Steve Normandin et son épouse Sylvie Briday sont au Québec pour divers projets.

L’accordéon polyvalent

L’accordéon permet de voyager. Voyager physiquement, mais voyager à travers les genres et les époques aussi. Steve Normandin le démontre depuis 20 ans avec son répertoire qui s’étend de La Bolduc à Michel Rivard en passant par la chanson française du tournant du 20e siècle et la musique pour enfants. Maintenant établi en France, le Trifluvien est au Québec ces jours-ci pour présenter ses nouveaux projets.

Originaire du secteur Cap-de-la-Madeleine, Steve Normandin était de la première cohorte d’élèves de l’école des Petits chanteurs de la Maîtrise du Cap, alors dirigée par l’actuel chef de l’Orchestre symphonique de Trois-Rivières Jacques Lacombe. À huit ans, il jouait du piano, de l’accordéon et de l’harmonica, et connaissait parfaitement le répertoire de La Bolduc. En décembre 2015, il état l’invité de l’OSTR pour livrer les versions de chansons de La Bolduc qu’il avait lui-même orchestrées.

Il y a 20 ans, après avoir entrepris des études en musique à Québec, il a décidé de se consacrer de façon professionnelle à sa passion. Depuis, il a enregistré plusieurs albums, en plus d’accompagner de nombreux artistes dont Clémence DesRochers, Raymond Lévesque, Marie Michèle Desrosiers, Suzie Leblanc et Isabelle Boulay.

En France

Il y a trois ans, dans le cadre d’une tournée en France, Steve Normandin a fait la connaissance de Sylvie Briday, une musicienne et compositrice. Le coup de foudre a incité l’accordéoniste québécois à s’établir en Bretagne avec celle qu’il allait épouser. Il poursuit sa carrière là-bas, en continuant à mettre en valeur la chanson francophone, autant française que québécoise, en plus de développer des projets avec son épouse.

«Ça fait depuis 1998 que je fais de la tournée en France. J’avais la possibilité d’aller jouer dans des festivals, d’accompagner des gens. Comme j’ai une bonne connaissance de la chanson française et québécoise d’avant 1960, je pouvais participer à des festivals assez importants», raconte Steve Normandin en évoquant son lien avec la France et le contexte dans lequel il a rencontré sa femme.

Malgré son expérience ponctuelle de l’autre côté de l’Atlantique, Steve Normandin a quand même dû repartir au bas de l’échelle pour se faire connaître. 

«Le fait d’avoir eu d’excellents contacts dans les festivals m’a aidé. Comme ici, au Québec, il y a en France des gens passionnés de musique qui ont créé des lieux semblables à la Maison des Leclerc à Sainte-Marthe. On s’envoie les adresses entre amis musiciens et chanteurs, et peu à peu, ça commence à faire boule de neige. Le réseau des petites salles a été facile à intégrer», explique-t-il.

«Je trouvais important de chanter le Québec, oui, mais comment moi je percevais mon pays même si je n’y vis plus.»

En spectacle, avec son piano et son accordéon, Steve Normandin marie ses compositions et ses interprétations de chansons françaises et québécoises, toujours animé du souci d’exposer la beauté des textes des auteurs inclus dans son répertoire. 

Le musicien et chanteur collectionne les 78 tours et les partitions, et a beaucoup lu sur la chanson folklorique et l’histoire de la chanson. Cet aspect de recherche, dans son travail, lui a inspiré certaines compositions dont Les orphelins, qui figure sur son album Les croque-morts n’ont pas congé. «C’est une chanson sur la découverte, quand on est adulte, que certaines chansons pour enfants ont un second sens. Comme Au clair de la lune, qui était une chanson grivoise, ou Marianne s’en va au moulin, qui bien qu’elle est enjouée, raconte à mots couverts l’histoire d’un viol.»

Spectacles et enregistrement au Québec

Pendant son séjour au Québec, Steve Normandin offrira quelques spectacles, dont un à La P’tite brûlerie de Trois-Rivières le jeudi 2 novembre à 19 h, et le lendemain au Petit théâtre de Québec à 19 h. 

«Ce sont deux représentations qui ouvriront sur une série que je vais probablement présenter au printemps. Ça va s’intituler Presque 20 ans de carrière. En 1998, au moment où j’étais à Québec, ça a été une prise de conscience qu’il y avait moyen que je puisse vivre de la chanson. Tout a commencé musicalement à Trois-Rivières, mais la décision au niveau du métier, c’est vraiment à Québec que ça s’est passé», mentionne-t-il.

Parallèlement à sa carrière solo, Steve Normandin réalise aussi des projets avec son épouse qui enseigne la musique aux enfants depuis 25 ans. Ensemble, ils ont créé un spectacle pour enfants, qu’ils ont présenté en France, mais aussi au Québec en avril dernier. Les deux oursons Kourouk et Maska sont au cœur de la trame narrative du spectacle musical, dont les 14 chansons seront gravées sur CD ces jours-ci à l’école de musique Denys-Arcand de Deschambeault, qui coproduira l’album.

«On a à cœur de faire des chansons qui ne soient pas infantilisantes. Il faut que ça soit aussi agréable à écouter pour les adultes que pour les enfants», soutient Steve Normandin en parlant de cette production jeunesse.

Cet automne et cet hiver en France, le couple proposera le spectacle Le Québec de Steve Normandin. «Je trouvais important de chanter le Québec, oui, mais comment moi je percevais mon pays même si je n’y vis plus. Je ne le fais pas sous un regard passéiste; je veux laisser tomber le cliché, le côté sirop d’érable et casque de poil», dit-il en parlant de ce spectacle qui présente entre autres des titres de Georges Dor, Stephen Faulkner et Jaqcueline Barrette, en plus de ses compositions.

Le couple caresse aussi le projet de faire connaître la musique traditionnelle en France. «J’ai appris à caller les danses, à jouer de la cuiller et faire de la podorythmie!», indique Sylvie Briday, qui se fond avec aise dans le métissage inspiré par sa douce moitié québécoise.