Le quintette islandais Kaleo a été fantastique.

L’Amphithéâtre s’est éclaté

TROIS-RIVIÈRES – Dans un effort pour tendre la main à une clientèle plus jeune que celle qu’elle accueille habituellement à l’Amphithéâtre Cogeco, la Corporation des événements a frappé un gros coup dimanche soir en combinant les spectacles du groupe mauricien qui connaît sans doute la plus impressionnante ascension, Bears of Legend et du groupe islandais Kaleo qui a conquis le monde en quelques années à peine.

Gros coup parce que le pari est gagné avec une très bonne foule que le directeur général Steve Dubé estimait à quelque 2800 personnes mais surtout une soirée musicale de très haut niveau.

Bears of Legend profitaient d’une évidente sympathie du public, eux qui ne s’étaient pas produits à Trois-Rivières depuis un an et demi. Assez pour que leur son grandiose nous manque. Les Mauriciens ont gagné en professionnalisme tout en conservant leur caractère humain très en communion avec leur public.

Avec tout juste cinq ou six chansons, ils nous ont quittés nettement trop tôt; on les sentait tout juste réchauffés. Ils auront fait ce qu’il faut pour nous faire trépigner d’impatience à attendre jeudi, oui, oui, ce jeudi, date de sortie de leur tout nouvel album.

Avec Kaleo, on est passé à un niveau supérieur et ce n’est en aucune façon abaisser Bears of Legend que de le dire. Le quintette islandais a été fantastique. Mené magnifiquement par l’incroyable Jokull Juliusson, le groupe a déployé une énergie d’enfer telle que l’Amphithéâtre n’en a pas connu souvent si tant est qu’il l’ait déjà connue.

Bears of Legend profitait d’une évidente sympathie du public, dimanche.

La magie de Juliusson au micro, c’est d’offrir une intensité totale dans ses interprétations autant dans les chansons intimistes que dans le rock lourd et tonitruant. Le type exerce d’ailleurs une étrange fascination qui fait qu’on n’arrive que difficilement à le quitter des yeux. Quitte à rester collé à l’écran géant pour le voir en gros plan. Ce n’est pas sa beauté qui attire mais l’énergie animale qu’il dégage malgré son visage fermé et impénétrable.

Sa voix, incroyable de contrastes et d’expression, semble sortir de sa gorge sans effort. Chaque note est pourtant appuyée, sentie, projetée. Ou retenue, au gré de l’inspiration de cet artiste assurément hors-norme. Une invraisemblable bête de scène qui ne bouge pratiquement pas et qui a rempli l’enceinte de l’amphithéâtre par ses seules cordes vocales.

Le public, particulièrement jeune, a embarqué dans la proposition avec beaucoup d’abandon. Plusieurs ne se sont pas assis de toute la durée de la bien trop courte prestation. C’est bien d’ailleurs la seule chose qu’on puisse reprocher à Kaleo: une heure de spectacle seulement, c’est un peu chiche. Tout le monde en aurait pris bien plus.

Cela dit, ils ont repris la plupart de leurs chansons les plus connues: Can’t Go on Without You, Automobile, Broken Bones avec laquelle ils ont ouvert le feu, Save Yourself, No Good, la magnifique Vor I Vaglaskogi, etc. Et, bien sûr, leur hit planétaire: Way Down We Go qu’ils n’auraient pas pu laisser de côté sans risquer de se faire lapider par les fans.

Il est passé quelques groupes rock traînant une solide réputation mais probablement aucun qui ait offert une énergie brute aussi savamment domestiquée dans une musique originale, très ancrée dans le blues qui donne à Kaleo une personnalité vraiment unique.

Le chanteur a semblé touché par les réactions du public. Était-il sincère quand il a dit: «Mais comment se fait-il que nous ne soyons jamais venus ici avant? Vous êtes vraiment fantastiques»? On a envie de le croire.

Ce qui ne fait pas de doute, c’est que l’Amphithéâtre vient de faire une brèche dans la clientèle jeune qu’il n’avait guère attirée depuis ses débuts. «On est vraiment contents de la réponse du public, d’indiquer Steve Dubé. On avait noté dans notre infolettre qu’on a beaucoup de nouveaux clients qui s’y sont abonnés et qui sont venus ce soir. C’est un créneau un peu plus ciblé comme on avait dit qu’on en explorerait cette saison et d’attirer une aussi bonne foule, ça nous stimule à poursuivre dans ce sens-là, évidemment.»