L’humoriste Maude Landry offrira son premier spectacle solo en rodage à la Maison de la culture de Trois-Rivières ce samedi.

L’art de se faire des amis

TROIS-RIVIÈRES — Ça vous tente de découvrir la découverte de l’année 2018 en humour pour un prix, ma foi, fort raisonnable? C’est possible samedi soir 8 février, à la salle Anaïs-Allard-Rousseau de la Maison de la culture où Maude Landry présentera son premier spectacle solo en rodage.

C’est le dernier mot du paragraphe précédent qui explique le prix, ma foi, fort raisonnable. L’humoriste travaille quotidiennement à l’élaboration de son spectacle, sans même savoir quand elle sera en mesure de le présenter dans sa version finale.

«Je tiens à ce qu’il soit parfaitement ficelé et toujours très actuel alors, je retourne constamment à ma table de travail pour l’améliorer. À Trois-Rivières, je vais reprendre ce qui est vraiment à mon goût et je vais aussi essayer des numéros. À l’heure actuelle, je dirais que le spectacle est à 70 % de sa version finale. Mais je dois préciser que je suis très difficile.»

Le travail de construction se fait dans les textes, évidemment, mais peut-être encore davantage dans l’art infiniment délicat de la livraison.

«La livraison, c’est énormément de travail pour donner l’impression au public que c’est facile, comme si on improvisait devant eux. Je compare ça au ballet: il faut travailler comme une folle pendant des années pour que les mouvements soient gracieux, aériens et qu’ils aient l’air faciles. En humour, si ta livraison n’est pas parfaite, ça peut gâcher d’excellentes blagues. Plus tu présentes le spectacle, meilleur il est. Il y a un raffinement que le public ne verra pas mais qui fait une énorme différence sur l’efficacité.»

Contrairement à une majorité de ses confrères et consœurs, Maude Landry n’a pas fait le cours à temps plein de l’École nationale de l’humour, fréquentant l’endroit par les soirs. Elle a développé son art par la pratique, des années à offrir ses numéros dans les bars et salles de spectacle de tout acabit. Ça ne l’a pas empêché de quitter le gala des Oliviers de 2018 avec en mains le trophée de la découverte de l’année et celui de capsule ou sketch humoristique radio de l’année pour une chronique à l’émission de ICI Première La soirée est encore jeune.

«Ces prix-là ont changé ma vie, soutient-elle. C’est tellement électrisant: ça donne l’impression d’exister! J’aime beaucoup le public de La soirée est encore jeune. On dirait qu’il comprend vraiment les nuances dans ce que je fais, ils sont vifs et allumés.» Le portrait tout craché du public trifluvien, en somme...

Peut-être faut-il cerner un peu plus la blonde jeune femme pour ceux qui ne la connaissent pas. Elle a développé une personnalité de scène caractérisée par une grande naïveté tout en portant sur les choses et les gens un regard étonnant de lucidité.

«Il faut savoir surprendre le public, confie-t-elle. Moi, je parle de choses que tout le monde connaît mais avec un angle différent. J’essaie de trouver un juste équilibre entre une totale naïveté et un côté grognon. Des fois, je vais me fâcher à propos de choses contre lesquelles personne ne se fâche jamais. Derrière une apparence parfaitement absurde, il y a quelque chose de très logique dans ma démarche. Je regarde les choses banales et je leur cherche un sens.»

L’approche dessine une réflexion qui fait que l’humoriste rejoint des gens dans l’intimité de leurs réflexions secrètes. «Sans prétention, je pense que les humoristes, nous sommes un peu une sorte de philosophes des temps modernes; nous nous questionnons sur notre vie et son sens.» En somme, ce n’est pas parce qu’on en rit que c’est dépourvu de réflexion.

Il ne fait cependant aucun doute que Maude Landry cherche d’abord et avant tout à faire éclater de rire. «Chaque salle est différente et on doit s’adapter très rapidement lors de chaque représentation. Il faut faire rire le public le plus rapidement possible. Je crois à la règle des sept secondes selon laquelle il importe d’avoir déclenché un rire dans les sept premières secondes de l’apparition sur scène. Il faut ensuite être totalement à l’écoute des réactions pour s’ajuster. Si une blague ne marche pas bien, j’ai développé quelques trucs pour la récupérer. Il reste que la scène pour un humoriste, c’est toujours une grande leçon d’humilité. Tu peux être acclamée un soir et le lendemain, n’obtenir aucune réaction.»

«Mais quand on a des rires, c’est tellement extraordinaire! J’ai l’impression d’entrer en contact intime avec des centaines de gens simultanément. Des gens qui me ressemblent et qui sont mes amis même si je ne les connais pas.»

Le succès de ce spectacle a justifié une supplémentaire qui a été programmée pour le jeudi 1er octobre dans la même salle.