En baptisant la Place d’Armes de Trois-Rivières en parc Guillevic vendredi matin et ce, pour la durée du Festival international de poésie de Trois-Rivières, le président Gaston Bellemare a donné le coup d’envoi à l’évènement qui se déroulera jusqu’au 13 octobre.

Lancement du Festival international de poésie: fébrilité et émotions

TROIS-RIVIÈRES — La 35e édition du Festival international de poésie de Trois-Rivières est née officiellement sur le coup de 11 h vendredi par une cérémonie annuelle qui définit bien la teneur de l’événement. Pour la durée du festival, soit jusqu’au 13 octobre, la Place d’Armes portera le nom de parc Guillevic, du nom du poète Eugène, breton d’origine, qui a été le tout premier invité international de l’événement en 1989.

Une corde à poèmes y a également été installée qui porte des oeuvres du poète décédé en 1997. Il ne s’agit cependant que d’un bien modeste inventaire si on compare avec le parc Champlain où les cordes à poèmes offrent entre quatre et six mille poèmes aux passants, des écrits de toutes sources qui contribuent à noyer Trois-Rivières dans la beauté et l’émotion pour la durée du FIPTR.

La cérémonie extérieure qui a amené quelques dizaines d’invités à braver le froid donnait en quelque sorte le coup d’envoi aux 300 activités qui constituent la programmation du Festival. On parle bien sûr des traditionnelles lectures dans de nombreux lieux, des conférences, des rencontres avec les poètes, des soirées poésie-musique mais aussi d’activités plus originales qui témoignent de la souplesse de la poésie, capable de s’immiscer dans toutes sortes de manifestations. On aura ainsi droit à un bed-in poétique en compagnie de l’ineffable Jean-Paul Daoust, d’une soirée de poésie à la chandelle avec musique et projections en compagnie de Larry Tremblay et Monique Deland, de 12 expositions visuelles jumelées à de la poésie, au remontage inédit du documentaire La nuit de la poésie 28 mars 1980 en présence du réalisateur Jean-Pierre Masse, etc. Ce n’est évidemment pas le choix qui manque et les amateurs peuvent consulter la programmation entière sur le site www.fiptr.com.

Cette abondance est rendue possible par la voracité du public, certes, mais surtout par la participation de 77 poètes invités dont 25 en provenance d’autres pays dont la Suisse, l’Australie, la Belgique, la France, le Vénézuela, la Turquie, l’Uruguay, la Colombie, l’Espagne, la Côte-d’Ivoire ou le Burkina-Faso.

Au chapitre des nouveautés, il faut en mentionner une qui sera permanente et qui contribue à donner à Trois-Rivières l’image de capitale de poésie qu’elle est: il s’agit des bancs du centre-ville illuminés dès la noirceur par une plaque ornée d’un vers. Comme la lumière des mots qui viennent illumine la nuit.

Le président du FIPTR Gaston Bellemare vit chaque année ce coup de départ avec une fébrilité qui refuse de s’atténuer avec le temps. «La force de ce festival c’est que c’est toujours le public qui choisit, dit-il. Quand on a des poètes qui s’exécutent dans cinq restaurants différents simultanément, c’est le public qui choisit où il va manger. Pour nous, c’est très important qu’il en soit ainsi. L’objectif fondamental demeure pour nous de redonner la poésie et les poètes au public. C’était ainsi à l’époque de Baudelaire, Rimbaud ou Verlaine. Ce grand lien entre la poésie et le public s’est dissipé mais maintenant, on reconstruit cette histoire d’amour. C’est la raison pour laquelle on a ici un festival axé sur le public avec des poètes plutôt qu’un festival de poètes avec, peut-être, un public.»

L’évènement est évidemment bien connu et il a développé sa clientèle au point où le président arrive à la circonscrire. «C’est une clientèle principalement féminine: ce sont des femmes dont les enfants ont quitté la maison et qui retrouvent leur monde de femme, leur coeur de femme et qui ont envie de partager ça avec des poètes.»

«À nos débuts, on savait que la poésie n’était pas forcément très populaire et on a voulu la greffer à d’autres manifestations culturelles comme des soirées musicales ou des expositions d’art visuel pour rejoindre le public et c’est encore une caractéristique.»

Pour ce qui est du choix de Guillevic comme poète honoré, il s’explique certes par son statut de tout premier invité international mais il y a plus. «Je l’avais déjà publié aux Écrits des Forges, relate Bellemare, et à chaque fois que j’allais à Paris, j’allais chez lui et si je n’avais pas ma valise avec moi, il me sermonnait parce que j’avais été ailleurs avant de venir le voir. Il était d’une générosité extraordinaire. Maryse (Baribeau, directrice générale du FIPTR) et moi, nous avions une relation privilégiée avec lui et sa femme. Ça dit quelque chose de notre approche au festival: il faut qu’il y ait une relation humaine avec les poètes. C’est ça qui fait la particularité de notre événement.»

Une centaine de ces poètes ont été invités pour cette 35e édition, 83 ont accepté mais six ou sept se sont vu refuser leur visa par les autorités canadiennes. «Dans les ambassades canadiennes en Amérique latine, ça se déroule la plupart du temps en anglais et ces fonctionnaires ne savent souvent même pas que Trois-Rivières existe. Encore moins notre Festival. Et, bien sûr, il y a le préjugé qui vient avec la poésie qui leur apparaît souvent sans intérêt.»

Dans un autre ordre d’idée, le FIPTR a fait l’objet d’une aide financière de 134 010 $ dans le cadre du programme de Soutien à la mission - Évènements nationaux et internationaux alors que le ministère du Tourisme lui accorde 87 000 $ dans le cadre de son programme d’aide financière aux festivals et aux évènements touristiques.