La pièce Le Boxeur sera présentée du 7 au 9 février et du 14 au 16 février à 20h ainsi que le 10 février à 14 h à la salle Anaïs-Allard-Rousseau.

Le Boxeur: d’une pierre deux coups

TROIS-RIVIÈRES — La première présence de Patric Saucier dans Le Pillowman, présenté l’an dernier au Théâtre des Nouveaux Compagnons, a été tellement agréable que le comédien professionnel a rapidement eu envie de répéter l’expérience. Il a donc sorti du tiroir la pièce Le Boxeur qu’il a écrite il y a une dizaine d’années, et qu’il a présentée dans la ville de Québec, mais également en France, pour la soumettre au Théâtre des gens de la place qui l’a glissée dans l’horaire du 7 au 9 février et du 14 au 16 février à 20 h ainsi que le 10 février à 14 h à la salle Anaïs-Allard-Rousseau.

C’est donc avec un réel bonheur que Patric Saucier a replongé dans ses souvenirs et réécrit quelques passages de la pièce, prévue au départ pour un seul comédien, afin de scinder les rôles. Le Louisevillois d’origine se charge de la mise en scène et aussi d’interpréter le personnage du boxeur qu’il partagera avec Adamo Ionata. Ce projet lui tient grandement à cœur. Ça se sent en entrevue et, on peut l’imaginer, dans les répétitions. «Je tiens à ce que le spectacle ait une facture professionnelle même si on est en théâtre amateur. Je ne suis pas allé le présenter à Paris pour arriver ici et qu’on en fasse un spectacle moyen. J’ai mis la barre haute avec les comédiens. Ceux qui sont embarqués dans le projet savaient dans quoi ils s’embarquaient.»

Jean-François Pinard, Martin Bergeron, Cindy Rousseau, Yvon Bergeron et Yves Deguire ont accepté le défi et ont ajouté leur couleur à la pièce, ce qui a permis au metteur en scène de prendre un peu de recul. «Ça me demandait aussi de la flexibilité d’accepter que la mère ne jouera jamais la mère comme je la jouais; il y avait une part d’abandon et je devais leur laisser la place pour interpréter les personnages à leur façon. Je ne voulais pas leur imposer ma façon de faire», mentionne celui qui n’a nullement trouvé l’exercice difficile. «Je n’aurais pas nécessairement eu envie de la monter encore tout seul car j’aurais eu tendance à me comparer. En la montant de façon complètement différente, je touche au même plaisir, mais d’une autre façon. C’est comme pour la cuisine, je cuisine beaucoup, mais je ne fais jamais deux fois la même recette. C’est une belle aventure», mentionne le comédien qui compte 30 ans de métier.

«J’ai apprécié le fait de pouvoir assister à cette pièce que je n’avais pas vue avant, à part en vidéo, et de constater que le texte, même approprié par les autres, a gardé sa portée. Je me suis tout de même amusé avec les conventions en dédoublant le rôle du boxeur. J’ai un besoin de considérer le public théâtral par leur intelligence. Ce public est de plus en plus habitué à des codes et il a envie de ces codes-là. J’aime que le spectateur ne soit pas paresseux et qu’on fasse appel à ce qui l’anime. Je me plais à penser que le théâtre reste une forme de communication. Il y a des codes qui existent seulement au théâtre et plus on les utilise et plus on crée un langage particulier. Certains disent que le théâtre est une forme d’expression. Eh bien non! Quand on va voir une partie de hockey et qu’on crie, on exprime quelque chose. Au théâtre, on communique avec le spectateur.»

L’histoire raconte celle d’un homme corpulent qui déambule dans les rues de Paris. Quand il croise le regard d’une jolie femme, il se fait happer par le mépris qu’il y décode. Puis, il disjoncte. Toutes ces années de souffrance font exploser la colère qui habitait les zones d’ombre de son âme.

Inspiré d’émotions réelles, le récit n’est toutefois pas autobiographique. «Je suis un gars qui a toujours eu l’étiquette de gros. Mes oncles me disaient toujours en blague que je devrais devenir boxeur. J’ai réalisé plus tard que mes oncles étaient tous des fermiers ou des ouvriers, du monde de petit revenu et que, dans leur tête, pour être une big star, quand tu es gros, il n’y a qu’une avenue: tu deviens boxeur. Si mon père ou mes oncles avaient été médecins, ils auraient peut-être évoqué l’idée de devenir bodyguard pour le premier ministre ou footballeur professionnel. Je me suis nourri de ces choses-là, mais ce n’est pas une autobiographie. Michel Tremblay a passé sa vie à écrire sur sa famille, mais ça reste que c’est vu à travers le filtre théâtral et son écriture à lui. C’est la même chose pour moi. C’est mon œuvre la plus personnelle d’abord parce que c’est la première fois que j’écrivais une pièce pour moi sur la quinzaine que j’ai écrite.»

Se servir de «peu pour faire plus»

La tournée solo qu’il a faite avec Le Boxeur était des plus minimalistes. Un seul comédien et un décor qui pouvait facilement traverser l’Atlantique. Une décennie plus tard, présenter sa pièce dans un cadre amateur ne lui posait nullement problème. «Quand j’ai monté la pièce la première fois, le décor a dû me coûter 150 $. Toutes les compagnies, que ce soit le TGP ou le Théâtre des Nouveaux Compagnons, ont plus de budget que ça. Le Pillowman est un spectacle qui a été adoré à Trois-Rivières et le décor a coûté 300 $ environ. Il faut que tu te serves de ton peu pour faire plus. Combien de fois on va arriver chez des amis qui ont préparé un repas avec des restants dans le frigidaire et c’est délicieux. Il n’y a rien de cher ou d’élaborer, mais c’est dans la façon de le cuisiner.»

Selon lui, l’excuse budgétaire ne tient pas. «Ce qui manque c’est de la réflexion. On ne peut pas se servir de l’excuse du manque de moyens.»

«Parfois c’est juste ça qui manque, la volonté de s’arrêter et de se dire que le théâtre c’est une façon de raconter des histoires. Il n’y en a pas qu’une seule, mais il y en a 50 000, mais celle que vous décidez d’utiliser pour la raconter est celle qui sied le mieux. Parfois, la réflexion peut amener à d’autres façons qui sont mieux. Souvent les gens ne se rendent pas là parce que les gens considèrent que le théâtre est un mode d’expression.»

Il souligne notamment l’importance d’aller hors des sentiers battus. «L’envie du dépassement, c’est plus ça qui fait défaut que le manque de moyens.»

Les billets sont en vente au cultur3r.com ou par téléphone au 819 380-9797.