plus discrète. Baignant toujours obstinément dans la musique, il avait ponctué cette décennie d’expérimentations, de recherche. De sa réflexion est né un album marqué par son habituel enthousiasme mais avec un côté exploratoire et audacieux.

«Quand est venu le moment de réfléchir au spectacle, j’étais préoccupé de faire comme pour l’album et de me mettre en danger, explique-t-il. Qu’est-ce que je pouvais faire qui n’avait pas été fait?

J’ai été inspiré par les nouvelles technologies qui sont tellement présentes dans notre travail. J’avais aussi envie de revenir à ce que je n’avais pas fait depuis quinze ans, à savoir faire une tournée de spectacles en solo, soutenu par la seule  technologie.»

Le résultat, c’est une invitation au public de descendre dans le sous-sol du créateur, son laboratoire. «Je suis installé sur scène quasiment comme dans mon studio à la maison. Ça me permet d’entraîner les gens dans mon processus de création quand je suis seul et que je bidouille des affaires sur mes ordinateurs, que j’essaie toutes sortes de sons, de rythmes etc. On n’est vraiment pas dans un spectacle où je suis seul avec ma guitare et un tabouret.» Le tout est enrobé d’éclairages savants de François Lévesque créant un brillant décor.

Trac

On ne le croirait plus maintenant que le spectacle a convaincu fans et professionnels du milieu et qu’il inscrit une quarantaine de représentations au compteur mais il s’agissait d’un pari audacieux et déstabilisant pour Dumas. «Quelques minutes avant la première représentation, j’avais un trac fou que je n’avais pas connu depuis très longtemps. Je me demandais vraiment dans quoi je m’étais embarqué et, surtout, pourquoi? Ça me rappelait mes débuts et le pire, c’est que je l’ai encore aujourd’hui. Le trac est moins intense mais je me remets encore en question avant chaque représentation. À la fin de chaque spectacle, la satisfaction est intense.»

«J’ai découvert un autre rapport avec le public, plus intime et direct et ça, c’est fantastique. Je me suis aperçu que je pouvais encore faire danser les gens même dans une formule plus dépouillée où tout dépend de moi. Bien sûr, j’ai trouvé une certaine zone de confort mais je conserve une part d’improvisation dans chaque représentation. Je n’utilise pas exactement les mêmes arrangements d’une fois à l’autre: je me laisse inspirer par la salle, l’atmosphère, le public.»

«Il ne faut pas oublier non plus que je suis soumis aux aléas de la technologie. S’il survient un bogue et ça m’est arrivé à quelques reprises, c’est à moi de me débrouiller.»

Ce qui préoccupait foncièrement le créateur, c’était l’efficacité de la formule; arriverait-il à rejoindre de nouveau le public, à le faire bouger comme il l’avait si bien fait dans le passé? «Ça marche! J’ai une structure de base efficace», soutient-il avec un large sourire. Il n’en dira pas plus, laissant une part de surprise aux acheteurs de billets.

Ceux-ci peuvent quand même compter voir deux facettes de Dumas: son côté créateur d’ambiance mais aussi le chanteur festif qui adore voir les gens se laisser entraîner physiquement par les rythmes. «Je me suis donné comme défi de faire danser les gens à la salle Anaïs-Allard-Rousseau. Le spectacle a été monté pour ça; j’ai confiance.»

Côté contenu, il faut évidemment s’attendre à entendre plusieurs chansons sorties de Nos idéaux mais Dumas ne pourra s’empêcher de faire un petit tour du jardin pour redonner une nouvelle vie plus rock à certains de ses succès passés. «Ça m’a permis de reconnecter un peu avec mon passé. Je dirais que la thématique c’est beaucoup ce que j’étais et ce que je suis devenu. L’album comme le spectacle, sont le résultat de mon parcours, de mes choix au cours de la trentaine avec les succès et les insuccès. Aujourd’hui, je suis vraiment content d’avoir fait tout ce chemin-là.»

C’est à un retour aux sources que Dumas conviera les spectateurs trifluviens lors du spectacle qu’il présentera le 1er décembre à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture.

Toujours des doutes

L’enthousiasme de Dumas, son énergie, son audace même, cachent un paradoxe insoupçonné. Après vingt ans d’une carrière qui lui a offert le luxe du succès, l’homme doute encore de lui-même.

Invité à réfléchir à ce qu’il a découvert de lui dans ce retour sur scène en solo, Dumas a fait une rare pause dans l’entrevue. Comme pour ouvrir un chemin un peu moins fréquenté. Il explique: «Quand j’ai commencé, je me considérais comme chanteur par défaut en quelque sorte parce qu’il n’y avait personne pour chanter ce que j’écrivais. J’ai conservé un peu ce sentiment de l’imposteur au cours des années. Et là, je me suis aperçu que je suis plus en possession de ma voix que je ne le croyais. J’ai comme trouvé le chanteur en moi. Disons que je chante en ayant moins de complexes.»

La confession est brave, inattendue. Allons plus loin: se considère-t-il un bon musicien? «Je n’ai jamais été un très bon musicien. Je travaille avec d’excellents musiciens et je ne pourrais pas me comparer à eux. Je suis compétent, évidemment, mais pour illustrer ce que je veux dire, je vais te donner une image: si je voulais apprendre à mon fils de six ans à jouer de la guitare, ce n’est pas moi qui lui donnerais des leçons. J’aurais trop peur qu’il acquière mes défauts!»

«Techniquement, je ne me considère pas forcément très bon. Je me vois davantage comme un bon créateur. J’ai un bon instinct quand vient le moment d’écrire une chanson ou de monter un spectacle. Un spectacle, c’est de la musique, bien sûr, mais avec tout un enrobage créatif.»

Il ne doit pas être un trop mauvais musicien puisque les producteurs lui ont confié la mission d’écrire la trame sonore de La course des tuques, suite au grand écran de l’adaptation en animation du grand classique d’André Mélançon La guerre des tuques. «C’était un énorme défi parce que c’est quelque chose comme 79 minutes de musique pour accompagner le film. D’ailleurs, j’ai travaillé en très étroite collaboration avec un gars de Trois-Rivières, Martin Roy. Cependant, je n’ai pas écrit les chansons du film sauf une.»

Il peut bien se targuer d’avoir décroché ce contrat puisque le choix s’est fait par audition, anonymement. «Les candidats ont enregistré leur proposition musicale et le jury a choisi sans savoir de qui ça venait. Nous, on s’est payé une traite en présentant des arrangements qui rappellent la musique des années 80 dans lesquelles se situe l’action du film. On est parti du son de l’époque et on lui a donné un habillage orchestral. Ç’a été vraiment l’fun à faire, une expérience formidable. Un véritable cadeau de la vie! J’ai hâte de voir la réaction du public.» 

Le film sort en salles le 7 décembre.